Prix des carburants, menace russe et budget : les choix de Macron face aux inquiétudes des Français
Face à la flambée des carburants et aux tensions avec la Russie, Emmanuel Macron mise sur la diplomatie, défend le « quoi qu’il en coûte » et exclut une nouvelle dissolution avant la présidentielle.

Emmanuel Macron veut contenir la hausse des prix des carburants par la diplomatie et la sécurisation des approvisionnements, tout en gardant ouverte l’hypothèse d’un soutien fiscal ciblé. Il présente la Russie comme une menace directe pour l’Europe, assume les dépenses de crise et refuse une nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale.
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Pourquoi le prix du plein augmente-t-il, alors que la crise se joue loin de la France ? Emmanuel Macron a tenté de répondre à cette inquiétude lors de son interview du jeudi 24 septembre 2026 sur TF1 et France 2. Pendant une quarantaine de minutes, le président a lié la flambée des carburants aux tensions internationales. Il a aussi détaillé sa réponse face à la Russie, défendu son bilan économique et fermé la porte à une nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale.
Une crise des carburants liée aux tensions internationales
Pour Emmanuel Macron, la priorité est d’abord diplomatique. Il veut faire baisser la tension dans le golfe Persique afin de réduire la pression sur les marchés de l’énergie. Son raisonnement est simple : si les risques géopolitiques diminuent, les cours du pétrole peuvent reculer rapidement.
Le chef de l’État a donc promis d’agir auprès des pays concernés. Il compte également réunir les États du G7 pour discuter de l’utilisation de leurs stocks stratégiques de pétrole. Ces réserves publiques peuvent être mises sur le marché lorsque l’approvisionnement mondial est menacé.
Emmanuel Macron s’est voulu rassurant sur la situation française. Il a assuré que les stocks de carburants et de gaz se reconstitueraient progressivement. Selon lui, les réserves françaises devraient atteindre 80 % de leur capacité dans les prochaines semaines.
Cette réponse ne règle toutefois pas immédiatement le problème des automobilistes. Les ménages qui dépendent de leur voiture, notamment dans les zones rurales et périurbaines, subissent directement chaque hausse à la pompe. Les entreprises de transport, les artisans et les agriculteurs sont également exposés, car le carburant pèse directement sur leurs coûts.
À l’inverse, une baisse générale des taxes profiterait à tous les conducteurs, y compris aux ménages les plus aisés. C’est précisément ce que le président cherche à éviter. Il préfère une aide ciblée, destinée aux personnes qui en ont le plus besoin.
Baisser les prix ou réduire les taxes ?
Emmanuel Macron a défendu une ligne de prudence budgétaire. Il a estimé qu’une baisse de 20 centimes par litre pendant un mois représenterait environ 1 milliard d’euros de recettes en moins pour l’État, les collectivités et la Sécurité sociale.
Son choix est donc de tenter d’agir sur les prix eux-mêmes plutôt que sur les taxes. Cette stratégie dépend cependant de facteurs que la France ne contrôle pas seule : le niveau de production mondiale, la sécurité des routes maritimes, les décisions des pays producteurs et les tensions militaires au Moyen-Orient.
Le président n’a pas totalement exclu une baisse fiscale. Il a indiqué que le gouvernement resterait pragmatique si les prix continuaient de s’envoler. Cette possibilité permet à l’exécutif de conserver une marge de manœuvre, mais elle ne constitue pas encore une mesure décidée.
Le chef de l’État a également critiqué l’hypothèse d’une interdiction des exportations de gazole américain. Selon lui, une telle décision pénaliserait les consommateurs et l’économie mondiale, mais aussi les États-Unis. Le marché du raffinage étant fortement internationalisé, une restriction dans un grand pays producteur peut rapidement provoquer des tensions ailleurs.
Des moyens militaires français en Arabie saoudite
Pour sécuriser l’approvisionnement énergétique, Emmanuel Macron a annoncé l’envoi de moyens militaires français sur le site de Yanbu, en Arabie saoudite. Il s’agit de soldats, de radars et de systèmes de défense.
Le président a insisté sur le caractère défensif de l’opération. L’objectif serait de protéger une infrastructure stratégique, et non de participer directement à un conflit. Le site de Yanbu, situé au bord de la mer Rouge, joue un rôle important dans l’acheminement du pétrole mondial.
Cette annonce illustre la dépendance entre sécurité internationale et vie quotidienne. Une attaque contre une installation énergétique peut perturber les exportations, renchérir le pétrole et alimenter l’inflation dans plusieurs pays. Elle montre aussi les limites d’une réponse purement nationale à une crise mondiale.
Pour la France, cette mission représente un engagement militaire supplémentaire. Pour les acteurs économiques, elle vise à réduire le risque de rupture d’approvisionnement. Pour les citoyens, ses effets ne seront visibles que si la sécurisation contribue effectivement à stabiliser les marchés.
La Russie présentée comme une menace directe
Autre volet majeur de l’interview : la sécurité européenne. Emmanuel Macron a affirmé qu’une attaque russe contre le territoire français était possible. Il a évoqué les actes hostiles attribués à Moscou contre plusieurs pays européens, notamment les cyberattaques et les opérations impliquant des drones.
Le président a cité l’attaque ratée menée avec des drones explosifs contre l’aéroport de Leipzig, en Allemagne. Selon lui, une opération réussie aurait pu provoquer des morts sur le sol allemand. Il a également déclaré que la Russie considérait l’Europe comme la « profondeur stratégique de l’Ukraine ».
Emmanuel Macron a toutefois démenti une information faisant état d’une alerte de la CIA sur une attaque russe imminente dans le sud de la France. Il a affirmé que cette information était fausse.
Le président a par ailleurs jugé crédible l’hypothèse d’une nouvelle mobilisation russe de 300 000 hommes. Une mobilisation correspond à l’appel de civils ou de réservistes pour renforcer les forces armées. Cette perspective montrerait, selon lui, que le Kremlin se prépare à poursuivre la guerre malgré les pertes déjà enregistrées.
Cette lecture est aussi un message politique. Elle vise à convaincre les Européens de renforcer leur défense et de prendre au sérieux les menaces hybrides, qui combinent cyberattaques, sabotage, désinformation et opérations clandestines. Elle peut toutefois nourrir l’inquiétude dans l’opinion, surtout lorsqu’elle évoque directement une possible attaque contre la France.
Le « quoi qu’il en coûte » toujours assumé
Interrogé sur l’augmentation de la dette publique, Emmanuel Macron a défendu les dépenses engagées pendant la crise sanitaire et la crise énergétique. Il a déclaré ne « pas regretter du tout » le « quoi qu’il en coûte », expression désignant les aides massives déployées pour éviter les faillites et protéger les emplois.
Le président a réparti les dépenses publiques des dix dernières années en trois parts. Un tiers aurait servi à protéger les Français contre les crises, un autre à préparer l’avenir et le dernier à compenser l’absence de réformes suffisamment rapides du modèle social.
Il a affirmé ne rien regretter des deux premiers tiers. En revanche, il a reconnu ne pas avoir été assez efficace sur le troisième. Il a également assumé son échec sur la réforme des retraites, finalement suspendue, en déclarant ne pas avoir réussi à convaincre les forces politiques.
Cette défense se heurte à une contrainte concrète : l’État doit désormais financer ses engagements tout en contenant son déficit. Les marges disponibles pour soutenir les carburants, les salaires ou les services publics sont donc plus limitées qu’au moment des crises.
Pas de nouvelle dissolution avant la présidentielle
Sur le terrain institutionnel, Emmanuel Macron a exclu une nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale en cas de blocage budgétaire. Il estime qu’une telle décision ne serait pas bonne pour le pays, à quelques mois de l’élection présidentielle.
Le président a défendu la dissolution précédente. Il a expliqué l’avoir décidée après deux années de majorité relative, période durant laquelle il n’était pas parvenu à construire une coalition stable. Cette stratégie a toutefois renforcé l’instabilité parlementaire et compliqué l’adoption des textes financiers.
Le choix est désormais clair : maintenir l’Assemblée en place et chercher des compromis. Cela donne davantage de temps aux groupes politiques pour négocier, mais cela expose aussi le gouvernement au risque d’une motion de censure, c’est-à-dire un vote par lequel les députés peuvent le contraindre à démissionner.
Emmanuel Macron a enfin reconnu qu’il existait une colère dans le pays. Il a néanmoins appelé à éviter un mouvement social généralisé. Il a estimé qu’une mobilisation pouvait obtenir une réponse lorsqu’elle visait une mesure précise, comme lors du mouvement des « gilets jaunes », mais qu’elle ne pouvait pas directement résoudre une guerre ou une crise internationale.
Les prochaines échéances à surveiller
Les effets de cette prise de parole dépendront d’abord de l’évolution des prix du pétrole et de la situation dans le golfe Persique. Il faudra ensuite suivre la reconstitution des stocks français, les discussions du G7 et le déploiement annoncé à Yanbu.
Sur le plan intérieur, le gouvernement devra surtout trouver une solution budgétaire acceptable pour une Assemblée sans majorité stable. La question des taxes sur les carburants pourrait revenir rapidement si les prix poursuivent leur hausse. Dans les prochains jours, les réactions des groupes politiques et l’évolution des marchés diront si la stratégie diplomatique du président suffit à calmer la colère sociale.



