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ACTUALITé NATIONALE L’antenne sous tension

Retour de Fedorova sur CNews : jusqu’où l’État peut-il lutter contre l’ingérence sans restreindre le débat public ?

Le gouvernement menace CNews de poursuites si Xenia Fedorova intervient à distance depuis l’étranger. L’Arcom devra examiner la portée de cette diffusion et ses conséquences pour le pluralisme audiovisuel.

Salle claire d’un régulateur audiovisuel français avec micros, dossiers et écran de visioconférence éteint
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En bref

Le gouvernement estime que la participation à distance de Xenia Fedorova pourrait contourner son expulsion de France et faciliter une influence russe. CNews défend la possibilité juridique d’une intervention depuis l’étranger. L’Arcom devra apprécier le dossier au regard du pluralisme, de l’indépendance de l’information et des obligations du diffuseur.

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Une chroniqueuse expulsée peut-elle continuer à intervenir sur une chaîne française depuis l’étranger ? Le gouvernement répond non, ou du moins pas sans exposer le diffuseur à des poursuites. CNews, de son côté, estime qu’une intervention à distance reste juridiquement possible.

Une expulsion qui ne règle pas la question de l’antenne

Le conflit oppose désormais deux principes. D’un côté, l’État veut empêcher une personne visée pour des faits d’ingérence de poursuivre son activité médiatique depuis l’étranger. De l’autre, CNews invoque sa liberté éditoriale et une lecture stricte de la mesure d’expulsion.

Fin juillet 2026, Xenia Fedorova a fait l’objet d’un arrêté d’expulsion du territoire français. Ses avoirs ont également été gelés par le ministère de l’Intérieur. Les autorités lui reprochent d’être un relais de campagnes de désinformation pilotées par Moscou et de contribuer à déstabiliser le débat public français.

La mesure ne porte toutefois pas, par elle-même, sur toute prise de parole depuis l’étranger. C’est cette distinction que la chaîne entend exploiter. Un retour en visioconférence permettrait à la chroniqueuse de participer aux émissions sans revenir physiquement en France.

Le gouvernement accuse CNews de contourner la décision

Dans un signalement adressé le 9 septembre 2026 à l’Arcom, Laurent Nuñez a alerté Martin Ajdari, président de l’autorité de régulation de l’audiovisuel et du numérique. Le ministre estime qu’un retour de Xenia Fedorova constituerait un « contournement » de l’arrêté d’expulsion.

Il considère également qu’une telle diffusion pourrait faciliter les actions d’ingérence attribuées à la chroniqueuse. Dans son courrier, Laurent Nuñez évoque de possibles « poursuites pénales » contre CNews. Cette formule ne vaut pas condamnation. Elle signifie que le gouvernement estime qu’une infraction pourrait être examinée par la justice si la chaîne redonne une place à la chroniqueuse.

Le ministre demande donc à l’Arcom d’intégrer cette analyse dans son appréciation du dossier. L’autorité devra déterminer si la chaîne respecte ses obligations légales et conventionnelles, notamment en matière d’honnêteté, d’indépendance et de pluralisme de l’information.

Le cadre fixé par le Conseil d’État sur le pluralisme des chaînes d’information donne à l’Arcom une marge d’examen importante. Le régulateur ne doit pas seulement compter le temps de parole des responsables politiques. Il doit aussi tenir compte de la diversité des opinions exprimées par les chroniqueurs, les animateurs et les invités.

Une intervention à distance annoncée, mais sans date

Le 2 septembre, un présentateur de CNews avait annoncé en direct que Xenia Fedorova pourrait revenir prochainement sur l’antenne en visioconférence. Il avait expliqué que les services juridiques de Canal+ avaient étudié la décision et considéré qu’une intervention à distance n’était pas interdite.

La chaîne n’a pas annoncé de date précise. Dans une vidéo diffusée le 8 septembre par le média prorusse Omerta, Xenia Fedorova a déclaré qu’elle espérait ne pas devoir attendre trop longtemps. « Ce sera un plaisir pour moi de revenir », a-t-elle affirmé.

Cette stratégie permettrait à CNews de maintenir une voix régulière sur son antenne tout en évitant la présence physique de la chroniqueuse en France. Elle créerait cependant un nouveau risque juridique. Le gouvernement pourrait soutenir que l’esprit de l’expulsion consiste à interrompre son activité sur le territoire, y compris lorsque le programme est produit et diffusé depuis la France.

Un bras de fer entre l’État, la chaîne et le régulateur

Pour CNews, l’enjeu est éditorial mais aussi économique. Une chroniqueuse déjà identifiée par son public peut renforcer une ligne d’antenne et fidéliser une audience. Une intervention à distance limiterait en outre les contraintes logistiques liées à un retour physique en France.

Pour l’État, l’enjeu est sécuritaire. Les autorités veulent empêcher que des médias français servent de relais à des opérations d’influence étrangères. Elles cherchent aussi à éviter qu’une décision administrative perde sa portée à cause d’un montage technique.

Les téléspectateurs, eux, sont directement concernés par la qualité du débat public. Une intervention à distance ne change pas seulement le lieu depuis lequel une chroniqueuse parle. Elle pose aussi la question du statut de cette parole : s’agit-il d’une opinion éditoriale protégée, d’un commentaire politique ordinaire ou d’un relais d’influence étrangère ?

La réponse ne peut pas reposer uniquement sur l’étiquette politique de Xenia Fedorova. Elle dépendra aussi du contenu diffusé, de la manière dont il est présenté et de l’existence éventuelle de contradictions à l’antenne. Le pluralisme ne signifie pas que toutes les affirmations sont exactes. Il impose au diffuseur de garantir une information honnête et de ne pas laisser s’installer un déséquilibre manifeste et durable.

Le Conseil d’État a rappelé en 2025 les règles de contrôle du pluralisme. L’Arcom doit apprécier la programmation dans son ensemble et sur une période suffisamment longue. Une seule séquence ne suffit donc pas forcément à établir un manquement, mais la présence répétée d’un même courant peut être prise en compte.

La liberté d’expression au centre de la controverse

Le dossier oppose aussi deux lectures de la liberté d’expression. Les autorités considèrent que la lutte contre les ingérences étrangères justifie des mesures restrictives lorsqu’une personne est accusée de servir une stratégie étatique. CNews défend, de son côté, le droit d’organiser librement ses programmes, sous réserve du respect de la loi.

La difficulté tient à la frontière entre une sanction visant une personne et une restriction visant un média. Expulser une chroniqueuse ne revient pas automatiquement à interdire toute diffusion de ses propos. Mais diffuser régulièrement ses interventions depuis l’étranger pourrait être présenté par le gouvernement comme une manière de neutraliser la décision administrative.

La procédure devra donc préciser le lien entre la mesure d’expulsion, les obligations de CNews et les éventuelles poursuites pénales. L’Arcom n’est pas un tribunal pénal. Elle peut néanmoins recueillir des éléments, adresser une mise en demeure et prononcer certaines sanctions administratives lorsqu’un diffuseur manque à ses obligations.

Les prochaines étapes à surveiller

Le premier rendez-vous sera la réponse de l’Arcom au signalement de Laurent Nuñez. L’autorité devra examiner les conditions concrètes d’un éventuel retour : fréquence des interventions, lieu de production, contenu des émissions et garanties de pluralisme.

Il faudra ensuite savoir si CNews fixe une date de reprise et sous quel format. Une intervention ponctuelle ne produirait pas les mêmes effets qu’un retour régulier dans une émission quotidienne.

Enfin, une éventuelle diffusion pourrait ouvrir un contentieux devant la justice administrative ou pénale. Le débat ne porterait alors plus seulement sur Xenia Fedorova. Il concernerait la capacité de l’État à lutter contre les ingérences étrangères sans transformer une mesure d’expulsion en interdiction générale de s’exprimer.

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