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ACTUALITé NATIONALE Le référendum sous tension

Interdiction du voile dans l’espace public : le projet du RN face aux libertés et aux limites du référendum

Le RN veut soumettre à référendum l’interdiction du voile dans l’espace public après une victoire en 2027. Le projet soulève des questions sur les libertés religieuses, l’égalité devant la loi et sa faisabilité constitutionnelle.

Journaliste préparant en rédaction un sujet sur le voile, le référendum et les libertés publiques en France
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En bref

Le Rassemblement national veut interdire le hijab dans l’espace public et sanctionner les femmes qui le portent, après un éventuel référendum en 2027. Cette proposition dépasse la loi actuelle, qui vise seulement la dissimulation du visage. Son champ juridique, son application et sa compatibilité avec l’égalité devant la loi restent contestés.

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Une femme portant un foulard dans la rue pourrait-elle recevoir une amende si le Rassemblement national arrivait au pouvoir en 2027 ? Le parti veut maintenir cette promesse, mais sa mise en œuvre soulève immédiatement des questions juridiques, pratiques et politiques.

Le RN veut transformer le voile en sujet référendaire

Deux jours après avoir annoncé une sanction contre le port du voile dans l’espace public, le député RN Jean-Philippe Tanguy a défendu cette proposition, mardi 1er septembre. Il assure que « personne ne va courir après » les femmes concernées et qu’il n’y aura pas de « chasse aux femmes voilées ».

Le projet serait soumis à référendum en cas de victoire de Marine Le Pen à l’élection présidentielle de 2027. Le RN présente cette consultation comme un moyen d’ouvrir un « débat serein » sur la place du voile dans la société française.

Jean-Philippe Tanguy affirme que la mesure viserait moins une pratique religieuse qu’un symbole. Selon lui, le voile représenterait une idéologie islamiste qui chercherait à « s’imposer dans la civilisation française ». Il soutient donc que l’interdiction protégerait les femmes plutôt qu’elle ne les viserait.

Le député reconnaît cependant que les femmes portant le voile ne sont pas nécessairement islamistes. Il estime néanmoins qu’elles arborent le « signe d’un fer de lance » de cette idéologie. Cette distinction constitue le cœur de l’argumentaire du RN : sanctionner un vêtement au nom de sa signification politique supposée.

Ce que dit déjà la loi française

La France interdit déjà certaines tenues dans l’espace public. La loi du 11 octobre 2010 sur la dissimulation du visage interdit de porter une tenue qui empêche l’identification d’une personne dans la rue, les transports ou les commerces.

Cette règle concerne principalement le voile intégral, comme le niqab ou la burqa. Elle ne s’applique pas au hijab, qui laisse le visage visible. Le projet défendu par le RN franchirait donc une étape supplémentaire : il viserait un signe religieux ou culturel sans dissimulation du visage.

Le droit français distingue aussi l’espace public et les services publics. Dans la rue, les citoyens peuvent porter des signes religieux, sous réserve des règles générales de sécurité et d’ordre public. En revanche, les agents publics sont soumis à une obligation de neutralité. Les élèves des écoles publiques sont également concernés par une interdiction spécifique des signes religieux ostensibles.

Le RN propose donc de modifier profondément cet équilibre. Le parti voudrait appliquer à l’ensemble de l’espace public une interdiction qui ne concerne aujourd’hui que certains vêtements couvrant le visage.

Le référendum ne règle pas automatiquement l’obstacle constitutionnel

Le recours au référendum est présenté par le RN comme une manière de donner directement la parole aux Français. En droit, le président de la République peut organiser un référendum dans le cadre de l’article 11 de la Constitution, notamment sur certaines réformes économiques, sociales ou environnementales, ainsi que sur l’organisation des pouvoirs publics.

La question est donc de savoir si une interdiction générale du voile entrerait dans ce champ. Des constitutionnalistes estiment que ce fondement pourrait être contesté. Une mesure visant directement la liberté religieuse et les règles applicables dans l’espace public ne correspond pas clairement aux catégories prévues par l’article 11.

Le RN pourrait chercher à modifier la Constitution avant de faire adopter l’interdiction. Cette stratégie supposerait toutefois de réunir une majorité politique suffisante au Parlement ou de franchir une procédure institutionnelle complexe. Elle ne permettrait pas non plus d’éviter les contrôles liés aux droits fondamentaux et aux engagements européens de la France.

Le Conseil constitutionnel a déjà examiné la loi de 2010. Il avait alors admis l’interdiction de la dissimulation du visage, tout en soulignant qu’elle ne devait pas porter une atteinte disproportionnée aux libertés. La différence avec le hijab est importante : le visage reste identifiable et la justification juridique ne serait pas la même.

Une application concrète difficile à organiser

Au-delà du droit, la mise en œuvre poserait une question très concrète : qui contrôlerait le vêtement et selon quels critères ? Une interdiction du voile devrait distinguer un foulard religieux d’un accessoire de mode, d’une tenue traditionnelle ou d’un couvre-chef porté pour se protéger du froid ou du soleil.

La police devrait aussi constater l’infraction sans créer de contrôles ciblant une population particulière. La promesse d’une simple amende ne supprimerait pas ce problème. Chaque verbalisation pourrait donner lieu à une contestation devant les tribunaux.

Le dispositif pèserait d’abord sur les femmes musulmanes qui portent le hijab dans la rue. Les grandes villes seraient davantage concernées, car les contrôles se concentreraient probablement dans les transports, les centres commerciaux et les lieux très fréquentés. Les communes rurales ne seraient pas épargnées, mais les pratiques de contrôle pourraient y être différentes.

Le coût administratif serait également réel. Il faudrait former les forces de l’ordre, définir les procédures, traiter les contestations et gérer les cas particuliers. Les personnes disposant de faibles revenus seraient les plus exposées si les amendes se répétaient ou si elles entraînaient des dettes.

Le RN parle de protection, ses opposants dénoncent une restriction

Pour Jean-Philippe Tanguy, le voile pourrait être interdit parce qu’il serait devenu le symbole d’une idéologie politique. Il affirme que la mesure ne viserait pas les femmes elles-mêmes et qu’elle ne concernerait pas les autres religions de la même manière.

Il cite notamment les religieuses et les membres du clergé catholique. Selon lui, leur tenue correspond à un engagement religieux identifié et ne traduirait pas une volonté de s’imposer à la société. Il estime aussi que la kippa ou la main de Fatma ne posent pas le même problème.

Cette distinction soulève une difficulté d’égalité devant la loi. Une interdiction visant principalement un vêtement associé à l’islam devrait reposer sur des critères objectifs et applicables de façon cohérente. Sinon, elle pourrait être contestée comme une mesure discriminatoire.

Les opposants au projet considèrent également qu’une interdiction générale réduirait la liberté des femmes au lieu de les protéger. Ils rappellent que certaines portent le voile par conviction, tandis que d’autres peuvent subir des pressions familiales ou sociales. Une même sanction traiterait donc des situations très différentes.

Le débat oppose ainsi deux conceptions. Le RN veut combattre ce qu’il décrit comme une stratégie d’influence islamiste. Ses adversaires défendent une approche centrée sur la liberté individuelle et l’égalité de traitement. Dans les deux cas, les conséquences seraient supportées en premier lieu par les femmes concernées.

Les prochaines étapes à surveiller

Pour l’instant, il s’agit d’une promesse politique liée à la présidentielle de 2027, et non d’une loi en vigueur. Le RN doit encore préciser le montant de l’amende, les lieux concernés, les modalités de contrôle et le fondement juridique exact de la mesure.

Le point décisif sera la procédure retenue. Il faudra vérifier si un référendum peut légalement porter directement sur le voile, ou si une révision constitutionnelle serait nécessaire. Les prises de position du Conseil constitutionnel, du Parlement et des juridictions européennes seront donc déterminantes.

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