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ANALYSES & OPINIONS La facture de la rupture

Réduire l’État ou protéger les services publics : ce que le modèle Milei change pour les citoyens français

La politique de Javier Milei inspire une partie de la droite française. Mais la baisse de l’inflation et le redressement budgétaire argentins ont aussi entraîné un lourd coût social, relançant le débat sur les services publics.

Un guichet de service public avec des dossiers, des chaises d’attente et un comptoir administratif.
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En bref

Javier Milei a réduit l’inflation et rétabli un excédent budgétaire en Argentine grâce à une politique d’austérité rapide. Cette stratégie a toutefois aggravé la pauvreté et fait reculer les salaires au début de son mandat. En France, ses idées séduisent certains responsables, mais leur transposition poserait la question du financement des services publics.

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Que changerait concrètement un « modèle Milei » en France ? Derrière les slogans sur la tronçonneuse et la liberté économique, une question se pose : qui paierait le prix d’un État réduit et de dépenses publiques fortement comprimées ?

Pourquoi Javier Milei séduit une partie de la droite française

Le président argentin Javier Milei est devenu une référence pour une partie de la droite et du bloc central français. Sa visite en France, du 30 septembre au 2 octobre 2024, a renforcé cette curiosité politique.

Son programme repose sur trois idées simples. Réduire fortement les dépenses publiques. Déréglementer l’économie. Limiter le rôle de l’État au strict minimum. Pendant sa campagne, Javier Milei brandissait une tronçonneuse. L’image devait symboliser les coupes à venir dans les administrations et les budgets publics.

Cette mise en scène a trouvé un écho chez plusieurs responsables français. Sarah Knafo, eurodéputée de Reconquête, a notamment présenté le président argentin comme une source d’inspiration. À droite, David Lisnard défend depuis plusieurs années une réduction de la bureaucratie et des normes. Guillaume Kasbarian, alors figure du bloc central, a lui aussi relayé des formules associées à la liberté économique.

Éric Ciotti, désormais engagé dans une recomposition de la droite avec l’extrême droite, s’inscrit dans ce climat politique. Il ne reprend pas nécessairement tout le programme argentin. Toutefois, il partage avec ses promoteurs une critique virulente de la dépense publique, de la technocratie et de l’intervention de l’État.

Le bilan argentin : des résultats rapides, un coût social élevé

Javier Milei est arrivé au pouvoir en décembre 2023, dans une Argentine déjà plongée dans une crise profonde. L’inflation annuelle dépassait alors 200 %. Le pays manquait de devises. Les comptes publics accumulaient les déficits.

Le gouvernement a choisi une thérapie de choc. Il a dévalué le peso de 54 % en décembre 2023. Il a réduit les dépenses publiques. Il a stoppé le financement monétaire du déficit. Il a aussi suspendu ou diminué plusieurs investissements publics et prestations.

La stratégie a produit un résultat que ses partisans mettent en avant. L’inflation mensuelle, qui avait atteint 25,5 % en décembre 2023, a nettement ralenti. Elle s’établissait à 2,7 % en décembre 2024, selon les données reprises par la direction générale du Trésor français.

Le gouvernement argentin a également dégagé un excédent budgétaire en 2024. Il s’agissait d’une première depuis 2008 pour les comptes publics argentins. Ce résultat a renforcé la crédibilité financière du pouvoir auprès d’une partie des marchés.

Mais la stabilisation a d’abord aggravé les difficultés quotidiennes. Au premier semestre 2024, le taux de pauvreté a atteint 52,9 %, contre 41,7 % au second semestre 2023. Les salaires réels ont reculé. La consommation et l’activité ont souffert du choc budgétaire.

Le bilan ne peut donc pas se résumer à une baisse de l’inflation. Le gouvernement a obtenu une amélioration des comptes publics, mais au prix d’un ralentissement brutal et d’une dégradation sociale initiale. Cette double réalité est au cœur de la controverse française.

Ce que recouvre vraiment le « modèle Milei »

En France, l’expression désigne moins un plan précis qu’une méthode politique. Elle combine une réduction rapide des dépenses, une critique des corps intermédiaires et une dénonciation des normes jugées inutiles.

Ses défenseurs y voient une manière de rompre avec l’immobilisme. Pour eux, l’État français empile les dispositifs, les agences et les règles. Ils estiment que cette organisation pénalise les entreprises, ralentit les décisions et entretient une dépense publique difficile à financer.

Les bénéficiaires potentiels seraient d’abord les entreprises qui supportent le coût des normes et des prélèvements. Les contribuables les plus aisés pourraient aussi profiter d’une baisse de la fiscalité, si elle accompagnait la réduction des dépenses. Les collectivités les mieux dotées pourraient enfin absorber plus facilement certains transferts de responsabilités.

Le revers concerne les services publics et les ménages dépendants des aides. Une baisse uniforme des budgets ne produirait pas les mêmes effets selon les territoires. Dans une grande métropole, une famille peut parfois compenser la diminution d’un service public par une offre privée. Dans une zone rurale, cette solution est souvent inexistante.

Les petites entreprises ne seraient pas automatiquement gagnantes. Elles peuvent bénéficier d’une simplification administrative. Cependant, elles dépendent aussi des infrastructures publiques, de la formation professionnelle, de la commande publique et de l’accès aux soins. Une réduction trop rapide de ces dispositifs peut augmenter leurs coûts.

Une inspiration politique, pas une transposition automatique

La comparaison avec l’Argentine rencontre une difficulté majeure. Les deux pays n’ont ni la même monnaie, ni la même structure économique, ni le même niveau de protection sociale.

L’Argentine sortait d’une crise monétaire et inflationniste exceptionnelle. La France reste confrontée à une dette élevée et à des déficits persistants, mais son économie appartient à la zone euro. Elle dispose d’un système fiscal, social et administratif beaucoup plus intégré. Une dévaluation comparable à celle du peso n’est donc pas à l’ordre du jour dans le cadre français.

De plus, réduire les dépenses ne signifie pas toujours supprimer des dépenses inutiles. Une économie peut réaliser des économies de gestion. Elle peut aussi déplacer la charge vers les ménages, les entreprises ou les collectivités. La question centrale devient alors : qui finance le service auparavant assuré par l’État ?

La gauche critique le modèle Milei pour cette raison. Elle dénonce une politique qui ferait supporter l’ajustement aux retraités, aux salariés modestes et aux usagers des services publics. Elle pointe également le risque d’une hausse des inégalités et d’un affaiblissement des protections collectives.

À l’inverse, les soutiens de Javier Milei répondent que l’inflation pénalise d’abord les plus pauvres. Selon eux, maintenir des déficits permanents revient à repousser la facture sur les ménages. Leur argument est simple : sans redressement budgétaire, aucune politique sociale durable n’est possible.

Le débat français oppose donc deux priorités. La première consiste à restaurer rapidement l’équilibre des comptes. La seconde vise à préserver les services publics et à répartir progressivement l’effort. Le désaccord porte moins sur la nécessité de réformer que sur la vitesse, l’ampleur et les catégories appelées à contribuer.

Ce qu’il faudra surveiller

Dans les prochains mois, l’enjeu sera de voir si les références à Javier Milei restent des slogans ou deviennent des propositions détaillées.

Il faudra regarder les programmes portant sur les retraites, les collectivités, les effectifs publics et les normes économiques. Il faudra aussi comparer les économies annoncées avec leurs effets sur les services rendus.

Enfin, le débat présidentiel de 2027 permettra de mesurer la place réelle de cette ligne. Une partie de la droite pourrait reprendre le vocabulaire de la rupture. Mais elle devra répondre à une question concrète : quelles dépenses supprimer, quels services préserver et qui assumera la transition ?

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