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ÉCONOMIE & SOCIéTé École sous tension

Violences dans les lycées : pourquoi la réponse politique ne peut pas se limiter au maintien de l’ordre

Face aux violences en marge des mobilisations lycéennes, Fabien Roussel condamne les débordements tout en critiquant la réponse policière. Il appelle surtout à traiter les difficultés structurelles de l’école.

Portail métallique d’un lycée français sous la pluie, trottoir mouillé, façade scolaire en arrière-plan et ambiance grise.
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En bref

Lors des mobilisations lycéennes d’octobre 2020, Fabien Roussel condamne les dégradations et les agressions, mais critique aussi certaines pratiques de maintien de l’ordre. Il demande que les responsabilités soient établies des deux côtés et veut répondre au malaise des jeunes par des moyens durables pour l’école, l’accompagnement du handicap et les conditions d’enseignement.

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Quand des lycéens manifestent, la question dépasse vite les grilles des établissements : comment faire entendre une colère réelle sans exposer les élèves, les riverains ou les policiers à des violences ? C’est sur cette ligne de crête que Fabien Roussel a pris position, dimanche 4 octobre, alors que plusieurs mobilisations agitaient les lycées.

Condamner les violences, sans fermer le débat

Le secrétaire national du Parti communiste français, alors candidat à l’élection présidentielle, a d’abord voulu poser une règle claire. « Aucune violence n’est légitime », a-t-il déclaré. Il a condamné les dégradations et les agressions commises en marge des rassemblements lycéens.

Selon lui, certains « individus et groupuscules » profitent des manifestations pour provoquer des affrontements. Cette présence brouille les revendications portées par les élèves. Elle peut aussi décourager les familles et les jeunes qui souhaitent participer à une mobilisation pacifique.

Mais Fabien Roussel n’a pas limité son analyse aux comportements de certains manifestants. Il a également mis en cause une politique de maintien de l’ordre qu’il juge « pas adaptée ». Le maintien de l’ordre désigne l’ensemble des opérations destinées à protéger les personnes et les biens tout en encadrant le droit de manifester.

Le dirigeant communiste estime que cette politique devrait davantage protéger les jeunes. Il a aussi souligné la situation des policiers, souvent placés en première ligne lors des tensions. « On leur demande parfois de faire des choses qui les mettent en situation de danger », a-t-il affirmé.

Cette double condamnation constitue le cœur de son discours : les violences commises par des manifestants doivent être sanctionnées, mais les éventuels abus policiers doivent également faire l’objet d’une enquête et de poursuites.

Fabien Roussel a ainsi demandé que « toutes les personnes mises en cause puissent être jugées et condamnées ». Il visait les jeunes ayant dégradé ou agressé, mais aussi les policiers ayant mal agi et les commissaires ayant donné des ordres inappropriés.

Le principe juridique est simple : une manifestation ne suspend pas la loi. Les participants restent responsables des violences et des dégradations qu’ils commettent. De leur côté, les forces de l’ordre doivent respecter les règles de nécessité et de proportionnalité dans l’usage de la contrainte. La doctrine française cherche précisément à concilier la liberté de manifester avec la sécurité publique, comme le rappelle un rapport publié sur la doctrine française du maintien de l’ordre.

Une présence annoncée aux côtés des manifestants

Dans ce contexte, Fabien Roussel a annoncé sa présence lors de la journée de mobilisation prévue mardi 6 octobre. Il a indiqué que les militants communistes seraient présents aux côtés des manifestants et des organisations syndicales.

Il a présenté cette participation comme un moyen de réduire les risques de débordement. Les militants devaient aider les syndicats à sécuriser le parcours et à faire en sorte que les revendications restent audibles. L’objectif affiché était de permettre aux « mots d’ordre » d’être entendus plutôt que les affrontements.

Cette stratégie repose sur un constat pratique. Dans une manifestation, les organisateurs ne contrôlent pas toujours tous les participants. La présence de responsables syndicaux ou politiques peut toutefois faciliter le dialogue avec les jeunes et les forces de l’ordre. Elle ne garantit pas, à elle seule, l’absence d’incidents.

Le choix de Fabien Roussel comporte aussi un enjeu politique. En se plaçant auprès des lycéens, le Parti communiste cherche à soutenir leurs revendications. En condamnant les violences, il tente parallèlement de se distinguer d’une logique d’affrontement permanent.

Les organisations syndicales peuvent y voir un appui utile. Elles ont intérêt à préserver le caractère collectif et revendicatif des rassemblements. Les forces de l’ordre, elles, peuvent considérer cette présence comme un relais supplémentaire pour prévenir les tensions. À l’inverse, des responsables politiques ou des représentants de l’État peuvent estimer que la sécurité relève d’abord des autorités compétentes.

Des violences qui masquent une colère plus large

Pour Fabien Roussel, les incidents ne doivent pas faire oublier le fond du mouvement. Il appelle le gouvernement, les partis politiques et la société à entendre « le malaise profond » de la jeunesse.

Son diagnostic porte d’abord sur l’école. Il cite le manque d’enseignants, les classes chargées, l’état de certains bâtiments, la rémunération des professeurs et les difficultés d’accès aux études supérieures.

Ces problèmes ne se manifestent pas de la même manière partout. Dans un établissement bien doté, une absence peut parfois être remplacée rapidement. Dans un lycée situé dans un territoire moins favorisé, les cours non assurés, les équipements vieillissants ou le manque d’accompagnement peuvent peser davantage sur les élèves.

Les élèves en situation de handicap sont également concernés. Fabien Roussel demande qu’un accompagnant puisse être disponible chaque fois que cela est nécessaire. Le ministère de l’Éducation nationale recense plusieurs centaines de milliers d’élèves accompagnés par des personnels dédiés. La question ne se résume donc pas à créer des postes : elle concerne aussi le recrutement, la formation et la stabilité des accompagnants.

Les données de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance permettent de suivre ces évolutions, notamment les effectifs d’élèves, le nombre de classes et les personnels de l’Éducation nationale. Elles montrent aussi que les conditions d’enseignement varient selon les niveaux, les filières et les territoires. Les principaux repères sont disponibles dans les statistiques officielles de l’Éducation nationale.

Le gouvernement défendait alors une autre lecture. Pour la rentrée 2020, il mettait en avant le maintien des moyens dans les collèges et les lycées, ainsi que des mesures destinées à renforcer l’école primaire et la rémunération des enseignants. Cette position contredit directement l’idée d’un désengagement général de l’État, même si elle ne répond pas à toutes les critiques formulées dans les établissements.

Le désaccord porte donc autant sur les moyens que sur leur répartition. Une hausse budgétaire nationale ne garantit pas automatiquement un professeur devant chaque classe. Les décisions prises au niveau central doivent encore être traduites dans les académies, puis dans chaque établissement, en fonction des effectifs et des besoins.

Le prochain test : la mobilisation du 6 octobre

La journée du mardi 6 octobre devait permettre de mesurer la capacité des organisations syndicales à maintenir une mobilisation visible sans nouveaux débordements. Elle devait aussi montrer si les revendications liées à l’éducation pouvaient reprendre le dessus sur les images de tensions.

Au-delà de cette échéance, le débat annoncé par Fabien Roussel renvoie à un choix politique plus large. Faut-il répondre principalement par un renforcement de l’ordre public, par des investissements scolaires, ou par les deux en même temps ? La réponse dépendra des décisions budgétaires, de la gestion des établissements et de la capacité des acteurs à établir un dialogue durable avec les lycéens.

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