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ACTUALITé NATIONALE Libertés publiques sous tension

Interdiction du voile : ce que le projet du RN pourrait changer pour les femmes dans l’espace public français

Le RN défend une amende contre le port du voile dans l’espace public. Une telle mesure dépasserait la loi actuelle sur le voile intégral et poserait des questions de liberté individuelle, de contrôle et de constitutionnalité.

Mains anonymes sur un dossier flou près d’un micro de commission, pour illustrer le débat sur le voile
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En bref

Jean-Philippe Tanguy affirme que le Rassemblement national voudrait infliger une amende aux femmes portant le voile dans l’espace public en cas d’arrivée au pouvoir. Cette proposition irait plus loin que la loi actuelle, qui interdit seulement la dissimulation du visage, et pourrait être contestée au nom des libertés individuelles et religieuses.

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Peut-on être verbalisée pour porter un voile dans la rue si une nouvelle majorité politique le décide ? C’est la perspective avancée par le Rassemblement national, avec une mesure qui toucherait directement les femmes concernées, mais qui ouvrirait aussi un débat constitutionnel majeur.

Une annonce politique qui vise le voile dans l’espace public

Jean-Philippe Tanguy, député de la Somme et soutien de Marine Le Pen pour l’élection présidentielle, a déclaré dimanche 30 août que le Rassemblement national voulait « sanctionner le port du voile » islamique s’il arrivait au pouvoir.

« Nous allons évidemment combattre l’idéologie islamiste et nous sanctionnerons le port du voile », a-t-il affirmé. Le député a précisé que la sanction prendrait la forme d’une amende.

Pour justifier cette proposition, Jean-Philippe Tanguy a invoqué la défense des femmes contraintes de porter le voile dans certains pays. Il a aussi présenté le voile comme un symbole politique et idéologique, au-delà d’un simple vêtement religieux.

Le député a assuré que la mesure était désormais arrêtée au sein du parti. Il a également déclaré qu’elle serait soutenue par « 60% à 70% de Françaises et de Français ». Aucun détail n’a toutefois été donné sur l’enquête ou la méthode permettant d’établir ce chiffre.

Dans le scénario présenté, les personnes qui porteraient le voile malgré l’interdiction seraient sanctionnées, à l’image des automobilistes qui ne mettent pas leur ceinture de sécurité.

Une différence essentielle entre voile et voile intégral

La législation française interdit déjà la dissimulation du visage dans l’espace public. La loi du 11 octobre 2010 sur la dissimulation du visage concerne les rues, les lieux ouverts au public et les services publics.

Elle vise notamment le niqab ou la burqa, qui couvrent le visage. La personne qui enfreint cette interdiction s’expose à une amende correspondant à une contravention de deuxième classe. Un stage de citoyenneté peut aussi être prononcé.

Cette loi ne concerne pas le hijab, qui couvre les cheveux et le cou, mais laisse le visage visible. Une interdiction générale du voile dans l’espace public nécessiterait donc une nouvelle loi et modifierait profondément l’équilibre juridique actuel.

La distinction est importante. Aujourd’hui, le droit français ne sanctionne pas le port d’un signe religieux dans la rue uniquement parce qu’il est religieux. Les règles sont différentes dans certains lieux ou pour certaines fonctions. Les agents publics, par exemple, sont soumis à une obligation de neutralité dans l’exercice de leurs missions.

Ce que changerait une interdiction générale

Une telle mesure ne viserait pas seulement les lieux de culte ou les établissements scolaires. Elle pourrait s’appliquer aux rues, aux transports, aux commerces et aux espaces publics, selon le périmètre retenu par le législateur.

Son application poserait donc une question très concrète : qui contrôlerait les vêtements concernés et dans quelles circonstances ? Les forces de l’ordre devraient déterminer si un foulard relève du champ de l’interdiction. Elles devraient ensuite identifier la personne et dresser une contravention.

Le risque de contrôles répétés ou ciblés serait au cœur du débat. Les femmes portant un voile seraient les premières concernées. Les communes et les services de police devraient, eux, gérer les consignes, les contestations et les éventuels refus d’obtempérer.

La mesure pourrait aussi avoir des effets différents selon les territoires. Dans les grandes villes, les contrôles se dérouleraient dans des espaces très fréquentés et fortement exposés. Dans les zones rurales ou périurbaines, ils pourraient intervenir dans des contextes où les services publics disposent de moyens plus limités.

Pour le RN, l’interdiction permettrait de lutter contre l’islamisme et de défendre l’égalité entre les femmes et les hommes. Le parti considère que certains vêtements peuvent traduire une pression sociale ou une vision politique de la société.

Ses partisans y voient également une mesure de cohérence. La République impose déjà des obligations de neutralité dans plusieurs institutions. Ils estiment que l’espace public ne devrait pas devenir le lieu d’une affirmation religieuse jugée incompatible avec les principes français.

Une mesure confrontée aux libertés individuelles

La position opposée repose sur un autre principe : dans l’espace public, les citoyens disposent en principe d’une liberté vestimentaire et d’une liberté de conscience. Une interdiction générale devrait donc être justifiée par un objectif précis et proportionnée à cet objectif.

Le Conseil d’État a déjà rappelé, dans une affaire électorale, que le port d’un voile ne suffisait pas à empêcher une candidate de se présenter à une élection. Le juge avait mis en balance le principe de laïcité avec la liberté individuelle et le droit de participer à la vie politique.

Le Conseil constitutionnel et la Cour européenne des droits de l’homme ont néanmoins validé l’interdiction de la dissimulation du visage dans l’espace public. Cette validation ne signifie pas automatiquement qu’une interdiction de tous les voiles religieux serait jugée conforme.

La différence tient à la justification avancée. La loi de 2010 s’appuie notamment sur les exigences liées à la vie collective et à la possibilité d’identifier son visage. Une interdiction du hijab devrait reposer sur un raisonnement différent, car le visage reste visible.

Les associations de défense des droits des femmes pourraient elles-mêmes être divisées. Certaines soutiennent une interdiction au nom de la lutte contre les pressions patriarcales. D’autres redoutent qu’une sanction publique frappe d’abord les femmes, sans supprimer les contraintes familiales ou sociales qu’elles peuvent subir.

Cette critique porte sur l’efficacité de la mesure. Une amende peut être présentée comme une réponse à une idéologie. Elle peut aussi être perçue comme une sanction visant une personne déjà exposée à des pressions. Le débat ne porte donc pas seulement sur le principe de l’interdiction, mais aussi sur ses conséquences pratiques.

Un parcours juridique et parlementaire incertain

Si le RN remportait l’élection présidentielle et obtenait une majorité parlementaire, il devrait encore faire adopter un texte. Celui-ci pourrait être contesté devant le Conseil constitutionnel, puis éventuellement devant la Cour européenne des droits de l’homme.

Le Parlement a déjà débattu de restrictions concernant certains signes religieux. Des propositions ont notamment porté sur les accompagnateurs scolaires, les mineurs ou les pratiques considérées comme communautaristes. Ces initiatives montrent que le sujet dépasse les seuls programmes présidentiels.

La difficulté serait de définir précisément le vêtement visé. Une interdiction limitée au hijab ne produirait pas les mêmes effets qu’une interdiction de tout signe religieux visible. Dans le second cas, les personnes portant une kippa, un turban sikh ou une grande croix pourraient également être concernées.

Le RN devrait aussi préciser le montant de l’amende, les exceptions éventuelles et les modalités de contrôle. Il faudrait enfin déterminer si la sanction viserait uniquement les adultes ou si des responsabilités particulières seraient attribuées aux parents lorsque des mineures seraient concernées.

Les prochaines étapes à surveiller

Le premier point à surveiller sera la place exacte de cette mesure dans le programme présidentiel du Rassemblement national. Le parti devra préciser son périmètre et son calendrier.

Il faudra ensuite observer les réactions des autres formations politiques, des associations féministes, des représentants des cultes et des organisations de défense des libertés publiques.

Enfin, la question décisive sera juridique. Une interdiction du voile dans l’espace public ne pourrait pas être appliquée par simple décision gouvernementale. Elle nécessiterait une loi, un contrôle constitutionnel et probablement un contentieux européen.

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