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ÉLECTIONS Le coût de la stabilité

En Italie, la stabilité de Giorgia Meloni améliore les comptes mais laisse les citoyens attendre une vraie transformation

Giorgia Meloni établit un record de longévité à la tête du gouvernement italien. Derrière cette stabilité, le bilan reste contrasté entre redressement budgétaire, faible croissance et réformes inabouties avant les législatives de 2027.

Réunion européenne sobre avec des responsables anonymes, dossiers ouverts et drapeaux de table discrets
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En bref

Giorgia Meloni dirige le gouvernement italien depuis 1 413 jours, un record depuis la naissance de la République. Son exécutif a réduit le déficit et renforcé sa crédibilité européenne, mais la dette reste élevée, la croissance faible et plusieurs promesses non tenues. Les élections législatives de 2027 mesureront l’adhésion des citoyens à ce bilan.

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Que vaut une stabilité politique quand les salaires, la croissance et les services publics restent sous pression ? En Italie, Giorgia Meloni peut désormais se prévaloir d’un record historique. Mais cette longévité ouvre surtout une question : son gouvernement a-t-il transformé le pays, ou a-t-il simplement évité la chute ?

Un record qui dit beaucoup de la politique italienne

Vendredi 4 septembre 2026, le gouvernement de Giorgia Meloni a atteint 1 413 jours consécutifs au pouvoir. Il dépasse ainsi le deuxième gouvernement de Silvio Berlusconi, resté en fonction 1 412 jours entre juin 2001 et avril 2005.

La comparaison repose sur la durée ininterrompue d’un même gouvernement. Berlusconi a ensuite dirigé un autre cabinet, après une crise politique. Giorgia Meloni devient donc la dirigeante du gouvernement républicain italien resté le plus longtemps en place sans interruption depuis 1946.

Le symbole est fort. Depuis la naissance de la République, l’Italie a connu 68 gouvernements. Les coalitions changent souvent, les alliances se défont rapidement et les présidents du Conseil disposent rarement d’un mandat politique durable.

Arrivée au pouvoir le 22 octobre 2022, Giorgia Meloni est aussi la première femme à diriger le gouvernement italien. Elle dirige une coalition dominée par son parti, Fratelli d’Italia, avec Forza Italia et la Ligue.

La présidente du Conseil a célébré cette étape comme une preuve de solidité institutionnelle. « La stabilité n’est pas un record à exhiber, mais la condition qui permet à une nation de planifier, de décider et de tenir ses engagements », a-t-elle écrit sur le réseau social X.

Le pari du pragmatisme

La longévité de Giorgia Meloni tient d’abord à une méthode. Pendant la campagne de 2022, elle portait une ligne nationale-conservatrice et critiquait fortement l’Union européenne. Au pouvoir, elle a adopté un ton plus prudent sur plusieurs dossiers.

Rome n’a pas engagé de rupture avec l’euro. Le gouvernement a également cherché une relation de travail avec Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne. Cette stratégie a réduit les tensions avec Bruxelles et rassuré les partenaires économiques.

Sur la scène internationale, Giorgia Meloni a soutenu l’Ukraine. Cette position a parfois créé des tensions avec Matteo Salvini, le chef de la Ligue, plus réticent à l’aide militaire à Kyiv. Pourtant, la coalition a résisté à ces désaccords.

La Première ministre a aussi consolidé sa relation avec les États-Unis. Elle a travaillé avec l’administration de Joe Biden, malgré leurs différences politiques, puis avec Donald Trump. Cette continuité a renforcé son image de responsable capable de dialoguer avec plusieurs camps.

Son gouvernement a ainsi privilégié les compromis compatibles avec les règles européennes, les marchés financiers et les équilibres de la coalition. Cette approche bénéficie aux entreprises, aux investisseurs et aux partenaires européens. En revanche, elle déçoit une partie des électeurs qui attendaient une transformation plus radicale.

Des comptes publics mieux maîtrisés, mais une dette toujours lourde

Le gouvernement met en avant le redressement budgétaire. Le déficit public italien est passé de 8,1 % du produit intérieur brut en 2022 à 3,1 % en 2025. La Commission européenne prévoit encore une baisse à 2,9 % en 2026.

Cette amélioration ne signifie pas que les finances publiques sont assainies. La dette reste l’une des plus élevées de l’Union européenne. Selon les projections européennes, elle pourrait atteindre 138,5 % du PIB en 2026 et 139,2 % en 2027.

Cette contrainte limite les marges de manœuvre. Chaque baisse d’impôt ou nouvelle dépense doit être financée. Les ménages peuvent bénéficier d’allégements fiscaux, mais les gouvernements doivent aussi préserver la confiance des marchés et respecter les règles budgétaires européennes.

La situation économique présente donc deux visages. Le déficit recule et l’emploi progresse. Pourtant, la croissance reste faible. La Commission européenne table sur une hausse de 0,6 % du PIB italien en 2026, selon les prévisions citées par le gouvernement.

Le marché du travail reste lui aussi contrasté. Le taux de chômage est descendu à 5,8 % en juillet 2026. Mais le taux d’inactivité atteignait encore 33,6 % en mai, selon l’Institut italien de statistique. Cet indicateur mesure la part des personnes qui ne travaillent pas et ne recherchent pas d’emploi.

Les jeunes, les femmes et les habitants du sud de l’Italie restent particulièrement exposés à cette faiblesse de la participation au marché du travail. Une baisse du chômage ne suffit donc pas à mesurer l’amélioration des conditions de vie.

Immigration : une ligne dure devenue un marqueur européen

L’immigration reste l’un des sujets centraux du mandat. Giorgia Meloni défend une réduction des arrivées irrégulières et une coopération renforcée avec des pays tiers. Elle a notamment soutenu la création de centres de retour hors de l’Union européenne.

Cette politique bénéficie à l’électorat qui réclame un contrôle accru des frontières. Elle répond aussi aux préoccupations de plusieurs gouvernements européens. La Première ministre danoise Mette Frederiksen partage une approche restrictive sur l’immigration irrégulière.

Mais cette orientation suscite de fortes critiques. Les associations de défense des droits humains contestent les conditions de prise en charge des personnes migrantes. L’opposition italienne dénonce, elle, une politique davantage centrée sur l’affichage que sur la gestion durable des demandes d’asile et de l’intégration.

Le gouvernement revendique une baisse de 80 % des arrivées de migrants irréguliers. Ce chiffre constitue l’un de ses principaux arguments politiques. Il ne règle cependant ni les difficultés d’accueil, ni les besoins de main-d’œuvre d’une Italie vieillissante.

Une stabilité qui a aussi un coût politique

Le bilan institutionnel apparaît plus limité. La réforme de la justice défendue par Giorgia Meloni a été rejetée par référendum en mars 2026. D’autres promesses, comme une réforme profonde des retraites ou une baisse générale des impôts, n’ont pas abouti dans les proportions annoncées.

Cette prudence peut expliquer la survie du gouvernement. Elle réduit les conflits avec les partenaires de coalition et limite les risques parlementaires. En revanche, elle nourrit l’accusation d’immobilisme portée par ses adversaires.

Le politologue Giovanni Orsina résume cette logique comme un « calcul de survie politique ». Selon cette lecture, le gouvernement évite les décisions susceptibles de provoquer une rupture. La stabilité devient alors un moyen de rester au pouvoir, plutôt qu’un résultat suffisant en soi.

La critique porte surtout sur la croissance. L’économiste Veronica De Santis estime que la stabilité ne peut pas remplacer une stratégie économique de long terme. Le pays doit encore répondre au vieillissement de sa population, à sa faible productivité et à son manque de participation au marché du travail.

Giorgia Meloni fait également face à un défi sur sa droite. L’ancien général Roberto Vannacci a lancé une formation plus radicale que Fratelli d’Italia sur plusieurs sujets identitaires. Cette concurrence peut pousser la Première ministre à durcir son discours, notamment sur l’immigration et l’identité nationale.

Le prochain test sera électoral

Le gouvernement doit désormais convertir son record de durée en résultat électoral. Les prochaines élections législatives italiennes sont attendues en 2027. Elles désigneront les 400 députés et les 200 sénateurs du Parlement.

Giorgia Meloni devra défendre deux bilans en même temps. Le premier porte sur la stabilité, les comptes publics et la place de l’Italie en Europe. Le second concerne les revenus, la croissance, les services publics et l’accès à l’emploi.

Pour les électeurs, la question sera concrète : la continuité du gouvernement a-t-elle amélioré la vie quotidienne ? Pour les partenaires de coalition, il faudra maintenir l’unité. Pour l’opposition, l’enjeu sera de démontrer que la stabilité ne suffit pas à constituer un projet de pays.

Dans les prochains mois, il faudra suivre les mesures budgétaires, l’évolution de la croissance et la progression de Roberto Vannacci. Le rapport de force à droite pourrait peser sur le programme de Giorgia Meloni avant le scrutin de 2027.

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