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ACTUALITé NATIONALE Pompe sous tension politique

Prix des carburants : pourquoi les aides ciblées ne suffisent pas à protéger les ménages et les professionnels

Face aux records des prix à la pompe, Olivier Faure réclame le doublement des aides ciblées et le maintien de la contribution sur les grandes entreprises. Le gouvernement privilégie une réponse sectorielle, au risque de laisser certains bénéficiaires sans soutien.

Pompe à carburant en station-service avec affichage des tarifs, pour illustrer la hausse des prix à la pompe.
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En bref

La flambée des prix du gazole et de l’essence fragilise les ménages dépendants de leur voiture ainsi que plusieurs secteurs professionnels. Olivier Faure demande au gouvernement d’augmenter les soutiens et de préserver la contribution exceptionnelle des grandes entreprises. L’exécutif maintient une stratégie ciblée, plus limitée mais moins coûteuse pour les finances publiques.

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Quand le plein devient une dépense impossible à absorber, quelle aide peut réellement soulager les ménages et les professionnels ? La question se pose avec une nouvelle force alors que le gazole et l’essence atteignent des niveaux records depuis le début du conflit au Moyen-Orient.

Une hausse qui pèse d’abord sur ceux qui ne peuvent pas renoncer à leur voiture

Jeudi 17 septembre, le gazole se vend en moyenne 2,39 euros le litre. Le prix moyen du SP95-E10 atteint 2,16 euros. Ces niveaux constituent des records depuis le début de la crise géopolitique, selon les données gouvernementales utilisées pour suivre les prix à la pompe.

Pour les habitants des zones rurales et périurbaines, la voiture reste souvent indispensable. Elle permet d’aller travailler, de conduire les enfants à l’école ou d’accéder aux services publics. Les ménages qui roulent beaucoup sont donc davantage exposés que ceux qui disposent d’un réseau de transports collectifs dense.

La hausse touche aussi les entreprises dont l’activité dépend directement du carburant. C’est le cas des pêcheurs, des transporteurs, des agriculteurs, des artisans et de certains professionnels du bâtiment. Pour eux, le carburant n’est pas une dépense facilement compressible. Il conditionne la production, les déplacements et les livraisons.

Olivier Faure réclame un effort plus important

Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, demande au Premier ministre Sébastien Lecornu de revoir la réponse du gouvernement. Il l’a appelé, jeudi, à « revenir sur la décision prise » concernant la fiscalité des grandes entreprises et à « doubler les aides ciblées ».

Ces aides ciblées sont destinées aux secteurs les plus exposés à la hausse des coûts de l’énergie. Elles ne prennent donc pas la forme d’une baisse générale du prix à la pompe. Elles visent plutôt certains professionnels ou certains ménages répondant à des critères précis.

Le gouvernement a décidé de prolonger ces dispositifs jusqu’au 31 décembre. Pour les pêcheurs, le soutien doit notamment passer de 25 à 30 centimes d’euro par litre. Olivier Faure juge cependant ce niveau insuffisant.

« Les aides ciblées, on peut les doubler et il faut qu’elles soient attribuées mécaniquement, automatiquement », a-t-il déclaré. Selon lui, une partie des bénéficiaires potentiels ne formule pas de demande, soit parce qu’elle ignore l’existence du dispositif, soit parce que les démarches sont trop complexes.

Cette critique porte sur un problème récurrent des politiques publiques : une aide ouverte sur le papier ne bénéficie pas toujours à toutes les personnes qui y ont droit. Les travailleurs indépendants et les petites entreprises disposent rarement du temps ou des moyens administratifs des grands groupes pour constituer un dossier.

Le débat porte aussi sur l’impôt des grandes entreprises

Olivier Faure conteste également la baisse de la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises. Cette contribution est une majoration temporaire de l’impôt sur les sociétés. Elle concerne les entreprises dépassant un certain niveau de chiffre d’affaires.

La loi de finances pour 2026 reconduit cette contribution, mais relève le seuil d’application aux entreprises réalisant plus de 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires. Les entreprises de taille intermédiaire, qui étaient davantage concernées par le dispositif précédent, sont ainsi exclues de cette surtaxe.

Pour le responsable socialiste, ce choix crée un déséquilibre. Il estime difficile de demander aux ménages de réduire leurs dépenses tout en allégeant la pression fiscale sur les entreprises les plus importantes.

« Comment expliquer aux Françaises et aux Français, dans un moment de crise comme celle que nous connaissons, qu’on va baisser l’impôt des entreprises qui font des chiffres d’affaires supérieurs à un milliard d’euros et que, dans le même temps, on va demander à tous les autres Français de se serrer la ceinture ? », s’est-il interrogé.

Le gouvernement défend une logique différente. La contribution exceptionnelle doit rapporter des recettes, mais sa prolongation et son calibrage doivent aussi préserver la compétitivité des entreprises françaises. Dans cette approche, une fiscalité trop lourde pourrait peser sur l’investissement, l’emploi ou la capacité à faire face à la concurrence internationale.

Des effets très différents selon les secteurs

Dans la pêche, le carburant peut représenter une part majeure des coûts d’exploitation. Une aide calculée au litre apporte donc un soutien direct aux entreprises qui sortent en mer. Toutefois, son montant dépend du volume consommé et ne compense pas nécessairement toute la hausse du prix du carburant.

Les petites entreprises sont dans une situation plus fragile. Elles ont moins de trésorerie pour absorber un choc temporaire. Elles disposent aussi de moins de pouvoir de négociation avec leurs fournisseurs et leurs clients. Si elles répercutent la hausse dans leurs prix, elles risquent de perdre des marchés. Si elles ne la répercutent pas, leurs marges diminuent.

Les ménages modestes qui utilisent leur véhicule pour travailler subissent une contrainte comparable. Le gouvernement a mis en place une indemnité de 100 euros pour certains « grands rouleurs », sous conditions. Le dispositif concerne près de trois millions de travailleurs modestes, avec une demande à effectuer en ligne jusqu’au 30 septembre 2026. Les modalités sont présentées sur le dispositif d’aide aux travailleurs grands rouleurs.

Cette aide forfaitaire peut alléger une partie de la facture. Elle ne règle toutefois ni la question des trajets imposés, ni celle de l’éloignement des services. Elle avantage aussi davantage les personnes qui connaissent leurs droits et maîtrisent les démarches numériques.

Une opposition entre aide immédiate et maîtrise des finances publiques

La demande d’Olivier Faure s’inscrit dans un débat plus large. Faut-il renforcer immédiatement les aides pour éviter des faillites et protéger le pouvoir d’achat ? Ou faut-il limiter les dépenses publiques et cibler strictement les secteurs les plus vulnérables ?

Le gouvernement a choisi une réponse sectorielle. Les mesures annoncées concernent notamment la pêche, le transport routier, l’agriculture, le bâtiment et les travailleurs fortement dépendants de leur véhicule. Le plan de soutien économique lié à la crise au Moyen-Orient prévoit plusieurs dispositifs, avec des critères et des calendriers distincts.

Cette méthode limite le coût d’une aide générale, mais elle rend le système plus difficile à comprendre. Elle laisse aussi de côté les ménages qui roulent beaucoup sans entrer dans les catégories prévues. À l’inverse, un soutien plus large serait plus simple à utiliser, mais plus coûteux pour le budget de l’État.

Olivier Faure insiste, lui, sur la situation des territoires dépendants de la voiture. Il estime que le Premier ministre, qui reste élu local, connaît les difficultés rencontrées par « le monde périphérique » et le monde rural.

Les prochaines échéances à surveiller

Le premier point à suivre concerne l’évolution des prix du pétrole et leur transmission aux stations-service françaises. Une nouvelle hausse prolongée pourrait accroître la pression sur le gouvernement et sur les entreprises les plus exposées.

Il faudra aussi vérifier si les aides prolongées jusqu’à la fin de l’année sont effectivement demandées et versées. La question de l’automatisation, soulevée par Olivier Faure, pourrait revenir dans le débat si le taux de non-recours reste élevé.

Enfin, la mise en œuvre de la fiscalité prévue par la loi de finances pour 2026 permettra de mesurer le rendement réel de la contribution exceptionnelle sur les grandes entreprises. C’est sur ce terrain que se confronteront les deux logiques : dégager des recettes supplémentaires pour financer les aides, ou préserver la compétitivité des entreprises soumises à la concurrence internationale.

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