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ACTUALITé NATIONALE

Pourquoi le double nom de famille progresse en France et ce qu’il dit des nouvelles règles de filiation

Le double nom de famille gagne du terrain en France, mais reste minoritaire. Les chiffres de l’Insee montrent qu’il reflète surtout l’évolution des familles, du couple non marié aux mères qui veulent rendre leur filiation visible.

Journaliste dans une rédaction française, carnet ouvert et micro sans logo, avec écrans flous en arrière-plan.

Pourquoi voit-on de plus en plus d’enfants porter les deux noms de leurs parents ?

Quand un enfant naît, son nom raconte déjà une histoire de filiation. Aujourd’hui, cette histoire est plus souvent partagée entre les deux parents. En France, le double nom progresse nettement, même s’il reste minoritaire. D’après les données de l’Insee sur les naissances de 2025, 15 % des bébés portent les deux noms de famille de leurs parents, contre 10 % en 2014.

Le cadre légal existe depuis longtemps. La loi de 2002 sur le nom de famille a ouvert le choix entre le nom du père, celui de la mère ou les deux noms accolés. Depuis 2005, ce mécanisme s’applique aux enfants dont la filiation est établie à l’égard des deux parents. Le code civil prévoit aussi qu’en cas de désaccord, l’enfant reçoit les deux noms accolés selon l’ordre alphabétique.

Ce que disent les chiffres les plus récents

La progression est réelle, mais elle ne bouleverse pas encore la hiérarchie des usages. En 2025, 78 % des enfants ont reçu uniquement le nom du père. Et parmi ceux qui portent un double nom, le père vient en premier dans les trois quarts des cas. Autrement dit, l’égalité avance, mais elle avance dans un cadre qui reste très marqué par la transmission paternelle.

Ce choix varie fortement selon la situation des parents. Quand le couple n’est pas marié, 21,7 % des enfants portent les deux noms, contre 7,6 % quand les parents sont mariés. Le taux monte encore à 23,1 % quand les parents ne cohabitent pas. L’Insee y voit une manière de rendre plus visible le lien de filiation avec la mère, surtout quand elle élève seule l’enfant dès la naissance.

L’âge de la mère joue aussi. En 2025, 21 % des mères de moins de 20 ans donnent leur nom à leur enfant. Le taux descend à 12,8 % chez les 25-29 ans, puis remonte à 20,5 % à 40 ans ou plus. Les plus jeunes sont plus souvent hors mariage et vivent moins souvent avec le père de l’enfant. Dans ces situations, le double nom sert souvent à inscrire noir sur blanc une filiation maternelle déjà très concrète au quotidien.

Le niveau de diplôme et les professions comptent aussi. Les mères qui exercent une profession scientifique, un poste de cadre dans la fonction publique ou un métier de l’information, des arts ou des spectacles transmettent plus souvent leur nom. L’Insee relève 31,5 % de double nom dans ces catégories, contre 16,6 % dans les autres professions. On voit ici un effet classique : plus l’identité professionnelle de la mère est forte et reconnue, plus son nom prend de la valeur symbolique dans la transmission familiale.

Un changement porté par l’évolution des familles

Le mouvement ne se limite pas aux couples hétérosexuels. Dans les couples de femmes, 60 % des enfants portent les deux noms. Cette situation est liée aux règles issues de la loi de bioéthique de 2021, qui prévoient, pour les couples de femmes concernés, la possibilité de choisir le nom de l’une des deux mères ou leurs deux noms accolés. Le droit a donc servi d’appui à une évolution plus large : rendre visible la filiation avec chacune des deux mères, y compris celle qui n’a pas accouché.

Le double nom n’est pas une singularité française. L’Insee rappelle que cette pratique est bien plus ancienne et plus courante dans plusieurs pays de langue espagnole ou portugaise. En 2014 déjà, 60 % des enfants dont la mère est née en Espagne et 55 % de ceux dont la mère est née au Portugal recevaient un double nom. Le sens de l’ordre varie selon les traditions : « père-mère » en Espagne, « mère-père » au Portugal.

En France, certaines pratiques régionales ont aussi préparé le terrain. L’Insee note qu’une culture du double nom existe en Corse, dans le sud-ouest et dans plusieurs territoires ultramarins. Mais la proximité avec l’Espagne ou le Portugal n’explique qu’une part limitée des écarts observés. Ici, on touche à quelque chose de plus profond : la force des habitudes familiales, locales et sociales, qui survivent longtemps après le changement de la règle.

Ce que cela change, concrètement, pour les familles

Pour les mères, le double nom peut corriger une asymétrie ancienne. Le nom de famille n’est pas qu’une étiquette administrative. C’est aussi un marqueur de continuité entre l’enfant et celle qui l’élève, le reconnaît et l’inscrit dans sa lignée. Dans les familles non mariées ou séparées, cette visibilité peut compter autant que l’autorité parentale sur le papier.

Pour les pères, la pratique ne supprime pas leur place, mais elle la partage. Dans la majorité des cas, leur nom reste en première position. Pour les couples mariés, où le nom du père domine encore très largement, le double nom peut donc apparaître comme un compromis : il élargit la transmission sans renverser complètement les usages. C’est aussi ce qui explique sa diffusion progressive plutôt qu’un basculement rapide.

Pour les familles homoparentales, le mécanisme répond à un besoin très concret : faire exister juridiquement les deux liens parentaux. La réforme bioéthique de 2021 a renforcé cette logique en l’inscrivant dans le droit commun de la filiation. Ici, le nom n’est pas seulement une question de tradition. Il devient un outil de reconnaissance.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

La prochaine étape se joue moins dans la loi que dans les usages. Tant que le nom du père reste majoritaire et que l’ordre « père-mère » domine, le changement restera partiel. La vraie question est donc celle-ci : la normalisation du double nom va-t-elle continuer à s’étendre, ou restera-t-elle surtout un choix de situation, lié aux couples non mariés, aux familles recomposées et aux mères qui veulent rendre leur filiation plus visible ? Les chiffres de l’Insee montrent déjà la tendance. Ils montrent aussi ses limites.

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