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ÉLECTIONS Le camp du centre sous tension

À droite et au centre, une primaire peut-elle éviter la dispersion des voix en 2027 et clarifier le choix des électeurs ?

Hervé Morin propose une primaire ouverte pour départager les candidats de la droite et du centre avant 2027. Le projet se heurte encore au refus d’Édouard Philippe et aux divergences entre prétendants.

Journaliste préparant un sujet sur la primaire de la droite et du centre dans une rédaction française lumineuse
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En bref

Hervé Morin propose une primaire ouverte pour départager Édouard Philippe, Gabriel Attal, Bruno Retailleau et David Lisnard avant la présidentielle de 2027. La charte prévoit des règles communes, des parrainages et une organisation encadrée. Le refus persistant d’Édouard Philippe fragilise toutefois le projet, qui vise à limiter la dispersion des voix au premier tour.

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Comment éviter que plusieurs candidats proches se neutralisent dès le premier tour de la présidentielle de 2027 ? À droite et au centre, une primaire revient au cœur des discussions. Hervé Morin veut désormais lui donner un cadre précis.

Une primaire pour éviter la dispersion

Le président centriste de la région Normandie a adressé, le mardi 8 septembre, une même lettre à quatre prétendants : Édouard Philippe, Gabriel Attal, Bruno Retailleau et David Lisnard.

Son objectif est clair : organiser une « grande primaire ouverte » de la droite et du centre avant la fin de l’année 2026. Le calendrier est serré. La présidentielle doit se tenir au printemps 2027, et chaque candidat cherche déjà à installer sa ligne, son équipe et son récit politique.

Hervé Morin redoute surtout une multiplication des candidatures. Selon lui, cette dispersion pourrait empêcher le bloc de la droite et du centre d’accéder au second tour. Il évoque le risque d’un duel entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

Cette inquiétude n’est pas nouvelle. Depuis plusieurs semaines, des élus estiment que les candidatures d’Édouard Philippe, de Gabriel Attal, de Bruno Retailleau et de David Lisnard se disputent un espace électoral en partie commun. Une analyse relayée par les débats récents sur la primaire à droite et au centre.

Huit priorités et six principes communs

La charte proposée par Hervé Morin tient en deux pages. Elle fixe huit objectifs destinés à servir de base commune aux participants.

Le premier concerne la maîtrise des dépenses publiques. Les autres portent sur la transition écologique, le numérique, la liberté économique, l’Éducation nationale, le contrôle des frontières, la sécurité et la lutte contre la bureaucratie.

Cette liste dessine une ligne de rassemblement large. Elle cherche à faire cohabiter les sensibilités libérales, conservatrices et centristes. Toutefois, elle ne règle pas les désaccords de fond entre les candidats.

Le niveau de réduction des dépenses publiques reste un sujet sensible. La question migratoire oppose également des approches différentes. Bruno Retailleau défend une ligne plus ferme sur l’autorité et les frontières. Édouard Philippe insiste davantage sur la responsabilité et l’efficacité de l’État. Gabriel Attal cherche, lui, à se démarquer de l’héritage macroniste tout en restant dans le bloc central.

La charte énumère aussi six principes dits « intangibles ». Ils renvoient aux libertés économiques et locales, à l’ordre républicain, à la démocratie représentative et à l’existence d’une communauté civique et culturelle.

Ces principes visent à fixer les limites du rassemblement. Ils pourraient faciliter une alliance entre formations rivales. En revanche, ils ne suffisent pas encore à répondre à une question centrale : quelle personnalité pourrait incarner ce projet commun ?

Un dispositif concret pour sélectionner un candidat

Hervé Morin ne s’arrête pas aux idées. Il propose aussi une méthode d’organisation.

Chaque électeur devrait verser une cotisation symbolique. Cette contribution doit permettre de financer une organisation considérée comme sérieuse, tout en limitant les participations purement occasionnelles.

La somme serait nettement inférieure aux 15 euros demandés lors de la primaire organisée par le Parti socialiste et ses alliés. Le montant exact n’est toutefois pas précisé dans la charte.

Le texte prévoit également un nombre minimum de parrainages. L’objectif est d’écarter les candidatures fantaisistes et de concentrer la compétition sur des prétendants disposant d’un soutien politique réel.

Un comité d’organisation serait créé par les signataires. Chaque candidat y déléguerait deux représentants. L’ensemble serait placé sous la responsabilité de « Sages », chargés de garantir les règles du scrutin.

Cette architecture peut rassurer les partis. Elle pose cependant plusieurs difficultés pratiques. Il faudrait définir le corps électoral, contrôler les inscriptions, financer la campagne et arbitrer les éventuels litiges. Il faudrait aussi empêcher qu’un candidat mobilise des électeurs extérieurs à la droite et au centre pour influencer le résultat.

Les grands partis disposent déjà d’élus, de fichiers militants et de moyens logistiques. Les formations plus petites ou les candidatures indépendantes pourraient, à l’inverse, avoir plus de mal à se faire entendre dans une compétition nationale.

Des soutiens prudents, un refus persistant

Gabriel Attal n’a jamais exclu l’hypothèse d’une primaire. Il a même estimé que ceux qui la redoutent risquent de redouter aussi l’élection présidentielle. Sa position laisse ouverte la possibilité d’un accord, sans toutefois constituer un engagement définitif.

Bruno Retailleau s’est également déclaré favorable au principe d’une primaire. Mais son entourage rappelle que le candidat des Républicains entend préserver son autonomie politique. Cette exigence pourrait compliquer un dispositif placé sous une bannière commune.

David Lisnard défend depuis plusieurs semaines l’idée d’une primaire ouverte. Pour le maire de Cannes, aucun candidat ne s’impose naturellement. Il considère donc qu’un vote permettrait de départager les prétendants et de donner une légitimité au vainqueur.

Édouard Philippe est le principal obstacle au projet. L’ancien Premier ministre a rejeté à plusieurs reprises l’idée de participer à une primaire. Il préfère observer l’évolution du rapport de force, puis espère que ses concurrents tireront les conséquences de la situation au début de l’année 2027.

Cette stratégie peut bénéficier à Édouard Philippe s’il conserve une avance dans les enquêtes d’opinion. Elle lui permettrait de demander des ralliements sans prendre le risque d’une défaite dans une primaire. Ses rivaux y voient au contraire une manière de contourner le vote des électeurs de la droite et du centre.

Un sondage Ipsos-BVA publié en 2026 sur les préférences en cas de primaire plaçait Édouard Philippe en position favorable. Mais un sondage ne constitue ni une investiture ni une garantie de victoire. Les rapports de force peuvent évoluer avec les campagnes, les débats et les événements politiques.

Un accord difficile à construire

Le projet de primaire répond à un problème électoral concret : comment éviter la division d’un même camp au premier tour ? Il ne règle pas pour autant les rivalités personnelles et les divergences de ligne.

Une primaire pourrait donner au vainqueur une légitimité supérieure. Elle pourrait aussi contraindre les autres candidats à soutenir le résultat. Mais elle comporte un risque : une campagne interne très conflictuelle peut laisser des traces et décourager les électeurs qui ne se reconnaissent pas dans le vainqueur.

Le précédent des primaires françaises montre également que leur organisation ne suffit pas toujours à sécuriser une présidentielle. Elles peuvent mobiliser les militants, mais elles exposent les candidats aux attaques et aux retournements de campagne.

Pour les électeurs, l’enjeu dépasse donc le choix d’une procédure. Ils devront comparer des projets sur les impôts, les retraites, l’immigration, les services publics, l’école et la transition écologique. Une charte commune ne pourra fonctionner que si elle débouche sur des engagements suffisamment précis.

Les prochaines étapes à surveiller

La première échéance sera la réponse des quatre candidats à la charte. Hervé Morin souhaite que le processus aboutisse avant la fin de 2026. Il devra donc rapidement obtenir un accord sur le périmètre de la primaire, les règles de candidature et le calendrier.

La position d’Édouard Philippe sera déterminante. Sans sa participation, la primaire risquerait de perdre une partie de sa portée. Avec lui, elle deviendrait une véritable compétition pour le leadership de la droite et du centre.

Il faudra aussi surveiller les discussions entre les partis et les réactions des élus locaux. Hervé Morin affirme disposer du soutien de plus de 600 maires et élus locaux ou nationaux. Reste à savoir combien accepteront de s’engager concrètement dans l’organisation du scrutin.

Le projet n’est donc encore qu’une proposition. Son avenir dépendra moins de la charte que de la capacité des candidats à accepter une règle commune avant que leurs campagnes ne deviennent irréversibles.

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