Présidentielle et maires : le double rôle de David Lisnard soulève une question d’indépendance politique
En visant un nouveau mandat à la tête de l’AMF tout en préparant sa candidature présidentielle, David Lisnard promet de se mettre en retrait pendant la campagne officielle. Une stratégie qui nourrit le débat sur l’indépendance de l’association.

David Lisnard veut conserver la présidence de l’Association des maires de France alors qu’il prépare une candidature à l’Élysée. Ses adversaires soulignent le risque de confusion entre représentation des collectivités et ambition nationale. Le maire de Cannes promet un retrait pendant la campagne officielle, avec une direction collégiale pour l’AMF.
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Peut-on diriger une association qui représente les maires de toutes les sensibilités politiques tout en visant l’Élysée ? C’est la question posée par la nouvelle candidature de David Lisnard à la présidence de l’Association des maires de France.
Un scrutin interne qui dépasse la seule vie municipale
Le maire de Cannes a annoncé, jeudi 10 septembre 2021, qu’il briguerait un nouveau mandat à la tête de l’Association des maires de France et des présidents d’intercommunalité, l’AMF.
L’organisation représente les communes et les intercommunalités auprès du gouvernement et du Parlement. Elle intervient notamment sur les finances locales, les services publics, la décentralisation et les conditions d’exercice du mandat de maire.
Créée en 1907 et reconnue d’utilité publique depuis 1933, l’AMF revendique une représentation pluraliste. Elle compte plus de 34 000 adhérents et s’appuie sur un réseau de 102 associations départementales. Son poids tient donc à sa capacité à parler au nom de communes très différentes : grandes villes, petites communes rurales, territoires ultramarins ou intercommunalités.
Le président de l’association ne dispose pas d’un pouvoir exécutif sur les maires. En revanche, il peut peser dans les négociations avec l’État. Il participe aussi à la définition des revendications communes du bloc local, c’est-à-dire des communes et des intercommunalités.
Le rôle de représentation et de conseil de l’AMF explique ainsi l’importance politique de cette élection interne.
David Lisnard veut prolonger son action
David Lisnard a justifié sa candidature par la volonté de poursuivre le travail engagé depuis cinq ans. « Je veux poursuivre notre action à la tête de l’Association des maires de France pour que la voix des maires ne s’éteigne pas », a-t-il déclaré.
Le maire de Cannes a également mis en avant son bilan et son action en faveur de la ruralité. Il affirme vouloir défendre les intérêts des élus locaux au-delà des clivages partisans.
Le scrutin devait se tenir du 23 au 25 novembre 2021. Il devait renouveler la présidence, mais aussi le bureau et le comité directeur de l’association. Les résultats étaient attendus pendant le 108e Congrès des maires et des présidents d’intercommunalité, organisé du 23 au 26 novembre.
Deux candidatures avaient été validées. David Lisnard, maire de Cannes, affrontait Philippe Laurent, maire UDI de Sceaux, dans les Hauts-de-Seine. Selon les informations communiquées par l’AMF, David Lisnard avait recueilli 106 parrainages internes, contre 13 pour son concurrent.
Ces parrainages ne correspondent pas aux 500 signatures nécessaires pour participer à l’élection présidentielle. Il s’agit d’un mécanisme propre au renouvellement des instances de l’AMF. Ils donnent toutefois une première indication sur le rapport de force entre les deux listes.
Une candidature présidentielle au cœur du débat
La difficulté vient du calendrier politique. David Lisnard est aussi candidat à l’élection présidentielle. Il se retrouve donc dans une situation particulière : il demande aux maires de lui renouveler leur confiance tout en sollicitant, dans le même temps, leur soutien pour accéder à l’Élysée.
Ses détracteurs peuvent y voir un risque de confusion entre une fonction de représentation collective et une ambition personnelle. L’AMF est censée défendre les communes dans leur diversité. Sa présidence peut aussi donner accès à un réseau très large d’élus locaux.
Ce réseau est particulièrement important dans une campagne présidentielle. Les maires jouent un rôle central dans la procédure des parrainages. Pour être candidat, une personnalité doit obtenir 500 présentations d’élus habilités, réparties sur un nombre minimal de départements ou de collectivités. Une campagne menée à la tête de l’AMF peut donc susciter des interrogations, même si l’association ne distribue pas elle-même ces signatures.
David Lisnard rejette cette critique. Il a qualifié le questionnement sur un éventuel conflit d’intérêts d’« absurde et malveillant ». Il a rappelé que plusieurs de ses prédécesseurs avaient exercé en même temps des responsabilités nationales ou mené des campagnes politiques.
Il insiste aussi sur le caractère bénévole de son action à l’AMF et sur ses relations avec des maires non encartés. Selon lui, son rôle doit rester celui d’un représentant des collectivités, et non celui d’un responsable partisan chargé de faire campagne auprès des élus locaux.
Le retrait promis pendant la campagne officielle
Pour répondre à la question de la séparation des rôles, David Lisnard a annoncé une mesure précise. S’il était réélu à la présidence de l’AMF et si sa candidature présidentielle se confirmait, il promettait de se mettre en retrait pendant la campagne officielle.
Une direction collégiale devait alors assurer la présidence de l’association. Cette solution aurait permis de limiter son exposition institutionnelle pendant la période électorale. Elle ne supprimait pas pour autant le débat sur l’accès au réseau des maires avant l’ouverture officielle de la campagne.
La distinction est importante. La campagne officielle encadre la communication et les dépenses des candidats. Elle ne fait pas disparaître les effets politiques d’une fonction exercée auparavant. Dans ce dossier, l’enjeu porte donc autant sur les règles formelles que sur la perception d’une éventuelle utilisation de la fonction.
Les maires ruraux et les élus de petites communes sont particulièrement concernés. Ils attendent de l’AMF qu’elle défende leurs moyens financiers, leurs libertés d’action et leurs services publics. Les grandes villes, de leur côté, portent souvent des revendications différentes sur les transports, le logement, la sécurité ou la transition écologique.
La présidence doit donc maintenir un équilibre entre des collectivités aux ressources et aux priorités très inégales. C’est cette représentativité, plus que la visibilité médiatique du président, qui fonde la légitimité de l’association.
Une liste transpartisane face à une candidature concurrente
David Lisnard a choisi de présenter une liste commune avec Jean-François Debat, maire socialiste de Bourg-en-Bresse, pour le bureau et le comité directeur de l’AMF. Les deux élus ont présenté cette alliance comme une liste transpartisane destinée à préserver une association « forte et unie ».
Cette stratégie répond à la vocation pluraliste de l’organisation. Elle peut aussi renforcer la crédibilité de David Lisnard auprès des maires qui ne partagent pas ses positions présidentielles. Pour lui, l’objectif est de montrer que la défense des collectivités peut réunir des élus de droite et de gauche.
Philippe Laurent défendait une autre option en se présentant directement contre le président sortant. Sa candidature rappelait que l’unité affichée par une liste commune ne signifie pas l’absence de désaccords sur la gouvernance, l’indépendance et la ligne de l’association.
Le choix des maires devait donc porter sur deux sujets distincts. Le premier concernait la personne appelée à diriger l’AMF. Le second portait sur la manière de préserver son indépendance alors que son président est engagé dans une campagne nationale.
Le prochain rendez-vous : le congrès de novembre
L’échéance décisive était fixée à la fin du mois de novembre 2021. Le vote du 23 au 25 novembre devait déterminer la nouvelle direction de l’AMF. Le congrès organisé du 23 au 26 novembre devait ensuite rendre publics les résultats du renouvellement des instances.
Il fallait surveiller trois éléments : le résultat de la présidence, la composition du bureau et la place accordée aux élus issus de sensibilités différentes. Il fallait aussi observer la mise en pratique de la promesse de retrait formulée par David Lisnard en cas de campagne présidentielle officielle.



