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ACTUALITé NATIONALE Le budget sous haute tension

Pourquoi Emmanuel Macron refuse une dissolution de l’Assemblée nationale avant la présidentielle de 2027

Emmanuel Macron écarte une nouvelle dissolution avant la présidentielle de 2027. Il veut préserver l’examen du budget et appelle les partis à trouver des compromis dans une Assemblée sans majorité absolue.

Hémicycle de l’Assemblée nationale vide, avec pupitres, micros et dossiers de séance au centre, vu en plongée.
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En bref

Emmanuel Macron exclut une nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale à quelques mois de la présidentielle de 2027. Il estime qu’un nouveau scrutin aggraverait l’instabilité et compliquerait l’adoption du budget. Le président demande aux groupes politiques de trouver des compromis malgré l’absence de majorité absolue.

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Une nouvelle élection législative pourrait-elle encore changer la donne politique avant la présidentielle de 2027 ? Emmanuel Macron répond non. Le chef de l’État veut éviter un nouveau scrutin, au moment où le gouvernement doit faire adopter son budget dans une Assemblée sans majorité absolue.

Pourquoi une dissolution est de nouveau évoquée

Depuis la dissolution décidée le 9 juin 2024, l’Assemblée nationale reste fragmentée. Aucun bloc politique ne dispose seul des voix nécessaires pour gouverner durablement. Le gouvernement doit donc négocier texte par texte, ou utiliser les outils prévus par la Constitution.

Cette situation nourrit régulièrement l’hypothèse d’une nouvelle dissolution. Le Rassemblement national réclame notamment un retour aux urnes pour sortir de l’impasse politique. Une dissolution signifie que le président met fin au mandat de l’Assemblée avant son terme et provoque de nouvelles élections législatives.

Mais l’article 12 de la Constitution pose une limite importante. Après des élections organisées à la suite d’une dissolution, aucune nouvelle dissolution ne peut être prononcée dans l’année qui suit. Les élections législatives de 2024 ont donc rendu cette possibilité impossible pendant douze mois. Depuis, l’obstacle juridique a disparu. Le choix relève désormais du président de la République.

Le contexte calendaire pèse toutefois lourd. Le mandat d’Emmanuel Macron doit s’achever en mai 2027. Une nouvelle dissolution, à environ huit mois de l’élection présidentielle, laisserait peu de temps pour stabiliser une nouvelle majorité avant la fin de son mandat.

Macron invoque le risque d’une instabilité supplémentaire

Lors de son interview commune sur TF1 et France 2, jeudi 24 septembre 2026, Emmanuel Macron a clairement écarté cette option.

« Je pense que ce serait mauvais aujourd’hui de faire une dissolution », a déclaré le président. Il a estimé qu’un nouveau scrutin ajouterait « à la guerre, aux problèmes de pouvoir d’achat et à un budget à passer, l’instabilité politique ».

Son raisonnement est double. D’une part, une campagne législative pourrait interrompre les discussions budgétaires. D’autre part, elle pourrait ne produire aucune majorité claire, comme en 2024. Le pays se retrouverait alors avec une Assemblée différente, mais toujours difficile à gouverner.

Le président a aussi avancé un argument institutionnel. Selon lui, une dissolution maintenant priverait le prochain chef de l’État d’une possibilité d’action importante. « On bloquerait le prochain président, la prochaine présidente, de la possibilité de faire cette dissolution et de se reconstruire une majorité », a-t-il expliqué.

Cette lecture correspond au fonctionnement de la Ve République. Le président peut dissoudre l’Assemblée, mais il ne peut pas recommencer immédiatement après un nouveau scrutin. Une décision prise en 2026 limiterait donc la marge de manœuvre de la personne élue en 2027.

Le budget au centre du bras de fer

Emmanuel Macron demande désormais aux groupes politiques de faire preuve de « responsabilité ». Sa priorité est l’adoption du budget, c’est-à-dire le texte qui autorise les recettes et les dépenses de l’État pour l’année suivante.

Sans budget voté, le gouvernement ne peut pas conduire normalement ses politiques publiques. Il peut recourir à des mécanismes provisoires, mais ceux-ci ne remplacent pas un véritable projet financier. Ils limitent notamment la capacité à lancer de nouvelles mesures ou à financer des engagements annoncés.

Le président a cité plusieurs urgences concrètes. Il souhaite que l’État puisse soutenir les Français face au pouvoir d’achat, aider les communes et les régions touchées par les incendies et la sécheresse, et accompagner les agriculteurs.

Ces priorités ne produisent toutefois pas les mêmes effets pour tous. Les collectivités disposant de réserves financières peuvent parfois absorber une partie du choc. Les communes rurales ou déjà fragilisées dépendent davantage des aides de l’État. De même, les exploitations agricoles les plus solides n’ont pas les mêmes marges que les petites fermes confrontées à une succession de crises climatiques.

Le calendrier parlementaire ajoute une contrainte. Les députés doivent examiner les textes budgétaires alors que chaque groupe peut peser sur leur adoption. Le gouvernement doit donc chercher des compromis avec le centre et la droite, tout en évitant de provoquer une alliance de ses oppositions.

Le président assume la dissolution de 2024

Emmanuel Macron est également revenu sur sa décision de juin 2024. Il affirme l’avoir prise « en conscience » et refuse d’en faire porter la responsabilité aux électeurs.

« Je pense qu’il faut arrêter de culpabiliser les Français », a-t-il déclaré. Selon lui, les citoyens ont fait un choix lors des élections législatives de l’été 2024. Les partis auraient ensuite choisi de ne pas former une coalition disposant d’une majorité absolue.

Le chef de l’État estime qu’une entente s’est malgré tout formée entre le centre et la droite. Cette alliance disposerait d’une majorité relative, c’est-à-dire du groupe ou de l’ensemble de groupes le plus nombreux, sans atteindre la moitié des sièges.

Une majorité relative oblige le gouvernement à rechercher des soutiens au cas par cas. Elle peut fonctionner sur certains textes. Elle devient plus fragile lorsqu’il s’agit du budget, car les oppositions peuvent déposer une motion de censure, un vote qui peut renverser le gouvernement.

Emmanuel Macron reconnaît cependant qu’il aurait préféré une « grande coalition majoritaire ». Dans ses vœux pour 2025, il avait déjà admis que la dissolution avait apporté « davantage de divisions à l’Assemblée que de solutions pour les Français ».

Des intérêts politiques qui restent opposés

Le refus présidentiel ne met pas fin au débat. Pour le camp présidentiel, éviter une dissolution permet de préserver le temps nécessaire à la préparation du budget et à la gestion des crises internationales. Le gouvernement peut ainsi tenter de construire des accords sans ouvrir une nouvelle période électorale.

Pour le Rassemblement national, au contraire, une dissolution offrirait aux électeurs la possibilité de trancher. Le parti cherche à transformer son poids électoral en majorité parlementaire. Une nouvelle campagne pourrait donc servir sa stratégie de conquête, mais elle comporterait aussi un risque : celui de ne pas obtenir de majorité plus nette.

La gauche critique, de son côté, la manière dont l’exécutif interprète le résultat des élections de 2024. Les forces de gauche considèrent que leur coalition était arrivée en tête en sièges et reprochent au président de ne pas lui avoir confié le gouvernement. Elles dénoncent une logique de compromis centrée sur le centre et la droite, au détriment de leurs priorités sociales et fiscales.

Ces positions répondent à des intérêts différents. L’exécutif cherche à maintenir sa capacité d’action jusqu’à la fin du quinquennat. Le RN veut provoquer une clarification électorale. La gauche veut faire reconnaître sa place dans l’équilibre parlementaire. Les citoyens, eux, subissent surtout les conséquences pratiques de cette instabilité : décisions retardées, débats budgétaires tendus et incertitude sur les politiques publiques.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

Le prochain test sera l’examen des textes financiers au Parlement. La capacité du gouvernement à obtenir des soutiens déterminera sa survie politique à court terme.

Une motion de censure, un désaccord majeur entre les groupes ou l’impossibilité de faire adopter le budget pourraient relancer les appels à la dissolution. À l’inverse, un accord ponctuel permettrait à Emmanuel Macron de maintenir sa ligne jusqu’à la présidentielle de 2027, sans rouvrir immédiatement la bataille des législatives.

La question n’est donc pas définitivement enterrée. Elle est simplement repoussée derrière l’urgence budgétaire. Dans les prochaines semaines, les votes à l’Assemblée montreront si la majorité relative peut encore fonctionner ou si elle devient le principal facteur de blocage.

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