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ÉCONOMIE & SOCIéTé Cours perdus, réponse sous pression

Cours sans professeur : l’arrivée de 3 000 remplaçants suffira-t-elle à réduire les inégalités entre établissements ?

Édouard Geffray annonce l’affectation de 3 000 professeurs remplaçants dans les établissements les plus en difficulté. La mesure doit répondre aux cours non assurés, mais son impact dépendra des postes réellement pourvus et des disciplines concernées.

Salle de classe de lycée vide, tables et chaises disposées pour un cours interrompu, avec un bureau près du tableau effacé.
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En bref

Le ministre de l’Éducation nationale annonce 3 000 affectations de remplaçants dans les établissements où le manque d’enseignants est jugé très préoccupant. Les données disponibles montrent que les heures perdues varient fortement d’un établissement à l’autre. Pour les élèves, l’enjeu sera de vérifier si les affectations rétablissent effectivement les cours et réduisent ces écarts.

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Comment suivre un programme quand des cours disparaissent de l’emploi du temps faute de professeur ? Pour les lycéens concernés, l’urgence consiste d’abord à retrouver un enseignement régulier, sans accumuler davantage de retard.

Après une nouvelle journée de mobilisation lycéenne, jeudi 8 octobre, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, annonce l’affectation de 3 000 professeurs remplaçants. Cette réponse vise les établissements confrontés aux difficultés les plus fortes. Mais son efficacité dépendra des affectations réelles, matière par matière.

Une réponse rapide pour les établissements les plus en difficulté

Le ministre a présenté cette mesure lors d’une intervention télévisée. Les enseignants doivent rejoindre des établissements dans des situations « très problématiques » concernant le manque de professeurs. Il annonce des affectations entre « vendredi et mardi », soit du 9 au 13 octobre 2026.

Pour identifier les établissements prioritaires, le ministère s’appuie sur un logiciel en cours de déploiement. L’objectif annoncé consiste à mieux repérer les besoins, puis à orienter les remplaçants vers les situations les plus urgentes.

Édouard Geffray ajoute qu’il va « autoriser les recteurs à recruter plus que ce qui est autorisé là où nous avons des besoins ». Les recteurs, responsables de l’Éducation nationale dans les académies, disposeraient ainsi d’une marge supplémentaire pour embaucher.

Il faut cependant distinguer les deux annonces. Affecter 3 000 remplaçants ne signifie pas nécessairement recruter 3 000 nouveaux enseignants. Le ministre évoque, d’une part, des affectations et, d’autre part, une autorisation de recrutement accrue. Il ne détaille pas leur répartition respective.

Les premiers bénéficiaires attendus sont les élèves des établissements prioritaires. Pour leurs équipes de direction, l’enjeu sera de transformer rapidement une décision nationale en emplois du temps complets.

Le manque de cours dépasse les seules absences imprévues

Le remplacement recouvre plusieurs réalités. Un professeur peut manquer quelques jours, partir en congé prolongé ou laisser un poste vacant. Ces situations ne mobilisent ni les mêmes personnels ni la même organisation.

Le ministère distingue notamment les absences courtes, inférieures à quinze jours, des besoins plus longs. Les premières relèvent principalement de l’organisation interne du collège ou du lycée. Les seconds nécessitent l’intervention des services académiques et de leurs personnels remplaçants.

Depuis la rentrée 2023, le Pacte enseignant rémunère des missions supplémentaires assurées par des volontaires. Pour le remplacement de courte durée, il prévoit 1 250 euros bruts pour dix-huit heures. Ce dispositif complète les autres moyens de remplacement, sans constituer un recrutement supplémentaire. Le ministère détaille ces règles dans sa présentation de l’organisation du remplacement des enseignants.

La difficulté tient aussi à l’utilisation des personnels disponibles. Dans un rapport publié en 2025, le Sénat souligne que de nombreux remplaçants occupent déjà des postes à l’année. Ils ne peuvent donc plus intervenir lorsqu’une nouvelle absence survient. Le rapport sénatorial sur les moyens de remplacement décrit ce rétrécissement du vivier réellement mobilisable.

Cette contrainte éclaire l’annonce ministérielle : mieux localiser les besoins peut faciliter les affectations. Cela ne suffit toutefois pas à rendre disponible un enseignant déjà chargé d’une classe.

Des pertes de cours très inégales selon les établissements

Les données publiques donnent la mesure du problème. En 2024-2025, les établissements publics du second degré ont perdu 9,8 % des heures d’enseignement prévues. Le non-remplacement des enseignants absents représente 7,5 points ; les fermetures totales d’établissement, 2,3 points. L’enquête couvre la France hors Mayotte.

Ces chiffres ne mesurent donc pas uniquement une pénurie de recrutement. Les fermetures peuvent notamment correspondre à l’organisation d’examens, aux intempéries ou à des problèmes de sécurité. Confondre ces causes empêcherait d’évaluer précisément l’effet des remplaçants annoncés.

Surtout, la moyenne nationale masque de grands écarts. Les 10 % d’établissements les plus touchés perdent en moyenne 19 % de leurs heures. À l’autre extrémité, les 10 % les moins concernés en perdent 3 %. La note de la DEPP sur les heures d’enseignement non assurées, le service statistique du ministère, documente ces différences.

L’origine sociale compte également. Dans les établissements les plus défavorisés, le non-remplacement représente 8 % des heures prévues, contre 7 % dans les plus favorisés. Prioriser certains établissements peut donc réduire une inégalité mesurable, à condition que les critères d’affectation correspondent aux pertes réellement subies.

Une meilleure gestion, mais aussi une bataille sur les moyens

Le gouvernement met en avant deux leviers : mieux identifier les urgences et desserrer les limites de recrutement. Les services académiques gagneraient une marge de décision. Les établissements ciblés pourraient, eux, retrouver plus rapidement des cours.

Le SNES-FSU défend une autre priorité : disposer durablement de personnels suffisamment nombreux. Dans son enquête de rentrée 2026, le syndicat affirme qu’au moins un professeur manque dans 53 % des collèges et lycées concernés par son enquête. Ce résultat syndical ne doit pas se confondre avec une statistique exhaustive du ministère.

Le syndicat critique également le non-renouvellement de contrats à durée déterminée dans les rectorats. Sa position sur les pénuries d’enseignants à la rentrée 2026 met ainsi l’accent sur la continuité des recrutements. Cette revendication concerne à la fois la stabilité professionnelle des contractuels et la continuité des cours pour les élèves.

L’opposition entre gestion et moyens n’épuise donc pas le sujet. Un outil peut améliorer l’information disponible ; les autorisations budgétaires conditionnent les embauches ; la disponibilité des candidats conditionne leur réalisation.

La première échéance sera le mardi 13 octobre, terme du calendrier annoncé. Il faudra alors regarder combien de professeurs ont effectivement rejoint les établissements, dans quelles disciplines et pour quelle durée. Ensuite, l’indicateur décisif sera le nombre de cours rétablis, pas seulement celui des décisions d’affectation.

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