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ANALYSES & OPINIONS Le cinéma face au grand basculement

Ce que le Sommet Lumière veut changer pour les spectateurs face aux plateformes et à l’intelligence artificielle

Réunis à Saint-Paul-de-Vence, responsables politiques, studios, plateformes et créateurs cherchent des réponses aux mutations du cinéma. Financement, salles, intelligence artificielle et diversité culturelle seront au cœur des échanges.

Journaliste préparant un sujet sur le Sommet Lumière dans une rédaction locale française, avec carnet et carte floue
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En bref

Le Sommet Lumière réunira le 7 septembre 2026 à Saint-Paul-de-Vence des responsables politiques, des entreprises et des créateurs venus de nombreux pays. Les discussions porteront sur le recul des salles, la concurrence des plateformes, le financement de la création et l’encadrement de l’intelligence artificielle, avec la promesse de nouvelles coopérations internationales.

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Qui décide de l’avenir du cinéma quand les spectateurs changent leurs habitudes, que les plateformes captent l’attention et que l’intelligence artificielle bouleverse la création ? C’est la question posée par le Sommet Lumière, organisé lundi 7 septembre 2026 à Saint-Paul-de-Vence, dans les Alpes-Maritimes.

Un rendez-vous international pour une industrie sous pression

Emmanuel Macron et le président sud-coréen Lee Jae-myung coprésideront cette première rencontre internationale consacrée à l’avenir du cinéma et de l’image animée. Le rendez-vous se tiendra à la Fondation Maeght, haut lieu de l’art moderne et contemporain.

Le format se veut plus proche d’une réunion de travail que d’un festival. Le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) annonce la présence de 150 invités de haut niveau venus de plus de 30 pays et des cinq continents. Le ministère de la Culture évoque, lui, plus de 200 personnalités venues de 57 pays. Ces écarts tiennent vraisemblablement au périmètre retenu : invités officiels d’un côté, participants et personnalités associées de l’autre.

Dirigeants de studios, responsables de plateformes, producteurs, exploitants de salles, créateurs, représentants politiques et acteurs du jeu vidéo doivent échanger pendant une journée. Des entreprises américaines, des professionnels sud-coréens et des représentants de plusieurs régions du monde sont attendus.

La France présente ce sommet comme une plateforme destinée à faire émerger des engagements communs. Elle souhaite aussi renforcer ses alliances dans un secteur où les rapports de force se jouent désormais à l’échelle mondiale.

Les salles ne sont plus le seul centre de gravité

Le cinéma traverse une mutation qui dépasse largement la question du nombre de billets vendus. Depuis la crise sanitaire, les habitudes de consommation ont changé. Les spectateurs arbitrent davantage entre les salles, les plateformes payantes, les services gratuits et les réseaux sociaux.

Le CNC souligne l’affaiblissement du modèle traditionnel de l’exploitation en salles. Certains grands films continuent pourtant de remplir les fauteuils. Ce contraste est important : les blockbusters peuvent encore attirer un public massif, tandis que les films plus fragiles disposent de moins de temps et de visibilité pour rencontrer les spectateurs.

La concurrence ne vient plus uniquement des autres films. YouTube, TikTok et Instagram captent une partie croissante du temps disponible. Leur modèle repose souvent sur des contenus courts, gratuits et recommandés par des algorithmes. À l’inverse, un film demande du temps, un financement élevé et une diffusion organisée.

Cette évolution favorise les acteurs qui disposent déjà d’une forte puissance financière et d’un accès direct au public. Les grands studios et les plateformes peuvent investir dans la promotion, les données et la technologie. Les producteurs indépendants, les petites salles et les créateurs émergents disposent de moyens plus limités.

L’intelligence artificielle au cœur des discussions

Le sommet doit également aborder la création à l’heure de l’intelligence artificielle. Cette technologie peut accélérer certaines étapes de production, faciliter le doublage ou ouvrir de nouveaux outils visuels. Elle soulève aussi des questions sur les droits d’auteur, la rémunération et la place des artistes.

Le débat ne concerne donc pas seulement les logiciels. Il porte sur la valeur du travail humain et sur les règles qui encadreront l’utilisation des œuvres pour entraîner des systèmes automatisés. Les auteurs, les comédiens et les techniciens veulent éviter que leurs créations ou leurs voix soient utilisées sans accord clair.

Les professionnels devront aussi discuter de la répartition des revenus. Plus les publics se déplacent vers des services numériques, plus la question de la transparence devient centrale. Qui connaît les audiences réelles ? Comment sont calculées les rémunérations ? Quels investissements sont consacrés à la création indépendante ?

Le programme officiel prévoit également des échanges sur le financement, les coproductions internationales, l’avenir des salles et l’éducation aux images. Cette dernière expression désigne l’apprentissage d’un regard critique sur les contenus audiovisuels, leurs sources et leurs modes de diffusion.

La France veut peser dans les nouvelles alliances

Paris entend utiliser cette rencontre pour défendre son modèle culturel. La France dispose d’un système de soutien public au cinéma, alimenté notamment par les revenus générés par l’activité du secteur. Ce mécanisme finance la production, la distribution et l’exploitation, y compris pour des œuvres qui ne peuvent pas rivaliser avec les budgets des studios américains.

Le pays veut aussi valoriser son attractivité pour les tournages, les séries, l’animation et le jeu vidéo. Des annonces économiques et de nouveaux partenariats sont attendus. L’objectif est de rapatrier ou d’attirer davantage de productions internationales sur le territoire français.

Cette stratégie bénéficie d’abord aux entreprises capables de participer à des projets mondiaux. Elle peut aussi soutenir l’emploi local dans les studios, les sociétés de production, les prestataires techniques et les territoires qui accueillent des tournages. En revanche, l’attractivité ne garantit pas automatiquement une meilleure rémunération pour tous les professionnels.

Le CNC défend l’idée d’un « multilatéralisme du cinéma ». Concrètement, il s’agirait de mieux coordonner les États et les filières face aux plateformes, aux évolutions technologiques et à la concentration du marché.

Un équilibre à trouver entre puissance et diversité

Le sommet met en avant l’ensemble de la chaîne de valeur, des studios historiques aux nouveaux acteurs numériques. Cette ouverture permet de discuter avec les plateformes et les réseaux sociaux. Elle comporte toutefois un risque : donner davantage de poids aux entreprises qui contrôlent déjà la distribution et l’accès au public.

Les organisations professionnelles insistent donc sur la protection des auteurs, des techniciens et de la production indépendante. Le Syndicat national des techniciens et professionnels de la production cinématographique et de télévision a demandé que les créateurs ne soient pas dépossédés de leur travail par les nouveaux outils technologiques.

La question de la souveraineté culturelle sera également présente. Chaque pays ne dispose pas des mêmes moyens de financement, des mêmes infrastructures ni de la même capacité à diffuser ses œuvres. Une coopération internationale peut ouvrir des débouchés. Mais elle peut aussi accentuer la domination des marchés les plus puissants si les règles communes restent trop faibles.

La Corée du Sud apporte, de ce point de vue, une expérience différente. Son cinéma et ses séries ont conquis un public mondial grâce à une combinaison d’investissements publics, de stratégies industrielles et de succès créatifs. La coopération franco-coréenne vise notamment à favoriser les échanges et les coproductions.

Les engagements seront le vrai test

Le Sommet Lumière ne cherche pas à remettre des prix. Il veut lancer des initiatives. Parmi les pistes annoncées figurent de nouveaux partenariats économiques, une initiative en faveur du cinéma indépendant et des actions sur l’intelligence artificielle ou l’éducation aux images.

Le point décisif sera toutefois le passage des déclarations aux résultats. Les professionnels attendront des règles précises sur les données, les droits d’auteur, le financement et la rémunération. Les petites structures surveilleront aussi leur accès aux dispositifs annoncés.

Après le 7 septembre 2026, il faudra donc suivre les accords effectivement signés, les pays engagés et les financements mobilisés. Le sommet pourra devenir un véritable outil de coopération internationale. Il restera un rendez-vous symbolique si les acteurs les plus fragiles ne trouvent pas leur place dans les décisions.

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