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ACTUALITé NATIONALE Mémoire de la Résistance

Service national : pourquoi le choix d’Henri Fertet engage la mémoire et l’avenir de la jeunesse française

Emmanuel Macron baptise la première promotion du service national du nom d’Henri Fertet, jeune résistant fusillé en 1943. Ce choix relance le débat sur la mémoire et les objectifs du dispositif.

Jeunes volontaires réunis dans une salle municipale autour de micros, avec une chaise vide au premier plan
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En bref

Emmanuel Macron a annoncé que la première promotion du nouveau service national porterait le nom d’Henri Fertet, résistant du Doubs fusillé à 16 ans en 1943. Le choix doit transmettre une mémoire de l’engagement, tout en accompagnant un dispositif volontaire davantage tourné vers les armées et le recrutement.

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Comment donner un visage concret à l’engagement demandé aux jeunes Français ? Emmanuel Macron a choisi celui d’Henri Fertet, un résistant du Doubs fusillé à 16 ans pendant l’Occupation.

Depuis la base aérienne 115 d’Orange, le président de la République a annoncé que la première promotion du nouveau service national porterait le nom de ce jeune combattant. Il a aussi fixé une règle pour la suite : chaque promotion devra rendre hommage à un Compagnon de la Libération.

Un hommage inscrit dans la mémoire de la Résistance

Henri Fertet est né le 27 octobre 1926 à Seloncourt, dans le Doubs. À l’été 1942, alors qu’il n’a pas encore 16 ans, il rejoint un groupe de résistants près de Besançon.

Le groupe participe ensuite à plusieurs opérations contre l’occupant allemand. Henri Fertet prend notamment part à l’attaque du poste de garde du fort de Montfaucon, à la destruction d’un pylône électrique et à une opération visant un commissaire des douanes allemand.

Arrêté le 3 juillet 1943, il est détenu et torturé pendant 87 jours. Un tribunal militaire allemand le condamne à mort le 18 septembre 1943. Il est fusillé à la citadelle de Besançon le 26 septembre, avec quinze autres résistants.

Henri Fertet avait alors 16 ans. Il est nommé Compagnon de la Libération à titre posthume en juillet 1945. Il fait partie des 1 038 personnes auxquelles cette distinction a été accordée.

Dans une dernière lettre à ses parents, il écrit notamment : « Je meurs pour ma patrie. Je veux une France libre et des Français heureux. » Cette phrase est devenue l’un des marqueurs de sa mémoire.

Le choix d’un symbole pour la première promotion

Emmanuel Macron a présenté Henri Fertet comme une figure capable de parler à une génération qui n’a pas connu la guerre. « Votre époque n’est pas la sienne, votre mission ne sera pas la sienne », a déclaré le chef de l’État. Mais, selon lui, le choix du jeune résistant « de servir la France et de défendre sa liberté » peut faire écho à l’engagement des futurs appelés.

Le nom d’une promotion ne modifie pas le contenu juridique ou militaire d’un service. Il donne toutefois un cadre symbolique à un collectif. Il permet de rattacher une expérience contemporaine à une histoire nationale précise.

Le président veut désormais généraliser cette pratique. Chaque promotion du service national devra porter le nom d’un Compagnon de la Libération. L’objectif est de créer une continuité entre les jeunes engagés aujourd’hui et les figures de la France combattante.

L’Ordre de la Libération distingue les personnes, les unités et les communes qui se sont illustrées dans la libération de la France et de son empire. La liste compte 1 038 personnes, mais aussi cinq communes et dix-huit unités combattantes.

Un service national différent de la conscription

Cette annonce intervient alors que le gouvernement cherche à renforcer le lien entre la jeunesse, la défense et la Nation. Le service national présenté par l’exécutif n’est pas le retour automatique du service militaire obligatoire suspendu en 1997.

Le dispositif repose sur le volontariat et une sélection des candidats. Il doit permettre à des jeunes de découvrir les armées, de suivre une formation et de contribuer à des missions utiles à la collectivité. Les premières classes doivent se dérouler à partir de septembre, avec une rémunération annoncée d’au moins 800 euros brut par mois, hors primes éventuelles.

Cette orientation répond à plusieurs besoins. Les armées cherchent à recruter et à élargir leur vivier de réservistes. L’exécutif veut aussi donner une traduction concrète au regain d’intérêt pour les questions de défense depuis le retour des conflits de haute intensité en Europe.

Pour les jeunes volontaires, l’expérience peut offrir une première immersion professionnelle. Elle peut aussi faciliter l’accès à certaines filières militaires ou civiles. Cependant, ses effets dépendront fortement du nombre de places, de la répartition des formations et des conditions d’accueil.

Les conséquences ne seront pas identiques pour tous. Un jeune déjà proche des institutions militaires pourra plus facilement s’y projeter. À l’inverse, un candidat éloigné des grandes bases ou disposant de faibles ressources devra prendre en compte les transports, le logement et l’interruption éventuelle de ses études ou de son emploi.

Une ambition qui soulève déjà des questions

Le choix d’Henri Fertet peut renforcer la transmission historique. Il rappelle que l’engagement ne se résume pas au port d’un uniforme. Le jeune résistant est honoré pour un parcours clandestin, dans un contexte de répression et de guerre, très différent de celui des futurs appelés.

Cette différence impose toutefois de ne pas établir une comparaison directe entre les deux situations. Les participants au service national accompliront une mission encadrée par l’État, avec un statut et des objectifs définis. Henri Fertet, lui, a pris part à une lutte clandestine au péril de sa vie.

Le débat porte aussi sur la finalité du dispositif. Le Service national universel avait été conçu autour de la cohésion, de la citoyenneté et de l’engagement collectif. Le nouveau service national met davantage l’accent sur les besoins des armées et la préparation de la Nation.

Cette évolution peut satisfaire les responsables militaires, qui y voient une source de compétences et de recrutements. Elle peut aussi inquiéter ceux qui redoutent une confusion entre engagement civique et préparation militaire. Le Sénat avait déjà souligné la difficulté à clarifier la place respective de la défense, de l’insertion et de l’action associative dans les dispositifs destinés à la jeunesse.

Les associations et les acteurs de l’éducation regarderont donc la mise en œuvre concrète. Ils seront attentifs à la mixité sociale des promotions, à l’accès des jeunes issus des territoires ruraux et ultramarins, ainsi qu’à la place accordée aux missions civiles.

Les prochaines étapes à surveiller

La première échéance sera l’ouverture des classes du service national. Elle permettra de vérifier le nombre réel de volontaires, les capacités d’accueil et la nature des missions proposées.

Il faudra également observer la manière dont le nom d’Henri Fertet sera transmis aux participants. Un hommage ponctuel ne produira pas les mêmes effets qu’un véritable travail historique, avec des témoignages, des documents et une présentation du contexte de la Résistance.

Enfin, les prochaines promotions montreront si la règle annoncée par Emmanuel Macron devient une tradition durable. Le choix des futurs Compagnons de la Libération dira alors quelle image de l’engagement la République souhaite transmettre à sa jeunesse.

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