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ACTUALITé NATIONALE Protection des victimes, acte décisif

Loi intégrale contre les violences sexuelles : ce que le calendrier parlementaire change pour la protection des victimes

Après la mort de Lyhanna, l’Assemblée nationale examinera en octobre une proposition de loi de 69 articles. Le texte veut renforcer la prévention, la justice et l’accompagnement des victimes, avec des moyens à préciser.

Élu local anonyme prenant des notes sur une loi de protection dans un bureau de mairie française
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En bref

Après la mort de Lyhanna, le gouvernement a confirmé l’examen à l’Assemblée d’une proposition de loi de 69 articles contre les violences sexistes et sexuelles. Le texte prévoit davantage de spécialisation judiciaire, de formation et de protection des victimes, mais son efficacité dépendra des moyens accordés aux services publics.

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Que peut changer une loi quand une affaire révèle des failles dans la protection des enfants et des victimes ? C’est la question posée par l’examen annoncé d’un texte qui veut agir avant, pendant et après les violences sexistes et sexuelles.

Un texte attendu après la mort de Lyhanna

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a confirmé que la proposition de loi dite « intégrale » sera le premier texte inscrit par le gouvernement à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale au début du mois d’octobre.

Cette annonce fixe une échéance politique claire. Elle intervient après la mort de Lyhanna, une fille de 11 ans retrouvée morte et violée dans le Gers en juin 2026. L’affaire a relancé les interrogations sur le traitement des alertes, la coordination des services publics et la capacité de la justice à protéger rapidement les enfants.

Le texte a été déposé le 11 août 2026 par la députée socialiste Céline Thiébault-Martinez. Il comprend 69 articles. Son examen doit commencer le 7 septembre au sein d’une commission spéciale, une formation temporaire de députés chargée d’étudier l’ensemble du texte avant son passage dans l’hémicycle.

La proposition est officiellement intitulée « proposition de loi apportant une réponse intégrale au phénomène des violences sexuelles et sexistes contre les femmes et les enfants ». Elle a été enregistrée à l’Assemblée nationale sous le numéro 3106. Consulter le texte de la proposition de loi intégrale.

Pourquoi parler de réponse « intégrale » ?

L’objectif est de ne pas limiter la réponse publique à la seule question des peines. Le texte couvre la prévention, le repérage, l’enquête, le jugement, les soins, l’accompagnement et la réparation des victimes.

Son premier volet prévoit de mieux définir et regrouper les violences sexistes, sexuelles et intrafamiliales dans le code pénal. Cette classification doit faciliter leur identification et leur suivi par les administrations.

Le texte prévoit aussi la création d’unités spécialisées dans la police judiciaire. Il propose également des juridictions spécialisées et des magistrats formés à ces affaires. Dans chaque tribunal judiciaire et chaque cour d’appel, un juge spécialisé pourrait notamment suivre les informations judiciaires liées aux violences sexuelles et intrafamiliales.

Cette organisation viserait à éviter que les victimes répètent leur récit devant une succession d’interlocuteurs peu formés. Elle chercherait aussi à réduire les différences de traitement entre les territoires. Aujourd’hui, l’accès à un enquêteur spécialisé, à un médecin formé ou à un avocat disponible dépend souvent du lieu de résidence.

Le texte veut également renforcer les actes d’enquête obligatoires et encadrer davantage les investigations portant sur la vie sexuelle des victimes. Il prévoit enfin de mieux les informer au cours de la procédure et de faciliter leur accès à l’aide juridictionnelle.

De la justice à l’école, au travail et au numérique

La proposition ne s’arrête pas au fonctionnement judiciaire. Elle prévoit des mesures dans l’éducation, la santé, le travail, la protection de l’enfance et l’enseignement supérieur.

Dans les entreprises de plus de 50 salariés, le référent chargé des violences sexistes et sexuelles deviendrait obligatoire. Il bénéficierait d’une formation continue financée par l’employeur. Un protocole national de signalement et de traitement des violences au travail serait aussi élaboré par le ministère du Travail.

Le texte concerne également les travailleurs à domicile. Un document présenterait leurs droits et les numéros utiles. L’inspection du travail pourrait intervenir plus largement lorsque des violences sont commises au domicile de l’employeur.

Dans le secteur de la santé, la formation initiale et continue aux violences sexistes et sexuelles deviendrait obligatoire. Elle porterait sur le consentement, le repérage des violences, l’accompagnement des victimes et les obligations de signalement.

La proposition aborde aussi les cyberviolences. Elle entend renforcer la prévention, la détection et la répression des violences commises en ligne. Elle précise notamment que la diffusion d’images ou de vidéos à caractère sexuel suppose un consentement libre, spécifique et éclairé.

Pour les enfants, plusieurs dispositions concernent la protection lors des séparations familiales. Lorsqu’un parent a commis des violences contre l’autre parent ou contre l’enfant, la résidence de l’enfant ne pourrait pas être fixée au domicile de l’auteur, ni à titre principal ni en alternance.

Un changement important, mais coûteux à appliquer

La logique du texte bénéficie d’abord aux victimes. Elle promet une prise en charge plus lisible et une meilleure continuité entre la police, la justice, la santé et les services sociaux.

Les associations pourraient aussi bénéficier d’un financement et d’un pilotage plus structurés. Le texte prévoit un suivi annuel des dépenses consacrées à la prévention, à la protection, aux soins, à la formation et à l’accompagnement.

Pour les professionnels, l’enjeu est différent. La spécialisation implique de recruter, de former et de dégager du temps. Dans les tribunaux déjà confrontés à des stocks importants de dossiers, créer de nouvelles fonctions sans moyens supplémentaires pourrait limiter la portée de la réforme.

La question est particulièrement sensible dans les territoires ruraux et ultramarins. L’éloignement des services, le manque de professionnels spécialisés et les difficultés de transport peuvent retarder le dépôt d’une plainte ou l’accès aux soins. La proposition souligne ces contraintes et affirme vouloir garantir une protection équivalente sur tout le territoire.

Le débat portera donc autant sur le contenu juridique que sur son financement. Une loi peut créer une obligation. Elle ne peut pas, à elle seule, remplacer les effectifs nécessaires dans les commissariats, les tribunaux, les hôpitaux, les établissements scolaires et les associations.

Un consensus politique qui peut se fissurer

Le texte s’appuie sur un travail mené avec des associations féministes et de défense des droits des enfants. Sa première version avait été construite autour de 140 recommandations, avant d’être remaniée après les échanges avec le Conseil d’État, les parlementaires et plusieurs ministères.

Le gouvernement présente désormais son inscription à l’agenda comme la concrétisation d’un engagement pris en juillet. Sébastien Lecornu a défendu une réponse « intégrale », en insistant sur la nécessité d’agir à la fois sur la prévention, la justice et la protection.

Les promoteurs du texte veulent toutefois éviter une loi réduite à quelques mesures symboliques. Ils défendent une réforme d’ensemble, avec des moyens dédiés et une évaluation régulière.

Des désaccords existent déjà sur l’organisation judiciaire. La proposition prévoit des juridictions spécialisées pour les violences sexuelles et intrafamiliales. Elle s’inscrit aussi dans une réflexion sur la place des cours criminelles départementales, qui jugent certains crimes sans jury populaire. Le gouvernement devra arbitrer entre la volonté de spécialiser les procédures et la nécessité de résorber les délais de jugement.

Le calendrier ajoute une contrainte. L’examen en séance est annoncé au début d’octobre, avant les débats budgétaires. Le temps parlementaire sera donc limité. Les députés devront examiner 69 articles, ainsi que de nombreux amendements, dans un contexte politique déjà tendu.

Les prochaines étapes à surveiller

La première échéance est fixée au 7 septembre 2026, avec le début de l’examen en commission spéciale. Les députés pourront modifier le texte, supprimer certaines mesures ou en ajouter de nouvelles.

Le passage en séance publique est prévu au début du mois d’octobre. Il permettra de connaître le périmètre réellement soutenu par le gouvernement et la majorité parlementaire.

Le point décisif sera ensuite celui des moyens. Le texte devra préciser les financements, les recrutements et les délais de mise en œuvre. C’est à ce moment que l’écart entre une ambition nationale et son application concrète apparaîtra le plus clairement.

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