Aides agricoles face à la sécheresse : le plan de l’État peut-il éviter les faillites dans les exploitations les plus fragiles ?
Après un été marqué par la sécheresse et les canicules, le gouvernement débloque plus d’un milliard d’euros pour soutenir les agriculteurs. Le RN juge toutefois l’aide insuffisante face à des pertes estimées à 10 milliards.

Le gouvernement annonce plus d’un milliard d’euros pour indemniser les pertes, soutenir les trésoreries et relancer la production après un été de sécheresse et de canicules. Gilles Pennelle estime cependant que l’aide reste trop faible face aux pertes évaluées à 10 milliards d’euros et réclame davantage de stockage de l’eau et d’irrigation.
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Que peut réellement changer un plan d’aide de plus d’un milliard d’euros quand des exploitations agricoles ne savent déjà plus comment payer leurs charges ? Après un été marqué par des épisodes de sécheresse et de canicule, la réponse du gouvernement est jugée trop faible par le Rassemblement national.
Une crise climatique qui frappe directement les exploitations
Le gouvernement a annoncé, vendredi 4 septembre 2026, un plan exceptionnel de plus d’un milliard d’euros pour soutenir les agriculteurs touchés par la sécheresse, les fortes chaleurs et les incendies.
Présenté par la ministre de l’Agriculture Annie Genevard, ce dispositif poursuit deux objectifs. Il doit d’abord compenser les pertes les plus lourdes. Il doit ensuite permettre aux exploitations de reprendre leur activité lors de la prochaine campagne.
Le ministère décrit une situation hors norme. En juillet 2026, la température moyenne nationale a atteint 24,9 °C. Ce niveau dépasse les précédents records de 2003 et de 1976. Au plus fort de l’été, 95 départements ont connu des restrictions d’eau. Parmi eux, 79 ont été placés au niveau de crise.
Dans plusieurs territoires, les rendements auraient diminué de moitié en moyenne. Les stocks de fourrage destinés aux élevages seraient également inférieurs de plus de 50 % à leur niveau habituel. Ces difficultés touchent donc les cultures, mais aussi les élevages qui doivent nourrir leurs animaux.
Les premières estimations avancées par le secteur agricole évaluent les pertes à plus de 10 milliards d’euros. Ce montant ne correspond pas au coût du seul dispositif public. Il mesure l’ampleur des dommages économiques subis par les exploitations et les filières.
Ce que contient le plan de l’État
La principale enveloppe concerne l’indemnisation de solidarité nationale, ou ISN. Ce mécanisme intervient lorsque les pertes liées à un événement climatique dépassent un certain seuil. Le gouvernement estime les besoins à environ 520 millions d’euros.
Les pouvoirs publics promettent d’accélérer les avances et les versements. Pour les agriculteurs assurés, l’acompte maximal de l’ISN passe déjà de 70 % à 80 % du montant prévisionnel. L’objectif est simple : faire arriver plus vite de la trésorerie sur les comptes des exploitations.
Le régime des calamités agricoles doit, lui, couvrir certaines pertes qui ne peuvent pas être assurées. Il concerne notamment les plantations pérennes, les vignes et plusieurs catégories d’animaux. Une enveloppe de 30 millions d’euros est prévue à ce titre.
Le plan prévoit aussi plus de 300 millions d’euros de dégrèvements de taxe foncière sur les propriétés non bâties. Cette mesure doit réduire la facture des exploitations les plus durement touchées.
Autre dispositif : un fonds de réarmement agricole doté de 235 millions d’euros. Placé sous la responsabilité des préfets, il doit financer l’achat de fourrages, de semences, de plants et d’autres intrants nécessaires à la reprise de la production.
Le gouvernement ajoute plusieurs mesures de soutien. La prise en charge des cotisations sociales par la Mutualité sociale agricole sera renforcée. Des reports de paiement pourront être accordés. Un accompagnement social et psychologique est également prévu pour les exploitants en difficulté.
Enfin, les aides à l’achat d’engrais et de gazole non routier sont prolongées. Le plan prévoit aussi des dérogations ciblées à certaines règles agricoles européennes, notamment sur la couverture des sols, lorsque les conditions locales le justifient.
Pourquoi l’opposition juge la réponse insuffisante
Pour Gilles Pennelle, eurodéputé du Rassemblement national et membre de la commission de l’Agriculture du Parlement européen, le dispositif ne répond pas à la gravité de la situation.
Il accuse Annie Genevard d’être « le visage d’un État incapable de répondre à une crise majeure ». Le plan constitue, selon lui, « un véritable scandale », car il resterait très inférieur aux pertes estimées.
« Madame Genevard nous présente un mini-plan, elle n’a pas compris la détresse du monde agricole », affirme-t-il. L’élu évoque des exploitations confrontées à des « trésoreries vides ». Il estime également que les agriculteurs ne sont pas une priorité pour le gouvernement.
Cette critique répond à un calcul politique et économique précis. Les agriculteurs veulent des liquidités immédiates. Or une indemnisation, même importante, ne couvre pas toujours les charges déjà engagées. Les exploitants doivent continuer à rembourser leurs emprunts, payer leurs salariés et acheter des intrants, malgré une récolte réduite.
La différence est également forte entre les exploitations. Une ferme disposant d’une assurance climatique peut recevoir un acompte plus rapidement. Une petite exploitation peu assurée, très endettée ou située dans un territoire isolé peut attendre davantage. Elle peut aussi rencontrer plus de difficultés pour constituer son dossier.
Le débat sensible sur l’eau et l’irrigation
Gilles Pennelle réclame davantage de stockage de l’eau et d’irrigation. Il estime que des réserves constituées avant l’été auraient permis à certains agriculteurs de mieux résister à la sécheresse.
Cette position rejoint une demande ancienne d’une partie des organisations agricoles. Elle répond à une contrainte concrète : sans eau disponible au moment critique, l’irrigation ne peut pas protéger les rendements, même lorsque les agriculteurs disposent des équipements nécessaires.
Le sujet reste toutefois conflictuel. Les réserves d’eau peuvent sécuriser certaines cultures, mais elles supposent des investissements lourds, des autorisations et une ressource suffisante à stocker. Elles ne bénéficient pas de la même manière aux grandes exploitations, aux petites fermes et aux territoires qui ne disposent pas de retenues adaptées.
Le stockage ne règle pas non plus toutes les conséquences du changement climatique. Une vague de chaleur peut réduire les rendements malgré l’irrigation. Elle peut aussi accroître les besoins en eau, alors que les nappes et les cours d’eau sont déjà fragilisés.
Le gouvernement défend donc une approche combinée. Le plan comprend un fonds hydraulique agricole et plusieurs dispositifs d’adaptation. Il prévoit aussi de modifier, à partir de la campagne 2027, la période de référence utilisée pour calculer les pertes de rendement. Elle passera de cinq à huit ans, afin de mieux tenir compte de la répétition des épisodes climatiques.
Une aide d’urgence, mais une question de modèle agricole
Le plan CASI, pour « Climat, Adaptation, Sécheresse, Incendies », tente de répondre à deux temporalités. La première est immédiate : éviter les faillites et assurer l’achat de fourrage ou de semences. La seconde est structurelle : adapter l’agriculture à des épisodes climatiques plus fréquents.
Le ministère de l’Agriculture présente cette stratégie comme un effort de solidarité nationale. Annie Genevard affirme que le dispositif doit protéger la souveraineté agricole, c’est-à-dire la capacité du pays à produire suffisamment pour nourrir sa population.
Pour ses détracteurs, l’enjeu dépasse cependant le montant annoncé. Ils demandent une réponse plus rapide, plus simple et plus proche des pertes réelles. Le débat porte aussi sur la répartition des aides : faut-il privilégier les exploitations les plus touchées, celles qui assurent certaines productions stratégiques ou les fermes les plus fragiles financièrement ?
La mise en œuvre sera donc déterminante. Les préfets, les chambres d’agriculture, la MSA, les banques et les organisations professionnelles doivent coordonner les demandes. Dans les prochains jours, l’attention se portera sur les modalités concrètes d’accès aux fonds, le calendrier des indemnisations et la capacité de l’État à éviter les ruptures de fourrage et d’intrants.



