Le Sénat veut garder les logements trop chauds sur le marché tout en imposant leur rénovation, malgré la crise du logement
Le Sénat examine un texte qui permet de maintenir en location des passoires thermiques, à condition d’engager des travaux. Le gouvernement promet ainsi de préserver l’offre locative tout en accélérant la rénovation.

Quand la chaleur s’installe, que fait-on d’un logement trop chaud l’été et trop fragile l’hiver ? On le retire du marché, ou on le rénove sans le rendre introuvable pour ceux qui cherchent à se loger ? La nouvelle séquence parlementaire autour du logement repose exactement sur ce choix-là.
Un texte qui veut garder des logements en location, mais sous conditions
Le projet de loi visant la relance et la décentralisation du logement a été examiné au Sénat les 7 et 8 juillet 2026. Son article sur les logements classés F et G, les fameuses “passoires thermiques”, modifie l’équilibre actuel : au lieu de sortir immédiatement certains biens du parc locatif, le texte permet leur maintien temporaire si des travaux de rénovation sont engagés. Le Sénat a repris une logique déjà portée par une proposition de loi sénatoriale en 2025, avec des délais de trois ans pour une maison individuelle et de cinq ans en copropriété.
Le ministère défend cette ligne au nom de la crise du logement. Dans son étude d’impact, l’exécutif estime que les mesures du projet de loi “élargissent nettement” les conditions d’éligibilité d’un dispositif fiscal dans l’ancien, tout en visant à soutenir la rénovation. En face, plusieurs élus écologistes et associations dénoncent un assouplissement qui risque, selon eux, de prolonger la location de logements trop énergivores sans garantie immédiate de travaux.
Le vrai enjeu : ne pas perdre des logements, sans renoncer au confort d’été
Le gouvernement met en avant un argument simple : mieux vaut un logement occupé et rénové qu’un logement retiré du marché. Cette logique vise les propriétaires, à qui le maintien en location donne une capacité de financement, mais aussi les locataires, qui restent logés pendant la période de travaux. Elle bénéficie aussi au bâtiment, car les chantiers promis font travailler artisans et entreprises locales.
Mais l’argument inverse pèse lourd. Les passoires thermiques ne sont plus seulement un problème de facture de chauffage. Elles deviennent aussi des “bouilloires thermiques”, c’est-à-dire des logements invivables quand les températures montent. En Île-de-France, la Fondation pour le logement rappelle qu’une partie des habitants finit par quitter son logement au moment des canicules. Son constat est clair : la question n’est plus seulement de lutter contre le froid, mais aussi contre la chaleur.
Le cadre légal a déjà changé. Depuis le 1er janvier 2025, un logement classé G ne peut plus être loué dans les baux d’habitation concernés ; la règle s’étendra aux logements classés F à partir de 2028, puis aux logements classés E à partir de 2034. Au 1er janvier 2024, l’État estimait à environ 4,2 millions le nombre de résidences principales classées F ou G, soit 13,9 % du parc.
MaPrimeRénov’, le nerf de la guerre
Le débat ne se limite pas au droit de louer. Il dépend aussi de l’argent disponible pour faire les travaux. Le gouvernement affirme que MaPrimeRénov’ est maintenue en 2026 avec un budget de 3,6 milliards d’euros. L’Anah indique de son côté que le budget global 2026 de l’agence avoisinerait 4,6 milliards d’euros, avec un recentrage sur les rénovations d’ampleur et un rendez-vous obligatoire avec un conseiller France Rénov’ pour les parcours les plus lourds.
Pour l’exécutif, ce recentrage doit mieux cibler l’argent public. Pour ses critiques, il réduit l’accès aux aides les plus simples et complique la vie des petits propriétaires qui n’ont ni trésorerie ni ingénierie technique. C’est là que le rapport de force est net : un ménage aisé, un bailleur professionnel ou une copropriété organisée n’aborde pas une rénovation comme un propriétaire isolé, souvent dépendant d’un reste à charge élevé et d’un artisan disponible.
Le ministre insiste aussi sur le fait que les aides ne disparaissent pas, mais se réorientent. Dans les documents officiels, le message est cohérent : l’État veut privilégier la rénovation globale, jugée plus efficace sur la durée, tout en gardant certains financements par geste, notamment pour certaines pompes à chaleur réversibles.
Collectivités et écoles : l’autre front, souvent plus lent
La rénovation énergétique ne concerne pas seulement les logements privés. Elle touche aussi les bâtiments publics, au premier rang desquels les écoles. Le Fonds vert, reconduit en 2026, est doté de 837 millions d’euros. Le ministère de la Transition écologique précise que ce fonds soutient aussi la rénovation énergétique des bâtiments publics locaux, dont les établissements scolaires.
C’est précisément là que les tensions montent avec les collectivités. Les maires financent directement une grande partie du bâti scolaire, alors que les besoins explosent avec la multiplication des canicules. Le ministère de l’Éducation nationale rappelle qu’avec le dispositif ÉduRénov, l’État et la Banque des Territoires ont engagé 1 milliard d’euros depuis 2023 pour la rénovation du bâti scolaire, avec l’objectif de 40 000 écoles rénovées sur dix ans. Le gouvernement dit aussi que 2 500 écoles ont déjà bénéficié du Fonds vert pour des travaux énergétiques.
Les collectivités, elles, disent souvent regarder l’addition avant de regarder les annonces. Une commune peut bien vouloir rénover ses écoles, mais elle doit arbitrer entre les travaux lourds, les urgences du quotidien et le coût d’opérations longues à monter. Dans les petites villes comme dans les quartiers populaires, cette contrainte financière change tout : le besoin est le même, mais la capacité à agir ne l’est pas.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
La suite se joue dans l’examen parlementaire et dans la traduction concrète des promesses. Il faudra regarder si le Sénat maintient le calendrier de rénovation imposé aux propriétaires, quelles garanties sont ajoutées pour les locataires, et si les financements publics suivent réellement le rythme. Sans cela, la France risque de cumuler deux fragilités à la fois : des logements insuffisamment rénovés et un parc locatif trop étroit pour une demande qui ne faiblit pas.



