Pourquoi Emmanuel Macron peine à agir face aux crises, entre blocage politique et contraintes budgétaires
À quelques mois de la fin de son mandat, Emmanuel Macron conserve des leviers diplomatiques et militaires. Mais l’absence de majorité, le déficit public et la défiance limitent sa capacité à répondre concrètement aux inquiétudes des Français.

Emmanuel Macron conserve des moyens d’action sur la diplomatie, la défense et la gestion des crises énergétiques. Pourtant, l’absence de majorité stable à l’Assemblée, le déficit public élevé et une confiance politique affaiblie limitent ses décisions à quelques mois de la fin de son mandat.
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À huit mois de la fin de son mandat, Emmanuel Macron peut-il encore agir sur les crises qui inquiètent les Français ? Son intervention télévisée du jeudi 24 septembre a montré un président toujours offensif. Elle a aussi souligné l’étroitesse de ses marges de manœuvre.
Un président encore présent, mais de moins en moins maître du jeu
Emmanuel Macron s’est exprimé sur TF1 et France 2 dans un contexte particulièrement tendu. Les prix des carburants atteignent des niveaux élevés. Les tensions internationales pèsent sur l’approvisionnement énergétique. La menace russe reste au cœur des préoccupations européennes.
Le chef de l’État a voulu occuper le terrain. Il a défendu l’action diplomatique de la France et promis de ne pas laisser les prix s’envoler pour les ménages. Il a également annoncé l’envoi de « moyens militaires » en Arabie saoudite, notamment des soldats, des radars et des systèmes de défense destinés à protéger le site énergétique de Yanbou, sur la mer Rouge.
Cette décision illustre la stratégie présidentielle. Face à une crise internationale, l’Élysée cherche à montrer que la France dispose encore de leviers. La diplomatie, les alliances militaires et la sécurisation des approvisionnements deviennent les principaux outils disponibles.
Mais cette capacité d’action a des limites. La France n’est pas directement autour de la table de toutes les négociations concernant l’Ukraine ou le Moyen-Orient. Elle peut exercer une pression politique. Elle peut proposer une médiation. Elle peut aussi renforcer sa présence militaire. En revanche, elle ne contrôle ni les décisions américaines, ni celles des pays producteurs de pétrole, ni l’évolution des conflits.
La diplomatie ne suffit pas à faire baisser les prix
Le président mise sur la discussion avec les États producteurs et sur la diversification des routes d’approvisionnement. Cette approche vise à limiter les risques de pénurie et à réduire la dépendance de la France à quelques fournisseurs.
Le gouvernement a aussi cherché à rassurer sur les stocks disponibles. Toutefois, une intervention diplomatique ne produit pas les mêmes effets qu’une mesure fiscale immédiate. Elle peut sécuriser un approvisionnement à moyen terme. Elle ne fait pas automatiquement baisser le prix affiché à la pompe dès le lendemain.
Cette différence est importante pour les ménages. Les automobilistes qui utilisent leur véhicule pour travailler, notamment dans les zones rurales et périurbaines, subissent directement la hausse. Les entreprises de transport, les artisans et les agriculteurs sont eux aussi exposés. À l’inverse, les ménages qui disposent de transports collectifs ou qui télétravaillent peuvent être moins durement touchés.
Une baisse des taxes sur les carburants aurait un effet plus visible à court terme. Mais elle réduirait les recettes de l’État et creuserait encore le déficit. Elle profiterait également davantage aux personnes qui consomment beaucoup de carburant. C’est pourquoi le débat oppose une réponse immédiate au pouvoir d’achat et une contrainte budgétaire de long terme.
Après la dissolution, une majorité introuvable
La difficulté du président est aussi politique. La dissolution de l’Assemblée nationale décidée en 2024 n’a pas produit de majorité stable. Depuis, le gouvernement doit composer avec des groupes parlementaires qui peuvent s’entendre pour censurer un texte, sans pour autant former une coalition durable.
Une motion de censure est un vote par lequel les députés peuvent faire tomber le gouvernement. Dans une Assemblée fragmentée, cette procédure pèse sur chaque projet de loi. Elle limite la capacité de l’exécutif à engager de grandes réformes et oblige le Premier ministre à rechercher des compromis texte par texte.
Le chef de l’État appelle donc les oppositions à la responsabilité. Il demande aussi aux Français d’accepter la complexité de la situation. Mais cette stratégie a un coût politique. Les partis d’opposition peuvent soutenir certaines mesures ponctuelles tout en refusant de partager le bilan présidentiel. Ils ont intérêt à conserver leur liberté avant les prochaines échéances électorales.
Pour les citoyens, cette instabilité se traduit par des annonces moins lisibles et des décisions plus lentes. Pour les collectivités locales, elle complique la préparation des budgets. Pour les entreprises, elle nourrit l’incertitude sur les impôts, les aides et les règles à venir.
Le poids des finances publiques réduit les options
La contrainte budgétaire renforce cette paralysie. Selon les données publiques reprises dans un rapport sur les finances publiques françaises, le déficit des administrations publiques a atteint 5,8 % du produit intérieur brut en 2024, soit 169,7 milliards d’euros.
Dans ce contexte, chaque nouvelle dépense doit être financée. Une aide temporaire sur le carburant peut protéger les ménages, mais elle coûte plusieurs milliards si elle est généralisée. Une baisse d’impôt peut soutenir la consommation, mais elle réduit les recettes. Une hausse de fiscalité peut améliorer les comptes, mais elle risque d’alimenter la colère sociale.
Cette équation explique pourquoi le président insiste sur la responsabilité collective. Elle n’efface toutefois pas les choix effectués depuis 2017. Le « quoi qu’il en coûte » a permis de soutenir l’économie pendant la crise sanitaire. En revanche, le retour à une trajectoire budgétaire plus stricte s’est révélé difficile.
Les oppositions contestent d’ailleurs la manière dont l’exécutif présente cette situation. Elles estiment que le gouvernement ne peut pas demander des efforts aux ménages sans revoir les choix fiscaux et les dépenses publiques. La majorité présidentielle, de son côté, défend la nécessité de protéger l’activité et de financer les priorités régaliennes, notamment la défense.
Le volontarisme comme dernière force politique
Emmanuel Macron conserve une capacité d’expression et d’initiative. Il peut fixer un agenda, réunir les partis, intervenir dans les crises internationales et demander au gouvernement de préparer des mesures. Cette influence reste réelle.
Elle ne suffit cependant pas à garantir les résultats. Le président peut annoncer une mobilisation diplomatique. Il ne peut pas imposer un accord à Washington, à Moscou, à Riyad ou à Téhéran. Il peut demander une réponse au gouvernement. Il doit ensuite tenir compte du Parlement, des juges constitutionnels et de l’état des finances.
Le volontarisme est donc devenu une ressource politique autant qu’une méthode de gouvernement. Il permet de donner une direction lorsque les décisions concrètes sont difficiles. Mais il rencontre rapidement la réalité des prix, des votes et des rapports de force internationaux.
Les prochains tests seront budgétaires et parlementaires
La séquence à venir permettra de mesurer la capacité réelle de l’exécutif à reprendre l’initiative. Le budget devra concilier la réduction du déficit, la protection du pouvoir d’achat et le financement des priorités militaires.
Le gouvernement devra aussi préciser les modalités de l’engagement français en Arabie saoudite. La nature exacte des moyens déployés, leur durée et leur financement seront suivis de près. Enfin, les débats parlementaires diront si une majorité de circonstance peut encore se dégager.
Emmanuel Macron n’est donc pas privé de tout pouvoir. Il conserve des leviers diplomatiques, militaires et institutionnels. Mais chacun d’eux est désormais encadré par trois contraintes : une Assemblée sans majorité, des finances publiques dégradées et une confiance politique affaiblie. À quelques mois de la fin du mandat, son enjeu n’est plus seulement d’afficher une direction. Il est de démontrer qu’il peut encore la transformer en décisions.



