Départ dès 60 ans et financement incertain : ce que la réforme des retraites du RN devra prouver aux futurs retraités
Marine Le Pen défend un départ entre 60 et 62 ans, modulé selon l’âge de début de carrière, avec 40 à 42 annuités pour une pension à taux plein. Le financement annoncé repose notamment sur davantage d’emplois et 15 à 20 milliards d’euros d’économies, encore à détailler.

Marine Le Pen prévoit de détailler le 17 novembre un projet permettant un départ entre 60 et 62 ans, selon l’âge d’entrée dans la vie active, avec 40 à 42 annuités pour le taux plein. Elle mise sur une hausse de l’emploi et évoque 15 à 20 milliards d’euros d’économies, mais les mesures précises et leur capacité à financer la réforme restent à éclaircir.
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Partir plus tôt à la retraite, mais à quelles conditions et avec quelle pension ? Derrière la promesse d’un départ entre 60 et 62 ans, deux questions restent décisives : la durée de carrière exigée et le financement.
Marine Le Pen annonce pour le 17 novembre 2026 une présentation détaillée de son projet. Son pari : augmenter l’activité, notamment chez les jeunes, pour financer des départs plus précoces. Mais une hausse du nombre d’actifs ne produit pas automatiquement davantage de cotisations.
Un départ entre 60 et 62 ans, selon le début de carrière
Lors d’une conférence de presse à Bruxelles, mercredi 14 octobre, la candidate du Rassemblement national a promis une réforme présentée « de manière extrêmement précise ». Elle avait reporté ces précisions lors de la présentation de son programme budgétaire, la semaine précédente.
Le principe annoncé combine deux critères. D’abord, un âge légal compris entre 60 et 62 ans, selon l’âge d’entrée sur le marché du travail. Ensuite, une durée de cotisation de 40 à 42 annuités, soit autant d’années, pour obtenir une pension à taux plein.
Cette distinction compte. L’âge légal ouvre le droit de demander sa retraite. Le taux plein signifie que la pension ne subit pas de décote, cette réduction liée à une durée d’assurance insuffisante. Il ne garantit donc pas, à lui seul, une pension élevée.
Marine Le Pen oppose ainsi le parcours d’un plâtrier ou d’un carreleur ayant commencé avant 20 ans à son expérience d’ancienne avocate, entrée dans la vie professionnelle à 23 ans. La logique revendiquée favorise les carrières commencées tôt, plutôt qu’un même âge de départ pour tous.
Toutefois, les seuils précis manquent encore. L’annonce ne permet pas de savoir comment s’articuleraient chaque âge de début de carrière, chaque durée exigée et chaque possibilité de départ.
L’emploi des jeunes, pièce centrale du financement
Pour financer cette réforme, Marine Le Pen veut augmenter le taux d’activité. Cet indicateur rassemble les personnes qui travaillent et celles qui recherchent un emploi. Il diffère donc du taux d’emploi, qui mesure uniquement la part des personnes occupant effectivement un poste.
Cette différence change la lecture de la promesse. Dans un système par répartition, les cotisations des actifs financent les pensions versées aux retraités. Davantage de personnes en recherche d’emploi ne signifie pas immédiatement davantage de recettes : il faut aussi des embauches et des salaires soumis à cotisation.
La candidate cible particulièrement les jeunes. Elle avance un âge moyen d’accès à un emploi stable de 27 ans en France, contre 24 ans en Allemagne. Cette comparaison soutient son argument politique. Mais elle ne précise ni la définition de l’emploi stable retenue ni les mesures qui permettraient de réduire cet écart.
Le raisonnement suppose donc plusieurs étapes : faciliter l’entrée dans l’emploi, accroître les recettes, puis financer les nouveaux droits à retraite. Le calendrier sera déterminant. Des dépenses peuvent commencer dès l’ouverture de départs anticipés, tandis que les recettes attendues dépendent des créations d’emplois réellement obtenues.
Les seniors aussi pèsent dans l’équation
Le débat ne concerne cependant pas seulement les débuts de carrière. Selon les données de la Dares sur l’emploi des seniors en 2025, 61,7 % des personnes de 55 à 64 ans occupent un emploi, soit 1,3 point de plus en un an. Cette proportion progresse presque continûment depuis 2000.
Les réformes précédentes éclairent le dilemme. Dans son rapport d’avril 2025 sur les retraites et l’emploi, la Cour des comptes relie l’augmentation de l’emploi des seniors aux réformes allongeant les carrières. Elle souligne néanmoins que leurs effets dépendent de la capacité des salariés à rester en poste.
Ces effets sont inégaux. Pour les ouvriers, le recul de l’âge moyen de départ s’est traduit à 66 % par du temps supplémentaire en emploi. Cette proportion dépasse 85 % pour les cadres et les professions intermédiaires, selon la Cour. Travailler plus longtemps ne représente donc pas la même réalité selon le métier et la santé.
Un départ plus précoce peut bénéficier aux travailleurs ayant commencé jeunes. À l’inverse, les personnes entrées tard dans l’emploi ou ayant connu des interruptions devront examiner les règles de validation des périodes sans travail. Le traitement du chômage, de la maladie et des interruptions familiales sera essentiel pour apprécier leur situation.
Un désaccord politique qui dépasse l’âge de départ
Marine Le Pen cherche aussi à se distinguer de Jean-Luc Mélenchon. Elle refuse de promettre à tous une retraite pleine à 60 ans. Cette opposition mérite toutefois une précision : le contre-projet de retraites publié par La France insoumise associe lui aussi le départ à 60 ans à une condition de durée, fixée à 40 annuités.
La divergence porte donc sur les conditions d’accès autant que sur l’âge affiché. Le RN défend une modulation selon le commencement de la carrière. LFI propose un droit au départ à 60 ans avec une durée commune de cotisation. Dans les deux cas, les carrières longues et complètes occupent une place centrale.
Reste la répartition de l’effort financier. Le Conseil d’orientation des retraites distingue plusieurs leviers d’équilibre : dépenses de pension, cotisations et âge de départ. Chacun touche différemment les retraités, les salariés et les employeurs. Les gains d’emploi attendus doivent s’apprécier dans cet ensemble, et non isolément.
Le 17 novembre, l’épreuve des chiffres
Une autre inconnue concerne les 15 à 20 milliards d’euros d’économies évoqués par Marine Le Pen la semaine précédente. Elle les attribue à la correction de mesures jugées injustes ou inefficaces. Le 14 octobre, elle n’en a pas détaillé la composition.
La présentation du 17 novembre devra donc préciser les bénéficiaires, le calendrier et les économies envisagées. Surtout, elle permettra d’examiner si les mêmes recettes peuvent financer des départs plus précoces tout en réduisant le déficit : deux objectifs annoncés, dont l’articulation reste à démontrer.



