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ÉLECTIONS La lutte contre la haine en campagne

Les préjugés antisémites résistent aux polémiques et mettent à l’épreuve les partis à l’approche de la présidentielle

Les actes antisémites restent nombreux en France, tandis que les controverses impliquant le RN et LFI s’invitent dans la campagne présidentielle. Les enquêtes éclairent les préjugés, mais ne justifient pas d’assimiler les électeurs aux discours de leurs dirigeants.

Microphone et enceintes installés devant des rangées de chaises bleues dans une salle municipale prête pour une réunion politique.
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En bref

En 2025, 1 320 actes antisémites ont été recensés en France, un total en baisse mais toujours historiquement élevé. Les controverses autour de responsables du RN et de LFI replacent le sujet au centre de la compétition présidentielle. Les enquêtes mesurent des préjugés chez des sympathisants, sans permettre de les attribuer à tous les électeurs.

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Peut-on vivre sa citoyenneté sans devoir répondre des décisions d’un gouvernement étranger ? Pour les Français juifs, cette question traverse désormais un débat politique où leur sécurité devient aussi un argument électoral.

Une baisse des actes, mais pas un retour à la normale

Le 7 octobre 2023, les attaques du Hamas en Israël ont tué environ 1 200 personnes. Trois ans plus tard, leurs conséquences continuent de peser sur la France. La recrudescence de l’antisémitisme constitue l’une des plus graves. Elle nourrit également des affrontements entre responsables politiques, à l’approche de la présidentielle de 2027.

Le bilan des actes antireligieux du ministère de l’Intérieur recense 1 320 actes antisémites en 2025. Cela représente une baisse de 16 % par rapport à 2024. Pourtant, le ministère souligne que les trois dernières années restent les plus élevées depuis vingt-cinq ans. Une diminution annuelle ne signifie donc pas un retour à la normale.

Ces actes représentent 53 % des faits antireligieux recensés. Les agressions physiques, verbales et la haine en ligne composent 67 % des actes antisémites. Derrière le total, il existe donc des atteintes directes aux personnes, et pas seulement des dégradations de bâtiments.

Une précaution s’impose toutefois : ce recensement administratif décrit une tendance, pas toute la réalité vécue. Le ministère précise lui-même que ces données ne constituent pas une statistique institutionnelle. Il faut aussi distinguer les actes enregistrés, les préjugés mesurés par sondage et les accusations visant des responsables politiques. Ces indicateurs ne répondent pas aux mêmes questions.

Des controverses qui engagent la responsabilité des partis

Depuis le 28 septembre 2026, Jordan Bardella fait face à des révélations concernant des messages antisémites datant de 2013, qui lui sont attribués. Le président du Rassemblement national conteste en être l’auteur. Il a renouvelé son démenti le 6 octobre. La présentation de nouveaux éléments d’authentification n’a donc pas mis fin à la confrontation.

Cette affaire touche un enjeu central pour le RN : convaincre que le parti a rompu avec son héritage antisémite. Ses adversaires y voient au contraire une raison de questionner cette rupture. Le débat porte ainsi sur des écrits précis, mais aussi sur la crédibilité d’une transformation politique revendiquée.

À gauche, Jean-Luc Mélenchon a également suscité une vive polémique en déformant le nom de Raphaël Glucksmann. Le 1er mars 2026, à Perpignan, il l’a appelé « Glucksmen ». Les critiques ont notamment émergé de la gauche elle-même. Cette séquence rappelle que la responsabilité des dirigeants concerne aussi les mots employés devant leurs militants.

LFI affirme néanmoins combattre l’antisémitisme. Dans un communiqué sur l’exclusion d’un candidat municipal pour des publications antisémites, le mouvement annonce avoir retiré l’investiture d’Yves Bouteiller à Romilly-sur-Seine. Il précise l’avoir exclu le 9 janvier 2026. Cet exemple documente une sanction concrète, sans effacer les controverses concernant d’autres responsables.

Ce que les enquêtes disent — et ne disent pas

Pour dépasser les échanges d’accusations, la Commission nationale consultative des droits de l’homme apporte un éclairage indépendant. Son rapport consacré à 2025 relève des niveaux comparables de préjugés antisémites parmi les proches du RN et de LFI. Les trajectoires diffèrent cependant : ces préjugés reculent chez les premiers et progressent chez les seconds.

Ce constat ne permet pas d’attribuer une opinion à chaque électeur. Il ne prouve pas davantage une responsabilité individuelle dans des violences. Il décrit des réponses recueillies auprès de groupes de sympathisants. Assimiler tous les électeurs d’un parti aux préjugés mesurés reviendrait à détourner l’enquête de son objet.

Autre distinction essentielle : critiquer la politique israélienne et adhérer à des préjugés contre les Juifs ne se confondent pas automatiquement. Le rapport examine précisément leurs relations. Il observe notamment que les personnes les plus réceptives aux préjugés antisémites classiques peuvent rejeter ensemble Israël et la Palestine. Une explication exclusivement centrée sur Gaza laisse donc de côté une partie du phénomène.

Pour comprendre les rapports de force, il faut séparer plusieurs intérêts. Les dirigeants accusés cherchent à préserver leur crédibilité. Leurs concurrents peuvent utiliser ces controverses pour contester leur aptitude à gouverner. Les citoyens visés par l’antisémitisme, eux, attendent une protection effective. Cette différence d’objectifs aide à lire le débat, sans présumer des intentions de chacun.

La sécurité quotidienne ne se résume pas à la campagne

Les réponses publiques comportent aussi des contraintes matérielles. Depuis 2015, l’État a consacré près de 48 millions d’euros à la sécurisation des lieux de culte, toutes religions concernées. Ces financements soutiennent notamment des équipements de protection. Les préfets organisent également des patrouilles et des dispositifs adaptés aux menaces locales.

L’impact varie donc selon les acteurs. Un responsable religieux doit gérer la sécurité d’un lieu collectif. Une personne insultée dans la rue ou ciblée en ligne affronte une atteinte individuelle. Protéger un bâtiment répond à un besoin réel, mais ne couvre pas l’ensemble des situations recensées.

La CNCDH oppose d’ailleurs une critique concrète aux annonces gouvernementales. Dans son évaluation du plan national contre le racisme et l’antisémitisme, publiée le 26 mars 2026, elle juge le bilan « très décevant ». La question ne concerne donc pas seulement les positions des partis : elle porte aussi sur l’exécution des politiques publiques.

Le plan 2023-2026 arrive à son terme. Son renouvellement constitue désormais une échéance à surveiller : quelles mesures reprendront ses objectifs, avec quels moyens et quel suivi ? En parallèle, les prochaines prises de position présidentielles permettront de distinguer les engagements vérifiables des seules accusations entre candidats.

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