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ACTUALITé NATIONALE Cours perdus, réponse sous pression

Quand les cours sautent au lycée, le renfort de 3 000 remplaçants peut-il rétablir les apprentissages des élèves ?

Face aux cours non assurés, le ministre annonce 3 000 remplaçants pour les lycées les plus touchés, ainsi que des recrutements et des heures supplémentaires. Reste à savoir si ces moyens permettront de couvrir les besoins, établissement par établissement.

Salle de classe de lycée vide, avec des tables d’élèves alignées face au tableau et aucune personne présente.
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En bref

Le ministre de l’Éducation nationale annonce le déploiement de 3 000 enseignants remplaçants vers les lycées les plus en difficulté, avec des recrutements possibles au-delà des plafonds et des heures supplémentaires pour les volontaires. L’efficacité du plan dépendra des personnels réellement disponibles, des disciplines couvertes et du nombre de cours effectivement rétablis pour les élèves.

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Comment avancer dans le programme quand les cours disparaissent de l’emploi du temps, faute de professeur ? Pour les lycéens mobilisés, le remplacement des enseignants absents constitue une question concrète, à laquelle le gouvernement promet une réponse rapide.

Une urgence scolaire devenue un enjeu politique

Le jeudi 8 octobre, la quatrième journée de contestation lycéenne a réuni 71 500 personnes en France, dont 24 500 à Paris, selon le ministère de l’Intérieur. Dans l’après-midi, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a reçu les trois principales organisations lycéennes avec Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur.

Le soir, Édouard Geffray a annoncé un « plan d’urgence » pour les lycées les plus touchés par les cours non assurés. Son objectif : mobiliser des enseignants déjà disponibles, autoriser davantage de recrutements et financer des remplacements supplémentaires.

Cette réponse intervient dans un système qui distingue deux situations. Au collège et au lycée, les établissements organisent les remplacements courts. Pour les absences de quinze jours ou davantage, les services académiques mobilisent notamment des titulaires sur zone de remplacement, les TZR, ou des contractuels. Le ministère détaille cette répartition dans sa présentation de l’organisation du remplacement des enseignants.

Cette distinction compte pour les familles. Une heure annulée ponctuellement et plusieurs semaines sans professeur n’appellent pas les mêmes moyens. Le plan annoncé combine donc plusieurs leviers, sans que leur répartition précise soit encore détaillée.

3 000 remplaçants annoncés, pas 3 000 nouveaux postes

Édouard Geffray promet l’affectation de 3 000 professeurs remplaçants, jusque-là sans élèves devant eux, « dans les prochaines heures ». Il s’agit donc de mobiliser des personnels existants, et non d’annoncer 3 000 recrutements supplémentaires.

Pour cibler les besoins, le ministre évoque un logiciel demandé un an auparavant. Cet outil aurait permis d’identifier, en début d’année scolaire, 114 lycées classés « rouges » et 400 classés « orange ». Ces catégories correspondent, dans sa présentation, à des établissements connaissant des difficultés importantes.

Cependant, les annonces ne précisent pas les seuils utilisés pour ce classement. Elles ne détaillent pas non plus la répartition des 3 000 enseignants par académie, discipline ou établissement. Or ces informations permettront de comprendre quels élèves bénéficieront effectivement du renfort.

Deux autres mesures complètent le dispositif. Les recteurs, responsables de l’Éducation nationale dans les académies, pourront recruter au-delà des plafonds jusqu’ici fixés. Les chefs d’établissement disposeront aussi de « plusieurs centaines de milliers d’heures supplémentaires » pour rémunérer des professeurs volontaires assurant des remplacements courts.

Le premier levier desserre une contrainte administrative sur les recrutements. Le second augmente les possibilités d’intervention des équipes présentes. Mais ni l’autorisation de recruter ni une enveloppe d’heures ne garantissent, seules, la présence immédiate du professeur nécessaire.

Le défi : trouver le bon enseignant au bon endroit

Le remplacement ne se résume pas à un total national. Un professeur disponible doit pouvoir rejoindre l’établissement concerné et assurer l’enseignement attendu. Les besoins dépendent donc des disciplines, des distances et des emplois du temps.

Un précédent éclaire cette difficulté. Dans son rapport de juin 2025 sur les moyens consacrés au remplacement, le Sénat recensait 27 464 enseignants affectés à ces missions dans le second degré pour 2024-2025. Pourtant, une partie occupait des postes à l’année : les effectifs affichés ne correspondaient donc pas entièrement à une réserve mobilisable.

Ce constat invite à distinguer les enseignants administrativement affectés au remplacement de ceux effectivement disponibles. Le même rapport soulignait aussi la charge de travail que représente, pour les rectorats, le recrutement de contractuels sur de courtes périodes.

Les établissements prioritaires doivent bénéficier du déploiement annoncé. Toutefois, l’évaluation devra également regarder les autres lycées : renforcer les situations les plus dégradées ne suffira pas à mesurer l’amélioration générale du service.

Pour les élèves, la question décisive reste la continuité des apprentissages. Une présence adulte ou une séance dans une autre matière ne répond pas nécessairement au retard accumulé dans la discipline concernée. Il faudra donc examiner les cours réellement rétablis, pas seulement les heures couvertes.

Heures supplémentaires : une solution qui dépend des équipes

Le recours aux enseignants volontaires prolonge une politique engagée avec le Pacte enseignant en 2023. Ce dispositif rémunère des missions supplémentaires, notamment le remplacement court. Le ministère présente les heures supplémentaires comme un moyen complémentaire, notamment pour les ajustements en cours d’année.

Pour les directions, l’enveloppe annoncée offre davantage de souplesse. Pour les professeurs volontaires, elle ouvre une possibilité de rémunération supplémentaire. Cependant, son efficacité dépend du nombre de personnels disponibles et de leur capacité à ajouter des heures à leur service.

Le SNES-FSU défend une autre priorité : préserver les conditions d’un enseignement de qualité et les droits des personnels. Dans son analyse des plans de remplacement de courte durée, le syndicat critique les contraintes liées au Pacte et les interventions sporadiques. Cette position préexistante ne constitue pas une réaction aux annonces du 8 octobre.

Le désaccord porte ainsi sur les moyens, davantage que sur l’objectif. Le gouvernement cherche une réponse immédiatement mobilisable. Le syndicat met en avant les limites d’une organisation reposant sur des missions supplémentaires. Selon les disponibilités locales, les établissements ne pourront pas utiliser ces crédits avec la même facilité.

Le 13 octobre, premier rendez-vous après les annonces

Le gouvernement mise également sur la consultation. Édouard Geffray annonce 66 000 contributions sur la plateforme ouverte aux lycéens le lundi soir. Ce nombre mesure la participation, mais ne précise ni le nombre de contributeurs distincts ni les demandes les plus fréquentes.

Une nouvelle journée de mobilisation et de grève est annoncée pour le 13 octobre par l’intersyndicale étudiante et professionnelle. D’ici là, les premières affectations promises permettront d’observer le passage des annonces aux établissements. Trois points seront déterminants : les disciplines couvertes, les délais d’arrivée et les heures de cours effectivement rétablies.

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