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ANALYSES & OPINIONS

Quand la Coupe du monde ouvre enfin le jeu

Si le passage à 48 nations pour cette Coupe du monde a fait débat, la réalité démontre que permettre à des « petits » pays de se confronter au plus haut niveau favorise une nouvelle hiérarchie mondiale et engendre de nouvelles émotions.

Il y a une dizaine d’années, nous débattions sur I-Télé dans 13h00 Foot animée par Pascal Praud sur l’intérêt de convier 48 pays à la Coupe du monde au lieu des 32 équipes prévues jusqu’alors. Il y avait des partisans et des opposants, dont certains dénonçaient notamment cette nouvelle machine à générer des revenus supplémentaires. J’avoue que, de mon côté, j’étais plutôt favorable à cette ouverture vers des nations qui n’ont pas l’occasion de se confronter aux grands pays du ballon rond ou de se produire lors d’événements planétaires.

Nouveaux marchés

Alors bien sûr, on peut y voir une affaire de gros sous. L’allongement de la durée de la compétition, l’augmentation du nombre de matchs, la conquête de nouveaux marchés. Ne soyons pas dupes, mais en tout état de cause les ambitions « charitables » ont été à l’évidence atteintes. On ne peut que s’extasier devant le parcours du Cap-Vert qui a secoué l’Argentine de Messi obligée d’aller au bout des prolongations pour se qualifier au tour suivant.

Nous avons aussi découvert des joueurs totalement inconnus qui ont sans doute réalisé la prestation de leur vie tout en se faisant repérer par quelques clubs pros en quête de pépites, peu coûteuses et sur lesquelles miser. Émotion également en découvrant Curaçao, un temps sous les feux de l’actualité en 2015 quand l’ancien international néerlandais Patrick Kluivert y avait été nommé sélectionneur. C’est d’ailleurs toujours un Néerlandais qui pilote encore aujourd’hui la sélection, Dick Advocaat.

Une équipe qui a tout de même tenu tête quelques minutes à l’Allemagne en plantant un but magnifique, laissant sur place le gardien iconique Manuel Neuer.

Un mot sur Haïti qui se qualifiait pour la seconde fois de son histoire à cette grande compétition. Une rédemption après le séisme qui a détruit le pays en 2010 et vu l’immeuble de la Fédération haïtienne s’effondrer avec 30 de ses permanents.

Dernier carré

Force est de reconnaître que le talent n’est plus l’apanage de l’Europe ou de l’Amérique du Sud. On l’a bien compris avec l’émergence des équipes africaines qui représentaient 20 % des nations présentes. L’Angleterre est passée très près de la correctionnelle face à la RDC. La Belgique aurait dû logiquement être éliminée par le Sénégal qui, à cause d’un ultime relâchement en toute fin du match, s’est fait piéger par des Belges chanceux et combatifs, alors qu’ils étaient dominés de la tête et des épaules. Le haut niveau se joue quoi qu’on en dise sur les détails.

La progression est peut-être trop lente, mais bien réelle. Longtemps sous-représentée, l’Afrique est désormais un continent qui compte. Depuis 1990 et la participation du Cameroun aux quarts de finale sous la houlette de Roger Milla, les Lions indomptables ont fait exploser une hiérarchie historique. Le Sénégal en 2002, puis le Ghana en 2010, auront le même parcours. Mais le tournant de la compétition arrivera avec le Maroc, qui sera la première équipe africaine à atteindre les demi-finales en 2022. Cette année marque le passage de l’Afrique du statut d’outsider spectaculaire à celui de continent capable de viser le dernier carré.

Logique économique

L’Afrique a gagné en densité. Voir 9 équipes sur 10 sortir des groupes, c’est une réussite ! Cela démontre une vraie profondeur de jeu.

La lumière est au bout du chemin grâce au petit coup de pouce de la FIFA qui a fait le choix de voir plus grand. L’ouverture du cercle des heureux qualifiés porte ses fruits, en matière de diversité tout en offrant de nouvelles émotions. Et sans doute de nouvelles opportunités de recruter de nouveaux licenciés à travers le monde.

Alors oui, l’élargissement de la Coupe du monde répond aussi à une logique économique, mais il était au fond inévitable avec une Europe vieillissante et des États-Unis qui peinent encore à faire du soccer le sport numéro un.

Mais il serait injuste de ne le réduire qu’à cela. En ouvrant davantage la porte, la FIFA a permis à de nouvelles nations d’exister sur la scène mondiale, à de nouveaux publics de vibrer, à de nouveaux talents d’être repérés. Reste désormais à transformer cette exposition en héritage durable : des centres de formation, des championnats plus solides, des infrastructures dignes de ce nom. Car si une centaine de joueurs engagés dans cette Coupe du monde sont nés en France, cela dit autant la puissance du vivier français que le chemin qu’il reste à parcourir pour que ces nations forment demain leurs propres champions.

Gilbert Azoulay

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