À la rentrée, les Français réclament des réponses concrètes face au pouvoir d’achat et à la défiance envers le pays
À l’approche de la rentrée 2026, 63% des Français se disent inquiets pour le pays, malgré un mieux-être personnel. Le pouvoir d’achat domine leurs attentes, devant la sécurité, la dette et la santé.

L’enquête Elabe montre un contraste entre une situation personnelle jugée satisfaisante par 69% des Français et une vision très dégradée du pays. Les incendies, la chaleur et la hausse du carburant ont marqué l’été, tandis que le pouvoir d’achat devient la première priorité adressée à l’exécutif pour préparer le budget 2027.
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À quelques jours de la rentrée, beaucoup de Français disent aller bien dans leur vie personnelle. Pourtant, ils portent un regard très sombre sur l’état du pays. Ce décalage résume le climat politique et social de la fin de l’été 2026.
Une inquiétude devenue majoritaire
Selon une enquête publiée le mercredi 26 août 2026, 63% des personnes interrogées se déclarent inquiètes face à la situation française. Le résultat montre une opinion publique préoccupée, mais aussi traversée par une forte irritation.
Après l’inquiétude, les sentiments les plus cités sont l’exaspération, à 41%, puis la colère, à 38%. Viennent ensuite la lassitude, à 29%, la peur, à 24%, la tristesse, à 21%, et la fatigue, à 20%.
Le premier sentiment positif, l’espoir, n’arrive qu’en neuvième position parmi quinze réponses possibles. Il n’est cité que par 11% des sondés. Ce classement ne signifie pas que tous les Français vivent une situation personnelle difficile. Il montre surtout une défiance envers la trajectoire collective du pays.
Le contraste est net. 69% des Français déclarent aller bien personnellement. Ce niveau progresse de dix points en un an. Il retrouve presque celui observé en 2024, à 68%, et en 2023, à 69%. La rentrée 2025 avait été beaucoup plus morose, avec 59% de réponses positives.
En revanche, 89% estiment que la France va mal. Cette proportion reste proche de celle mesurée à la rentrée 2025, quand elle atteignait 90%. L’écart entre la situation personnelle et la situation nationale est donc particulièrement marqué.
Les générations et les électorats ne ressentent pas la crise de la même façon
Le pessimisme concerne toutes les catégories de population. Il n’a toutefois pas la même intensité selon l’âge. Parmi les 18-34 ans, 78% considèrent que la France va mal. Cette part atteint 95% chez les 50 ans et plus.
La différence peut s’expliquer par des expériences concrètes distinctes. Les jeunes sont davantage confrontés aux difficultés d’accès au logement, à l’entrée dans l’emploi et à la précarité des débuts de carrière. Les générations plus âgées peuvent, elles, être plus sensibles à l’évolution du pouvoir d’achat, à la situation des services publics et à l’incertitude politique.
Le clivage politique est encore plus prononcé. 97% des électeurs du Rassemblement national estiment que le pays va mal. Les électorats de gauche, de droite et du camp présidentiel sont également pessimistes, mais à des niveaux différents.
Cette défiance s’inscrit dans un contexte où la confiance accordée aux principaux responsables reste faible. Dans une autre mesure publiée en août 2026, Emmanuel Macron recueille 24% de confiance pour affronter les problèmes du pays. Le Premier ministre Sébastien Lecornu obtient le même niveau. Ces résultats donnent une indication du rapport de force politique à l’approche des débats budgétaires.
Un été dominé par les incendies, la chaleur et les prix
Les événements de l’été ont aussi influencé l’état d’esprit des Français. Parmi dix-neuf faits proposés dans l’enquête, les incendies arrivent largement en tête. Ils sont cités par 61% des répondants.
Les épisodes de canicule et de sécheresse suivent, avec 45% des citations. La hausse des prix du carburant arrive en troisième position, à 44%. Le piratage de données complète ce premier groupe, avec 24%.
Les incendies sont l’événement le plus marquant dans toutes les catégories sociales et tous les électorats. Ils ont particulièrement frappé les habitants du Sud-Ouest, cités par 73%, ainsi que les retraités, également à 73%.
La hausse du carburant révèle une autre réalité. Elle est davantage mentionnée par les employés et les ouvriers, à 55%, ainsi que par les habitants des zones rurales, à 53%. Pour ces ménages, la voiture reste souvent indispensable pour travailler, faire les courses ou accéder aux services. Une hausse limitée en apparence peut donc peser directement sur le budget mensuel.
Les conflits internationaux apparaissent plus loin dans les réponses. Les guerres au Moyen-Orient sont citées par 16% des sondés et la guerre en Ukraine par 14%. La crise migratoire à Ceuta atteint 13%. Ces résultats ne mesurent pas l’importance objective de ces événements. Ils indiquent plutôt ce qui a le plus marqué les Français dans leur vie quotidienne pendant l’été.
Le pouvoir d’achat reste la priorité numéro un
Quand ils sont interrogés sur les actions à mener dans les prochains mois, les Français placent le pouvoir d’achat en tête. 48% souhaitent en faire la priorité du président de la République et du gouvernement.
La sécurité arrive ensuite, avec 32%, devant la dette publique, à 29%, et la santé, à 28%. L’immigration recueille 27% des citations. La lutte contre le dérèglement climatique et l’adaptation à ses conséquences atteignent 24%. Les inégalités et les injustices sociales ferment ce classement, à 21%.
Ces priorités varient fortement selon les choix électoraux. Les électeurs du Nouveau Front populaire citent d’abord le pouvoir d’achat, à 53%. Ils mettent aussi en avant les inégalités sociales, à 41%, la santé, à 38%, et le climat, également à 38%.
Les électeurs d’Ensemble accordent davantage de poids à la dette publique, à 43%, et au climat, à 39%. Ceux des Républicains placent la dette à 42%, le pouvoir d’achat à 41% et la sécurité à 37%.
Chez les électeurs du Rassemblement national, l’immigration arrive en première position, avec 61%. Le pouvoir d’achat suit à 53%, devant la sécurité à 48%. Ces écarts montrent que le même constat de crise peut conduire à des demandes politiques très différentes.
Un budget attendu sous forte pression
Le gouvernement doit désormais traduire ces préoccupations dans ses choix budgétaires. Le budget de l’État est un document politique autant que comptable. Il fixe les dépenses, les recettes et les priorités de l’action publique pour l’année suivante.
La difficulté est double. L’exécutif doit répondre à la demande de protection exprimée par les Français. Il doit aussi tenir compte de la dette publique et des contraintes qui pèsent sur les finances nationales. Une mesure favorable au pouvoir d’achat peut coûter cher. Une réduction des dépenses peut, à l’inverse, affecter les services publics ou les collectivités.
Les effets ne seront pas identiques pour tous. Les ménages modestes ressentent plus vite la hausse du carburant, de l’alimentation ou du logement. Les classes moyennes peuvent redouter une augmentation des impôts ou une baisse des prestations. Les entreprises surveillent le coût du travail et la demande. Les collectivités, elles, cherchent à préserver leurs investissements et leurs services de proximité.
Un précédent récent confirme la centralité du pouvoir d’achat. Dans une enquête réalisée en mai 2026, 81% des Français déclaraient déjà devoir « se serrer la ceinture ». La proportion montait à 87% parmi les ménages des deux premiers quartiles de niveau de vie, contre 66% dans le quartile supérieur. Les données sur le pouvoir d’achat des ménages montrent ainsi que la contrainte budgétaire reste très inégalement répartie.
La rentrée comme test politique
Le sondage ne prédit pas le comportement électoral des Français. Il met toutefois en évidence un terrain politique fragile. L’opinion distingue sa propre situation de celle du pays, mais elle attend des réponses rapides sur les dépenses contraintes, la sécurité, la santé et les services publics.
La rentrée sera donc un test pour l’exécutif. Il devra convaincre au Parlement tout en répondant à une population qui se dit majoritairement inquiète. Le projet de budget 2027 constituera le premier rendez-vous concret de cette nouvelle séquence.
Il faudra surveiller, dans les prochaines semaines, les arbitrages budgétaires annoncés par le gouvernement, les discussions avec les groupes parlementaires et les réactions des organisations syndicales et patronales. Le principal enjeu sera de savoir si l’exécutif peut transformer une inquiétude largement partagée en compromis politique durable.



