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ACTUALITé NATIONALE Pesticides, ligne de fracture

Acétamipride : les choix politiques qui pèseront sur la santé, les récoltes et l’avenir des agriculteurs français

La loi agricole ouvre une dérogation encadrée pour l’acétamipride. De la gauche au RN, les candidats à la présidentielle défendent des lignes opposées entre protection de la biodiversité, souveraineté alimentaire et concurrence européenne.

Réunion de commission parlementaire sur l’acétamipride, avec élus anonymes, micros et dossiers agricoles
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En bref

La loi agricole permet, sous conditions et après avis de l’Anses, des usages temporaires de l’acétamipride pour certaines cultures sans alternative efficace. Les forces politiques s’opposent sur son avenir : la gauche veut l’interdire, tandis que la droite et le RN privilégient les dérogations au nom de la compétitivité agricole.

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Peut-on encore traiter certaines cultures avec de l’acétamipride en France, alors que ce pesticide reste interdit dans la plupart des usages ? Derrière ce débat technique, une question très concrète se pose : comment protéger les récoltes sans exposer davantage les pollinisateurs, les travailleurs agricoles et les consommateurs ?

Un pesticide au cœur d’un conflit politique

L’acétamipride est un insecticide de la famille des néonicotinoïdes. Ces produits agissent sur le système nerveux des insectes. Ils sont utilisés contre plusieurs ravageurs, notamment dans certaines cultures fruitières et légumières.

La France avait interdit l’usage des néonicotinoïdes en 2016, dans le cadre de la loi sur la reconquête de la biodiversité. Cette décision allait plus loin que le droit européen. L’Union européenne autorise encore l’acétamipride jusqu’en 2033, sous réserve du respect des règles d’autorisation et d’usage.

Cette différence de réglementation nourrit depuis plusieurs années un affrontement entre deux priorités. D’un côté, les défenseurs de l’interdiction mettent en avant les risques pour la biodiversité et la santé. De l’autre, les organisations agricoles dénoncent une perte de compétitivité pour les exploitations françaises.

Le débat s’est intensifié avec la loi dite Duplomb. Le texte avait prévu de réintroduire l’acétamipride dans certaines conditions. Le Conseil constitutionnel a ensuite censuré cette disposition en août 2025.

Une réintroduction limitée, mais bien réelle

Le Parlement a toutefois adopté une nouvelle disposition dans la loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles, promulguée le 18 août 2026. Cette fois, le mécanisme a été validé par le Conseil constitutionnel.

Le texte ne crée pas une autorisation générale. Il permet une dérogation exceptionnelle pour certains usages agricoles. La mesure concerne uniquement les cultures qui ne disposent pas d’alternative suffisamment efficace.

La procédure est encadrée. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, l’Anses, doit rendre un avis. L’agence peut autoriser un usage limité pour un an. Cette autorisation peut être renouvelée deux fois, si les conditions prévues par la loi restent réunies.

La loi d’urgence agricole du 18 août 2026 prévoit notamment que la dérogation cesse dès qu’une des conditions nécessaires disparaît. Le dispositif doit donc rester ciblé et temporaire.

Pour les agriculteurs concernés, cette possibilité peut éviter une perte de rendement ou la destruction d’une récolte. Elle ne signifie pas pour autant que tous les producteurs pourront utiliser le produit. Chaque culture, chaque substance et chaque traitement restent soumis aux règles d’autorisation.

À gauche, l’interdiction au nom de la santé et du vivant

La plupart des opposants politiques à l’acétamipride se trouvent à gauche. La France insoumise défend une interdiction complète. Le mouvement veut aussi empêcher l’importation de denrées produites avec ce pesticide.

Les élus insoumis dénoncent un risque pour les écosystèmes et la santé. Ils souhaitent abroger la dérogation introduite par la loi agricole. Leur proposition vise également le flupyradifurone, un autre insecticide concerné par le texte.

Les Écologistes défendent la même ligne. Marine Tondelier s’est opposée à la réintroduction de la molécule. Son entourage indique que l’interdiction figurera dans son programme présidentiel.

Le Parti communiste français s’est également inquiété de la situation. Fabien Roussel a demandé que la France ne fasse pas entrer des produits traités avec une substance interdite dans les usages nationaux.

Raphaël Glucksmann soutient lui aussi l’interdiction. Il a critiqué une loi qui, selon lui, ne place pas suffisamment la protection du vivant et de la santé parmi les priorités publiques.

Au Parti socialiste, Olivier Faure a voté contre le retour dérogatoire de l’acétamipride. D’autres candidats socialistes, comme Philippe Brun, défendent une interdiction totale.

À droite et au RN, la priorité à la concurrence agricole

Gabriel Attal soutient le principe d’une réintroduction dérogatoire, après avis de l’Anses. Il estime qu’il n’est pas cohérent d’interdire en France un produit autorisé dans d’autres pays européens, lorsque les agriculteurs français n’ont pas de solution équivalente.

Son argument repose sur la concurrence. Si un producteur français ne peut pas utiliser une substance autorisée chez ses voisins, il peut subir un désavantage économique. Ce problème concerne surtout les filières exposées aux importations et les exploitations disposant de peu d’alternatives techniques.

Édouard Philippe défend désormais le maintien du cadre prévu par la loi agricole. Sa position a évolué depuis 2017, lorsqu’il soutenait l’interdiction des néonicotinoïdes jugés dangereux pour le système nerveux des abeilles.

Bruno Retailleau adopte une position comparable. Il considère que l’interdiction française crée une distorsion avec les autres pays européens. Pour lui, la priorité est de garantir une concurrence loyale entre producteurs.

Le Rassemblement national a voté en faveur de la loi d’urgence agricole. Marine Le Pen et son groupe parlementaire ne défendent donc pas l’interdiction complète. Ils soutiennent les dérogations temporaires lorsqu’aucune alternative n’existe pour une culture.

Éric Zemmour va plus loin. Reconquête souhaite une autorisation générale, sans le système de dérogation prévu par la loi française. Le parti estime que les agriculteurs nationaux ont été placés en situation de concurrence déloyale avec leurs voisins européens.

Deux visions de l’agriculture, des effets très différents

Les partisans de l’interdiction mettent en avant les effets collectifs. La réduction des pesticides peut favoriser les pollinisateurs et limiter la contamination des milieux. Mais cette stratégie suppose aussi des investissements, de la recherche et des solutions de remplacement accessibles.

Les défenseurs des dérogations insistent sur les contraintes immédiates. Certaines exploitations ne peuvent pas changer rapidement de méthode. Les producteurs spécialisés, notamment dans les cultures à forte valeur ajoutée, peuvent être particulièrement vulnérables à une attaque d’insectes.

La situation n’est toutefois pas la même pour tous. Les grandes exploitations peuvent plus facilement financer du matériel, diversifier leurs cultures ou tester des solutions alternatives. Les petites fermes disposent souvent de moins de marges financières et de moins de capacité à absorber une baisse de rendement.

Le débat concerne aussi les consommateurs. Une interdiction nationale peut renforcer les exigences sanitaires françaises. Mais elle ne suffit pas à empêcher l’arrivée de produits importés traités avec des substances autorisées dans leur pays. D’où la demande, à gauche, d’instaurer également des règles sur les importations.

Les associations environnementales contestent, de leur côté, l’idée selon laquelle l’autorisation européenne suffirait à garantir l’absence de risque. Le cadre européen fixe des conditions communes, mais chaque usage dépend ensuite d’évaluations, de doses et de pratiques précises.

La prochaine bataille sera réglementaire et électorale

L’acétamipride devrait rester un marqueur de la campagne présidentielle. À gauche, l’interdiction permet de défendre une rupture avec le modèle agricole dépendant des pesticides. À droite et au RN, la dérogation sert à mettre en avant la défense du revenu agricole et de la souveraineté alimentaire.

La prochaine étape sera l’examen des demandes de dérogation. L’avis de l’Anses sera déterminant pour savoir quelles cultures pourront bénéficier du dispositif et dans quelles conditions.

Il faudra aussi surveiller les propositions parlementaires visant à abroger la mesure. Enfin, les candidats devront préciser s’ils veulent maintenir la loi du 18 août 2026, l’élargir ou revenir à une interdiction complète.

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