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ÉLECTIONS Le scrutin au bord du retour

À Wittelsheim, l’annulation du scrutin relance la bataille municipale et fragilise l’unique mairie RN d’Alsace

Le tribunal administratif a annulé les municipales de Wittelsheim en raison de deux irrégularités. Un recours reste possible avant une éventuelle nouvelle élection, dans une commune où le RN détenait sa seule mairie alsacienne.

Un bureau de vote municipal avec isoloirs et tables de dépouillement, prêt pour une nouvelle élection à Wittelsheim.
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En bref

Le tribunal administratif de Strasbourg a annulé les élections municipales de Wittelsheim, remportées de 17 voix par la liste RN de Raphaële Schober. Deux irrégularités ont été retenues : une mention manquante sur un bulletin et une publication tardive sur Facebook. Un appel reste possible avant un éventuel nouveau vote.

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À Wittelsheim, les habitants pourraient devoir retourner aux urnes quelques mois seulement après avoir élu leur conseil municipal. Le tribunal administratif de Strasbourg a annulé, le 6 octobre 2026, les opérations électorales qui avaient donné la victoire à la liste de Raphaële Schober, candidate du Rassemblement national.

Une victoire de 17 voix désormais suspendue

Le scrutin municipal s’était joué à très peu de voix. Au second tour, le 22 mars 2026, la liste « Rassemblons Wittelsheim » était arrivée en tête avec 1 801 voix, soit 34,61 % des suffrages exprimés.

Elle devançait de 17 voix la liste conduite par Yves Goepfert, maire sortant et candidat centriste. Cette avance très réduite a pesé dans l’analyse du tribunal. Pour les juges, les irrégularités constatées pouvaient avoir influencé l’issue du vote.

Wittelsheim, commune d’environ 10 000 habitants du Haut-Rhin, était devenue la seule ville d’Alsace dirigée par le Rassemblement national après les municipales de mars. L’annulation prive donc, pour l’instant, le parti de cette implantation locale.

La décision fait suite à deux recours. Le premier avait été déposé par le préfet du Haut-Rhin. Le second venait de la liste arrivée en deuxième position. Le tribunal a retenu deux irrégularités, qu’il juge suffisamment importantes pour avoir altéré la sincérité du scrutin.

Deux irrégularités retenues par les juges

La première concerne les bulletins de vote utilisés au premier tour par la liste « Unis aujourd’hui, engagés pour demain », finalement arrivée en troisième position.

Ces bulletins ne mentionnaient pas la nationalité italienne de l’un des candidats. Or, le Code électoral impose cette indication lorsqu’un candidat possède la nationalité d’un autre État membre de l’Union européenne.

Cette règle peut sembler administrative. Elle vise pourtant à garantir une information complète des électeurs. Les citoyens doivent pouvoir connaître la situation de chaque candidat avant de déposer leur bulletin.

Le second motif concerne une publication diffusée sur Facebook par Frédéric Grasseler, candidat de la liste RN, à la fin de la campagne.

Dans ce message, il mettait en cause la gestion de la police municipale par Yves Goepfert. Il évoquait notamment un « pseudo-harcèlement ». Le tribunal a considéré que cette publication introduisait un nouvel élément de polémique électorale.

Selon les juges, le message avait été publié trop tard pour permettre aux autres candidats d’y répondre utilement. Cette notion est importante en droit électoral : une campagne doit laisser aux listes en présence une possibilité réelle de défendre leurs positions.

Le tribunal administratif de Strasbourg a conclu que ces deux éléments avaient pu peser sur le résultat. Il a donc annulé les opérations électorales de la commune, en tenant compte de l’écart particulièrement faible entre les deux premières listes. Lire le communiqué du tribunal administratif de Strasbourg sur l’annulation du scrutin.

La mairie continue de fonctionner, mais l’incertitude demeure

L’annulation ne signifie pas que la commune cesse de fonctionner. L’équipe municipale reste en place pendant la période de recours. Les élus continuent donc d’assurer les services publics, de gérer le budget et de prendre les décisions nécessaires à la vie quotidienne.

Cette continuité est particulièrement importante pour les habitants. Une annulation électorale ne suspend pas les démarches administratives, l’entretien des équipements, les décisions concernant les écoles ou encore les services municipaux.

En revanche, la légitimité politique de la majorité est fragilisée. Raphaële Schober doit désormais décider si elle fera appel. Elle dispose d’un délai d’un mois à compter de la notification du jugement pour saisir le Conseil d’État.

En cas d’appel, les conseillers municipaux proclamés élus restent en fonctions jusqu’à la décision définitive. Le scrutin ne serait donc pas immédiatement rejoué.

La maire RN a déclaré qu’elle s’attendait à cette décision. Elle a toutefois assuré que la mairie devait continuer à travailler. Elle n’a pas encore indiqué si elle mènerait une nouvelle campagne, ni si elle contesterait le jugement.

Cette prudence s’explique aussi par le contexte local. Depuis l’élection, des tensions sont apparues au sein de la majorité municipale. Onze conseillers municipaux, dont six issus de la majorité RN, ont demandé le retrait des délégations de la maire.

Les délégations permettent au maire de confier une partie de ses responsabilités à des adjoints ou à des conseillers. Leur retrait ne renverse pas automatiquement la majorité, mais il peut réduire la capacité de l’exécutif municipal à agir rapidement.

Une nouvelle campagne déjà envisagée par l’opposition

Du côté d’Yves Goepfert, la décision est accueillie avec satisfaction. Son avocat estime qu’elle correspond aux conclusions présentées par la rapporteure publique lors de l’audience du 29 septembre.

L’ancien maire ne devrait toutefois pas repartir lui-même en campagne. D’autres élus de son entourage réfléchissent déjà à la suite.

Jonathan Spleit, conseiller municipal, évoque la possibilité de constituer une liste réunissant des candidats venus de plusieurs sensibilités. Il souhaite une campagne plus apaisée et moins conflictuelle que celle du printemps.

Cette perspective traduit un enjeu classique des scrutins municipaux. Dans une commune de cette taille, les rapports personnels, la réputation des candidats et la connaissance des dossiers locaux peuvent compter autant que l’étiquette politique.

Pour le RN, l’enjeu est différent. Wittelsheim représentait une conquête symbolique en Alsace. Une nouvelle élection offrirait au parti la possibilité de défendre son implantation, mais aussi l’exposerait à un vote de confirmation dans un contexte très tendu.

Pour ses adversaires, l’annulation ouvre au contraire une seconde chance. L’écart de 17 voix montre qu’aucune liste ne dispose d’une avance confortable. Cependant, la décision du tribunal ne donne pas automatiquement la victoire à la liste arrivée deuxième. Les électeurs devront, le cas échéant, voter de nouveau.

Le prochain rendez-vous : l’appel devant le Conseil d’État

La première échéance est désormais juridique. Raphaële Schober et sa liste doivent décider, dans le délai d’un mois, s’ils contestent le jugement.

Si aucun appel n’est formé, ou si l’annulation est confirmée par le Conseil d’État, de nouvelles élections devront être organisées dans les trois mois suivant la décision devenue définitive.

La commune pourrait alors connaître une nouvelle campagne très rapidement. Il faudra surveiller la composition des listes, la position de la majorité sortante et l’éventuelle recomposition autour de l’ancien maire.

En attendant, les élus restent aux affaires. À Wittelsheim, la bataille électorale n’est donc pas terminée. Elle se poursuit d’abord devant la justice, puis pourrait reprendre dans les urnes.

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