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ÉCONOMIE & SOCIéTé Grand âge, le prix du domicile

Vieillir chez soi : 82 % des Français le souhaitent, au moment où l’État recentre ses aides au maintien à domicile

Un sondage Norstat pour L’Hémicycle montre que 82 % des Français voudraient vieillir chez eux en cas de perte d’autonomie. Mais le coût arrive en tête des obstacles, au moment où l’État recentre ses aides.

Dans son salon, un homme âgé se lève de son fauteuil avec l'aide d'une auxiliaire de vie, près de son déambulateur.
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En bref

Selon un sondage Norstat pour L’Hémicycle réalisé début septembre auprès de 1 004 personnes, 82 % des Français souhaiteraient rester chez eux s’ils perdaient leur autonomie. Le coût restant à la charge des familles est cité comme obstacle par 70 % des sondés. Depuis juillet, l’exonération de cotisations ne s’applique plus automatiquement qu’à partir de 80 ans.

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Rester chez soi le plus longtemps possible, même en perdant son autonomie : c’est le souhait d’une très large majorité de Français. Mais qui peut réellement se l’offrir ? Un sondage Norstat pour L’Hémicycle, publié le 1er octobre pour la Journée internationale des personnes âgées, pose la question au moment où l’État revoit ses aides.

Un choix massif pour le domicile

L’enquête a été réalisée en ligne du 1er au 3 septembre 2026 auprès de 1 004 personnes, un échantillon représentatif de la population âgée de 18 ans et plus. Résultat : 82 % des Français souhaiteraient continuer à vivre chez eux s’ils perdaient leur autonomie. Sur l’ensemble des répondants, 55 % choisiraient cette solution avec l’aide de professionnels à domicile, et 27 % avec celle de leurs proches.

Le lien social pèse lourd dans ce choix. Pour 84 % des personnes interrogées, le maintien à domicile permet aux personnes âgées de conserver une vie sociale et familiale.

L’enjeu va grandir. Selon la Drees, le service statistique des ministères sociaux, plus de 2 millions de seniors étaient en perte d’autonomie en 2021. Ils seraient près de 2,8 millions au début des années 2050, avec une hausse forte jusqu’au début des années 2030.

Le coût, premier obstacle au maintien à domicile

Entre le souhait et la réalité, il y a la facture. Interrogés sur les principaux obstacles, 70 % des répondants citent le coût qui reste à la charge de la personne âgée et de sa famille. Le manque d’auxiliaires de vie disponibles et l’inadaptation des logements sont mentionnés chacun par 51 % des sondés. Par ailleurs, 42 % estiment que le coût de l’aide à domicile pèse déjà trop lourd sur les personnes âgées et leurs familles.

Ces chiffres posent une question d’égalité. Avec de faibles ressources, ou sans entourage disponible, le choix de vieillir chez soi devient plus difficile à exercer. « Vouloir rester chez soi ne devrait pas être un choix réservé à ceux qui peuvent se le permettre », affirme Loïc Gobé, président de la Fédération du Service aux Particuliers (FESP), qui représente des entreprises du secteur.

Exonérations, TVA, APA : l’État recentre ses aides

Pour 77 % des Français, l’aide à domicile est un service vital qui doit être taxé le moins possible. Or plusieurs règles viennent de bouger. Un décret du 8 avril 2026 a relevé de 70 à 80 ans l’âge qui ouvre droit automatiquement à une exonération de cotisations patronales pour les particuliers qui emploient une aide à domicile. L’Urssaf l’applique depuis le 1er juillet. Les bénéficiaires de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA), l’aide versée par les départements aux personnes âgées dépendantes, conservent toutefois cette exonération.

Selon les chiffres du secteur, repris par le député Pierre Cordier dans une question écrite au gouvernement, 348 000 particuliers employeurs âgés de 70 à 79 ans sont concernés. Leur reste à charge augmenterait de 15 %, passant de 10,62 à 12,21 euros de l’heure. Le gouvernement assume ce choix : il dit vouloir recentrer l’exonération sur les plus âgés et les plus fragiles.

La fiscalité joue aussi. Certaines prestations d’aide aux personnes âgées dépendantes bénéficient, sous conditions, d’une TVA réduite à 5,5 %. En revanche, les frais de gestion des organismes qui interviennent comme simples mandataires, c’est-à-dire qui gèrent le recrutement et les démarches pour une personne âgée restée employeur, relèvent du taux normal de 20 %.

Enfin, le projet de budget de la Sécurité sociale pour 2027, présenté le 1er octobre, prévoit un « recentrage du barème » de l’APA « sur les bénéficiaires les plus modestes et les restes à charge les plus lourds ».

Ce que les Français attendent de l’État

Pour favoriser le maintien à domicile, les sondés formulent des attentes précises. Ainsi, 61 % veulent que l’État revalorise le métier d’auxiliaire de vie pour attirer davantage de professionnels. Ils sont 51 % à souhaiter des aides réglementaires ou fiscales aux acteurs du secteur pour garantir l’accessibilité de l’offre, et 45 % à demander le financement de l’adaptation des logements au vieillissement.

Au total, 52 % estiment qu’aider les personnes âgées à rester chez elles doit être une priorité de l’État. Ce chiffre grimpe à 64 % chez les 66 ans et plus, les premiers concernés. Le besoin de bras est réel : selon la Drees, entre 150 000 et 200 000 emplois supplémentaires seraient nécessaires en 2050 pour accompagner l’autonomie des personnes âgées.

Des aides coûteuses, un ciblage contesté

La demande d’une fiscalité allégée se heurte toutefois aux contraintes budgétaires et aux critiques sur l’efficacité des aides existantes. En mars 2024, la Cour des comptes évaluait à plus de 8,8 milliards d’euros le soutien public aux services à la personne en 2022, pour 4,4 millions d’utilisateurs. Elle relevait une dépense en hausse de plus de 40 % en dix ans, face à une activité qui stagne depuis 2015. Elle plaidait pour un meilleur ciblage, en réduisant notamment les aides aux activités sans lien avec l’autonomie ou la garde d’enfants.

Le secteur défend une autre lecture. Pour Loïc Gobé, « l’aide à domicile répond à des besoins essentiels », et les règles de son financement « doivent permettre aux personnes âgées d’être accompagnées, tout en préservant leur liberté de choix et leurs liens avec les autres ». Au Parlement, le décret inquiète aussi : au Sénat comme à l’Assemblée nationale, des questions écrites interrogent le gouvernement sur ses effets sur l’emploi et le maintien à domicile. Deux d’entre elles, déposées en mai et en juin, attendent toujours une réponse.

Ce qu’il faut surveiller

Le débat se déplace au Parlement. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 doit être examiné dans les prochaines semaines par les députés, puis par les sénateurs. Le barème de l’APA et le financement de l’autonomie y seront discutés.

Avant cela, le jeudi 8 octobre, L’Hémicycle organise à la Questure de l’Assemblée nationale un colloque consacré au grand âge, intitulé « Grand âge : le choc démographique peut-il faire exploser notre modèle ? ». Y sont attendus l’ancien ministre Jean-Christophe Combe, Marie-Anne Montchamp (Ocirp), Sylvain Rabuel (DomusVi), Pierre-Emmanuel Bercegeay (Ouihelp), Loïc Gobé (FESP) et Yann Lasnier (Petits Frères des Pauvres).

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