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POLITIQUE LOCALE

À Mayotte, le recensement officiel met fin au flou sur la population et redistribue les cartes des politiques publiques

Le nouveau recensement de l’Insee fixe la population de Mayotte à 323 153 habitants au 1er janvier 2026. Le chiffre tranche avec les estimations avancées dans le débat public, mais la pression démographique reste forte.

Journaliste en rédaction préparant un sujet sur le recensement et la population de Mayotte, avec carte et micro.

Combien d’habitants vit vraiment à Mayotte ?

À Mayotte, la réponse change des conséquences très concrètes : combien de classes ouvrir, combien de logements prévoir, combien d’aides financer. Derrière le débat sur les chiffres, c’est donc l’État social local qui se joue, au quotidien.

Le nouveau recensement exhaustif tranche une controverse ancienne. Au 1er janvier 2026, 323 153 personnes résident à Mayotte. C’est bien moins que les estimations de 400 000 à 500 000 habitants avancées dans le débat politique, et l’Insee estime que ces ordres de grandeur ne reposent sur aucune base statistique démontrée.

Cette photographie arrive après une période hors norme. La collecte a eu lieu du 27 novembre 2025 au 10 janvier 2026, après le passage du cyclone Chido du 14 décembre 2024, qui a interrompu le cycle habituel de recensement. La loi de programmation pour la refondation de Mayotte a donné un cadre juridique à cette opération exceptionnelle, et le décret du 28 août 2025 a fixé ses dates.

Ce que montre le recensement

Le premier enseignement est simple : Mayotte continue de croître vite. L’Insee mesure une hausse de 26 % par rapport au précédent recensement exhaustif, en septembre 2017. Cela représente une progression moyenne de 2,8 % par an sur la période. L’île compte aussi 94 600 habitants à Mamoudzou, soit environ trois Mahorais sur dix.

Le moteur de cette croissance est avant tout naturel. L’Insee indique que l’augmentation de population s’explique uniquement par un solde naturel très positif, c’est-à-dire par des naissances plus nombreuses que les décès. Entre septembre 2017 et fin 2025, cet excédent atteint 73 200 personnes. En 2025, l’Insee compte 9 070 naissances et 1 040 décès, soit un solde naturel de 8 030.

La démographie mahoraise reste aussi très jeune. Selon la fiche de synthèse de l’Insee, un habitant sur deux a moins de 18 ans. Et la fécondité, même en baisse, reste nettement au-dessus du niveau national : 3,6 enfants par femme en 2024, contre 1,7 environ en France métropolitaine.

Le territoire reste, en revanche, socialement et économiquement sous tension. L’Insee rappelle que le PIB par habitant y atteint 11 000 euros en 2023, très loin de la moyenne nationale de 41 300 euros. Ce décalage change tout : quand la population augmente vite dans un territoire pauvre, chaque service public doit courir après les besoins.

Pourquoi le chiffre de population est si politique

À Mayotte, compter ne sert pas seulement à faire de la statistique. Le chiffre de population nourrit les dotations publiques, la planification des équipements et l’organisation administrative. Il pèse aussi sur le débat migratoire, très vif sur l’île, car la présence d’étrangers et la pression sur les services publics sont au cœur des tensions locales.

Les élus locaux, eux, contestent depuis longtemps les ordres de grandeur de l’Insee et jugent souvent la population plus proche de 500 000 habitants. Cette lecture s’appuie sur l’idée que le recensement sous-compterait une partie des habitants, notamment dans l’habitat précaire et parmi les personnes en situation administrative floue. Le Sénat a relayé cette divergence en rappelant que l’Insee parle de moins de 330 000 habitants, quand les élus évoquent plutôt 500 000.

De son côté, l’Insee défend une méthode adaptée au terrain. L’institut explique avoir cartographié en amont l’ensemble des logements, y compris l’habitat informel, puis mobilisé les communes et les agents recenseurs pour couvrir tout le territoire. Cette précision méthodologique compte, parce que Mayotte concentre des villages denses, des zones difficiles d’accès et une forte mobilité résidentielle.

Le désaccord n’oppose donc pas seulement deux chiffres. Il oppose deux visions du territoire. D’un côté, l’Insee privilégie une mesure statistique robuste et comparable. De l’autre, les élus mettent en avant une réalité sociale plus large, faite de sur-occupation des logements, de présence irrégulière et de saturation des services. Les premiers comptent des personnes résidant sur le territoire ; les seconds décrivent aussi la pression exercée par ceux qui passent, s’installent ou échappent aux registres classiques.

Qui gagne quoi dans ce bras de fer ?

Le chiffre bas de l’Insee sert d’abord la prudence administrative. Il évite de bâtir des politiques publiques sur une surestimation massive. Il protège aussi la crédibilité de la statistique publique. À l’inverse, les élus qui défendent une population bien plus élevée cherchent souvent à montrer l’ampleur des besoins, donc à peser davantage dans la répartition des moyens de l’État.

Les habitants, eux, subissent directement l’écart entre population réelle et offre publique. Quand la population croît rapidement, les écoles saturent, le foncier se tend, les réseaux d’eau et d’assainissement restent sous pression, et les administrations locales peinent à suivre. À Mayotte, ce problème est aggravé par le niveau très faible de richesse par habitant et par un tissu économique peu capable d’absorber cette croissance.

Les acteurs les plus fragiles sont aussi les plus exposés. Les familles vivant dans l’habitat précaire, les jeunes sans situation administrative stable et les personnes en situation de handicap dépendent tous d’un comptage précis pour être visibles dans les politiques publiques. Le Sénat souligne d’ailleurs qu’à Mayotte, les besoins en accompagnement du handicap restent très largement supérieurs à l’offre disponible.

Et maintenant ?

Le prochain jalon est administratif, mais décisif. Les nouveaux chiffres doivent être diffusés en 2026, puis entrer en vigueur au 1er janvier 2027 pour servir de base à la vie administrative de Mayotte. D’ici là, le débat ne portera plus seulement sur le total d’habitants, mais sur la manière de traduire cette donnée dans les budgets, les écoles, les logements et les services publics.

La vraie question, désormais, n’est plus de savoir si Mayotte compte 320 000 ou 500 000 habitants. C’est de savoir si l’État, les communes et le département peuvent ajuster assez vite leurs moyens à une île qui grandit vite, dans un contexte social, économique et sanitaire qui reste, lui, très fragile.

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