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ACTUALITé NATIONALE Le pouvoir d’achat sous conditions

Budget 2027 : les propositions socialistes pourraient-elles améliorer le pouvoir d’achat sans alourdir la facture des ménages ?

Le PS défend un contre-budget fondé sur la hausse du smic, une CSG plus progressive et la taxation des très hauts patrimoines. Ces mesures devront convaincre une Assemblée nationale sans majorité stable.

L’hémicycle de l’Assemblée nationale vide, avec ses rangées de sièges et ses pupitres.
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En bref

Le groupe socialiste propose d’augmenter le smic, de réduire la CSG sur les revenus modestes et de renforcer les moyens consacrés au climat et à la lutte contre les violences. Il veut financer ces mesures par la taxe Zucman, une contribution sur les très hauts héritages et une taxation des géants du numérique, dans un Parlement sans majorité stable.

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Que peut changer un contre-budget pour les salariés, les familles et les contribuables ? À l’Assemblée nationale, le groupe socialiste avance une réponse : davantage de revenus pour les travailleurs, de nouvelles recettes fiscales et des économies ciblées.

Un contre-budget avant l’arrivée du texte gouvernemental

Le groupe socialiste a présenté mercredi 16 septembre ses principales propositions pour le budget 2027. Le projet officiel du gouvernement n’est pas encore connu. Il doit être présenté en Conseil des ministres le 1er octobre.

Le calendrier s’annonce tendu. Le gouvernement cherche environ 30 milliards d’euros d’économies. Il devra aussi composer avec une Assemblée nationale sans majorité stable. Dans ce contexte, chaque groupe tente de peser avant le début des débats parlementaires.

Le Parti socialiste affirme vouloir dégager 39,5 milliards d’euros de recettes nouvelles. Sur cette somme, 22 milliards financeraient de nouvelles dépenses. Le solde, soit 17,5 milliards d’euros, servirait à réduire le déficit ou à compenser d’autres mesures.

Les socialistes annoncent également 12,1 milliards d’euros d’économies. Ils citent notamment la réforme des niches fiscales et une lutte renforcée contre la fraude. Ces montants restent toutefois des objectifs politiques. Leur rendement réel dépendrait du contenu précis des textes et de leur adoption par le Parlement.

Le smic et la CSG au cœur du volet social

La mesure la plus visible concerne le salaire minimum. Le groupe socialiste propose de porter le smic à 1 700 euros net par mois, contre 1 477 euros dans les chiffres avancés lors de la présentation.

Cette hausse bénéficierait directement aux salariés rémunérés au niveau du smic. Elle pourrait aussi exercer une pression à la hausse sur les salaires légèrement supérieurs. En revanche, elle augmenterait le coût du travail pour les employeurs concernés, surtout dans les secteurs où les marges sont faibles, comme l’hôtellerie, la restauration ou certains services.

Le PS veut aussi ouvrir une conférence sociale sur les salaires. L’objectif serait de discuter d’augmentations plus larges que la seule revalorisation légale du smic. Les résultats dépendraient alors des négociations entre syndicats et organisations patronales.

Autre proposition : rendre la contribution sociale généralisée, ou CSG, plus progressive. La CSG est un prélèvement qui finance notamment la protection sociale. Aujourd’hui, son taux appliqué aux revenus d’activité ne varie pas comme un impôt classique selon le niveau de rémunération.

Dans le scénario présenté, un salarié ou un couple rémunéré au smic verrait son taux passer, à titre d’exemple, de 9,2 % à 0,85 %. Le PS estime qu’un célibataire sans enfant gagnerait ainsi 125 euros net par mois. Pour un couple avec un enfant, lorsque les deux adultes touchent le smic, le gain atteindrait 230 euros par mois.

Cette mesure ciblerait donc les revenus modestes. Elle poserait néanmoins une question de financement : réduire les prélèvements sur certains salariés suppose de trouver d’autres recettes ou de diminuer certaines dépenses.

Climat et violences sexistes : des dépenses en forte hausse

Le groupe socialiste propose de doubler le budget de la Sécurité civile, pour le porter à 1 milliard d’euros. Cette enveloppe servirait notamment à renforcer les moyens face aux incendies, aux épisodes de chaleur et aux catastrophes naturelles.

Les députés veulent également créer un fonds de sécurité consacré au changement climatique. Il serait doté de 5 milliards d’euros. Le fonds vert destiné aux collectivités locales passerait, lui, à 1,5 milliard d’euros.

Ces propositions bénéficieraient en priorité aux territoires exposés aux incendies, aux inondations ou au recul du trait de côte. Elles impliqueraient cependant des dépenses immédiates pour prévenir des dommages futurs. Les communes rurales et les collectivités disposant de faibles ressources pourraient en être les principales bénéficiaires si les crédits sont répartis selon leur vulnérabilité.

Sur les violences sexuelles et sexistes, le PS souhaite financer à hauteur de 3 milliards d’euros une loi intégrale qui doit être examinée au début du mois d’octobre. Cette enveloppe couvrirait notamment l’accompagnement des victimes, la prévention et le fonctionnement des structures spécialisées.

Le gouvernement a évoqué un « socle de départ » de 1,5 milliard d’euros. L’écart entre les deux montants traduit une différence de priorité budgétaire. Il devra être précisé lorsque le texte gouvernemental sera présenté.

Taxer les très hauts patrimoines et les géants du numérique

Sur les recettes, les socialistes remettent en avant la taxe dite « Zucman ». Le dispositif s’inspire d’un rapport remis en 2024 à la présidence brésilienne du G20 par l’économiste Gabriel Zucman. Il prévoit un impôt minimal correspondant à 2 % du patrimoine des foyers fiscaux possédant plus de 100 millions d’euros.

Le mécanisme fonctionnerait comme un plancher. Les impôts déjà payés seraient pris en compte. La taxe ne viserait donc pas nécessairement 2 % supplémentaires, mais la différence entre ce seuil et l’imposition déjà acquittée.

La présentation du dispositif au Sénat rappelle que cette proposition concerne une fraction très limitée des contribuables. Ses défenseurs y voient un moyen de réduire les écarts entre la taxation des revenus du travail et celle des grandes fortunes.

Ses opposants soulignent plusieurs difficultés. Il faut évaluer des actifs difficiles à mesurer, comme les entreprises non cotées. Il faut aussi limiter les risques de départ fiscal ou de déplacement des capitaux. Une application internationale faciliterait le dispositif, mais elle reste politiquement complexe.

Le PS propose parallèlement une CSG sur les héritages très élevés. Selon ses propres estimations, cette mesure rapporterait 10 milliards d’euros. Elle toucherait surtout les transmissions les plus importantes, et non les successions ordinaires. Le débat porterait donc sur le niveau à partir duquel un héritage devient suffisamment élevé pour justifier une contribution supplémentaire.

Enfin, les socialistes veulent créer une taxe sur les géants du numérique. Ils en attendent également 10 milliards d’euros. Une telle mesure pourrait viser des groupes réalisant une activité importante en France tout en localisant une partie de leurs bénéfices dans d’autres pays. Son rendement dépendrait toutefois de son assiette et de sa compatibilité avec les règles européennes et internationales.

Le vrai enjeu : convaincre sans majorité

Le groupe socialiste veut afficher un équilibre entre recettes et dépenses. Il met en avant 39,5 milliards d’euros de recettes nouvelles, mais aussi 17,5 milliards d’économies après financement de ses nouvelles mesures. Cette présentation cherche à répondre à une critique récurrente : celle d’un programme reposant uniquement sur la hausse des impôts.

Le gouvernement pourrait contester le rendement de certaines recettes, notamment celles liées à la fiscalité du patrimoine et du numérique. Les organisations patronales pourraient également s’opposer à une hausse du smic ou à de nouvelles contributions sur les entreprises. À l’inverse, les syndicats et les associations de lutte contre les violences pourraient juger les crédits proposés insuffisants ou nécessaires.

Le rapport parlementaire consacré à l’impôt plancher sur le patrimoine rappelle que la taxe Zucman vise les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros et s’inscrit dans une réflexion internationale sur la taxation minimale des plus riches. Cette dimension pourrait renforcer la légitimité politique du dispositif, sans régler les difficultés pratiques de son application.

Reste la question décisive du vote. Lors du précédent budget, le gouvernement avait évité la censure grâce à un accord politique avec le PS. Cette fois, les socialistes promettent de participer aux débats, mais la direction du parti a aussi évoqué la possibilité d’une censure.

Le 1er octobre, première échéance à surveiller

La prochaine étape interviendra le 1er octobre 2026, avec la présentation du projet de loi de finances en Conseil des ministres. Le texte permettra de comparer les économies demandées par le gouvernement avec les propositions socialistes.

Les débats parlementaires diront ensuite quelles mesures peuvent réunir une majorité. Le smic, la CSG progressive, la taxe sur les très hauts patrimoines et le financement de la Sécurité civile seront parmi les sujets les plus sensibles. Leur sort dépendra autant de leur coût que de la capacité du gouvernement à trouver des alliés à l’Assemblée nationale.

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