Primaire socialiste : Ségolène Royal mise sur le pouvoir d’achat et la protection des enfants pour convaincre les Français
À Blois, Ségolène Royal défend sa candidature à la primaire socialiste d’octobre. Elle met en avant le pouvoir d’achat, le climat, la protection de l’enfance et son expérience de l’État.

Ségolène Royal défend sa participation à la primaire socialiste prévue en octobre pour choisir le candidat à la présidentielle de 2027. Elle place au cœur de son discours le coût de l’énergie, la transition climatique, la protection des enfants et la reconstruction de l’autorité de l’État.
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Que peut encore peser une candidature lancée à 72 ans dans une primaire socialiste déjà très disputée ? À Blois, Ségolène Royal a choisi de répondre par son expérience, mais aussi par des thèmes qui touchent directement les Français : le pouvoir d’achat, le climat, la protection des enfants et l’autorité de l’État.
Une candidature qui veut parler aux inquiétudes du quotidien
Présente aux journées d’été du Parti socialiste, samedi 29 août 2026, Ségolène Royal a défendu sa participation à la primaire de la gauche socialiste et démocratique. Le scrutin doit désigner, en octobre, un candidat pour l’élection présidentielle de 2027.
À son arrivée à Blois, l’ancienne candidate à la présidentielle de 2007 a lancé un message aux Français : « Ne les laissez pas vous faire peur. » Elle estime que le pays traverse un moment particulièrement difficile. « Les Français sont inquiets, ont peur aussi », a-t-elle déclaré, en jugeant la France « dans un état catastrophique ».
Cette formule résume l’angle choisi par Ségolène Royal. Elle ne veut pas seulement défendre une place dans le calendrier interne du PS. Elle cherche à se présenter comme une responsable capable de répondre à des problèmes très concrets, loin des seuls débats d’appareil.
La primaire a été validée par les militants socialistes en juillet. Elle doit se tenir en deux tours, les 9-10 puis les 16-17 octobre, selon les modalités présentées par le calendrier de la primaire socialiste. Ségolène Royal compte parmi les premières candidates déclarées, avec notamment les députés Philippe Brun et Jérôme Guedj, ainsi que Raphaël Glucksmann pour Place publique.
Électricité, climat et emploi : les priorités affichées
Pour justifier sa candidature, Ségolène Royal met en avant son parcours ministériel. Elle rappelle notamment son passage au ministère de l’Écologie et de l’Énergie en 2014. Elle affirme alors avoir « bloqué le prix de l’électricité », une décision qui l’aurait opposée à plusieurs acteurs du secteur, dont EDF.
Son argument est simple : l’énergie ne concerne pas uniquement les factures des ménages. Elle pèse aussi sur les entreprises, les collectivités et les services publics. Une hausse prolongée peut donc réduire le pouvoir d’achat, fragiliser les petites entreprises et accentuer les écarts entre les territoires.
Le sujet reste sensible en 2026. Même lorsqu’un prix de fourniture est stabilisé, le montant final d’une facture peut évoluer avec la consommation, les taxes ou les coûts d’acheminement. Les ménages modestes et les habitants des zones rurales, souvent plus dépendants de la voiture et du chauffage individuel, ne subissent pas les mêmes contraintes que les foyers urbains mieux desservis par les transports collectifs.
Ségolène Royal veut également faire du climat un axe central. Celle qui a présidé la COP21 défend une approche qu’elle présente comme opérationnelle. Selon elle, la lutte contre le dérèglement climatique doit déboucher sur des décisions concrètes. Elle y voit aussi une possibilité de créer des activités, des emplois et du bien-être.
Cette promesse dépend toutefois des moyens engagés. La transition écologique peut ouvrir des débouchés dans la rénovation des logements, les transports propres ou les énergies renouvelables. Elle peut aussi coûter cher aux ménages et aux petites entreprises si les aides sont insuffisantes ou trop complexes. Les grands groupes disposent généralement de davantage de capacités d’investissement. Les petites structures, elles, peuvent avoir besoin d’un accompagnement administratif et financier plus direct.
La protection de l’enfance comme marqueur politique
Autre priorité annoncée : les violences faites aux enfants. Ségolène Royal a dénoncé le « silence sur la maltraitance sur les enfants, sur les abus sexuels ». Elle promet, si elle revient au pouvoir, « zéro tolérance » sur ces sujets. Son premier déplacement de terrain doit être consacré à cette question.
Le thème répond à une réalité documentée. En 2025, la police et la gendarmerie ont enregistré 114 500 victimes mineures de violences physiques et 76 200 victimes mineures de violences sexuelles. Ces données ne recouvrent pas toutes les violences commises, car de nombreuses victimes ne portent pas plainte. Elles montrent néanmoins l’ampleur du problème, selon les statistiques du ministère de l’Intérieur.
La difficulté ne se limite pas à l’adoption de nouvelles lois. Elle concerne aussi les moyens des départements, le recrutement des travailleurs sociaux, la formation des professionnels et la coordination entre l’école, la justice, la santé et la protection de l’enfance. L’Observatoire national de la protection de l’enfance décrit d’ailleurs une crise structurelle, marquée par un manque de personnel et une prise en charge dégradée.
Sur ce terrain, l’annonce de Ségolène Royal bénéficie aux familles qui attendent une réponse plus rapide des institutions. Mais elle l’oblige aussi à préciser ses mesures. La « tolérance zéro » devra se traduire par des budgets, des procédures de signalement efficaces et un suivi des enfants dans la durée.
Une candidature face aux équilibres internes du PS
Ségolène Royal ne souhaite pas transformer sa campagne en duel avec les autres prétendants. Interrogée sur François Hollande, qui pourrait se présenter comme un recours si le candidat issu de la primaire ne progressait pas dans les sondages, elle a refusé de l’appeler à participer au processus. « Moi, je respecte tout le monde et je parle aux Français. Je ne parle pas aux autres candidats », a-t-elle répondu.
Cette position lui permet de maintenir une distance avec les rivalités internes. Elle présente sa candidature comme une démarche personnelle, fondée sur son expérience et sur sa capacité à s’adresser directement à l’électorat. Elle rappelle avoir été plusieurs fois ministre, parlementaire et présidente de région.
Ses adversaires peuvent toutefois lui opposer une autre lecture. La primaire doit aussi permettre de faire émerger un projet collectif et une équipe renouvelée. Or le retour d’une figure politique déjà candidate à l’Élysée peut être perçu comme un retour vers le passé, au moment où le PS cherche à reconstruire une crédibilité nationale.
Le parti doit également trouver un équilibre entre plusieurs électorats. Une ligne centrée sur l’autorité de l’État peut rassurer une partie des classes moyennes et des électeurs attachés aux services publics. Une priorité donnée au climat peut mobiliser les urbains et les jeunes. Mais ces thèmes devront être articulés avec les préoccupations des salariés, des retraités et des territoires populaires.
Les prochaines étapes de la primaire
La campagne devra maintenant sortir des déclarations de principe. Les candidats devront préciser leur programme, leurs alliances et leur méthode de gouvernement. Ils devront aussi expliquer comment financer leurs engagements, notamment sur l’énergie, la transition écologique et la protection de l’enfance.
Le prochain rendez-vous est fixé aux 9 et 10 octobre pour le premier tour, puis aux 16 et 17 octobre pour le second. D’ici là, l’enjeu sera de savoir si Ségolène Royal peut transformer sa notoriété et son expérience gouvernementale en dynamique électorale. Le PS devra, de son côté, démontrer que cette primaire peut produire autre chose qu’une nouvelle confrontation entre personnalités.



