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ÉCONOMIE & SOCIéTé Orientation, sélection et notes sous tension

Pourquoi l’orientation scolaire et Parcoursup alimentent le malaise des lycéens au-delà des blocages

Les blocages ne résument pas les inquiétudes des lycéens : orientation, sélection dans le supérieur et poids des notes nourrissent le débat. Les données sur la réussite en licence éclairent les limites des réponses politiques avancées.

Des bulletins scolaires anonymisés sont posés sur une table, devant des rangées de tables et un tableau de classe.
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En bref

Le débat sur la mobilisation lycéenne dépasse le nombre d’établissements bloqués : il porte aussi sur l’accompagnement des choix d’études, le poids des notes et la réussite à l’université. Les chiffres montrent des parcours variés, tandis que les propositions sur le redoublement restent contestées au regard des recherches sur ses effets.

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Une baisse du nombre de lycées bloqués signifie-t-elle que les inquiétudes des élèves disparaissent ? Derrière la mobilisation, deux questions touchent directement les familles : comment choisir ses études et quelle place donner aux notes ?

Gabriel Attal place ces sujets au centre de sa réponse. Le 15 octobre, le candidat Renaissance à l’élection présidentielle appelle au dialogue avec les lycéens et les étudiants. Il défend aussi une intervention des forces de l’ordre, sans en faire la seule réponse politique.

Au-delà des blocages, la question de l’orientation

Pour l’ancien ministre de l’Éducation nationale, compter les établissements bloqués ne suffit pas à mesurer le mouvement. Il identifie deux ressorts du malaise : l’orientation vers le supérieur et la pression du contrôle continu. Certains jeunes, souligne-t-il, se retrouvent seuls devant Parcoursup.

Cette plateforme organise les candidatures en première année d’enseignement supérieur. Mais elle ne décide pas seule des admissions : les équipes des formations examinent les dossiers et établissent leurs classements. Lorsque les demandes dépassent les places disponibles, leurs critères deviennent déterminants. La contrainte ne relève donc pas uniquement de l’outil informatique. Elle tient aussi aux capacités d’accueil. Les règles d’examen des candidatures sur Parcoursup détaillent ce fonctionnement.

Face à ces choix, tous les candidats ne disposent pas du même soutien. La Cour des comptes relève notamment l’isolement d’élèves des catégories populaires. Elle souligne aussi le poids des déterminants sociaux et territoriaux, ainsi que les insuffisances de la formation des enseignants à l’orientation. Une information disponible en ligne ne garantit donc pas un accompagnement égal.

Le bénéfice attendu d’un accompagnement renforcé concerne d’abord ceux qui connaissent le moins les filières. Pour les établissements du supérieur, l’enjeu consiste aussi à accueillir des étudiants mieux informés sur les exigences des formations. Ces deux objectifs peuvent se rejoindre, sans supprimer la concurrence pour les places.

Les notes, entre travail régulier et pression permanente

Gabriel Attal met également en cause la pression liée au contrôle continu. Il estime que l’enjeu attaché aux résultats encourage une hausse des notes et brouille leur signification. Cette appréciation constitue son diagnostic politique, pas une mesure chiffrée de l’évolution des pratiques enseignantes.

Dans les voies générale et technologique, le contrôle continu représente 40 % de la note finale du baccalauréat, hors options. Les épreuves terminales comptent pour 60 %. Le ministère défend un objectif : valoriser le travail régulier plutôt que tout faire dépendre des examens. Des commissions académiques harmonisent les moyennes retenues pour le diplôme.

Il faut toutefois distinguer deux mécanismes. Pour le bac, les moyennes de certains enseignements entrent dans le calcul du diplôme. Pour Parcoursup, les formations disposent notamment des bulletins de première et du début de terminale, avec notes, appréciations et positionnement dans le groupe. Une même évaluation peut ainsi peser dans le dossier d’orientation sans compter directement pour le bac.

Le SNES-FSU, syndicat des enseignants du second degré, formule une critique différente de celle d’Attal. Il insiste sur la transformation de la relation pédagogique : les professeurs doivent accompagner les apprentissages tout en produisant des résultats utilisés pour départager les candidats. Le syndicat défend ainsi leur liberté pédagogique et conteste la concurrence scolaire liée à cette sélection.

Deux intérêts apparaissent donc clairement. Le ministère entend reconnaître la régularité des élèves. Le syndicat cherche à préserver la fonction d’apprentissage des évaluations. Pour les lycéens, la difficulté consiste à pouvoir progresser sans considérer chaque mauvaise note comme une porte définitivement fermée.

Réussite universitaire : ce que disent vraiment les chiffres

Le débat prend aussi une dimension électorale. Gabriel Attal accuse Jean-Luc Mélenchon d’instrumentaliser la mobilisation et de promettre un accès au bac puis à l’université sans exigence suffisante. Il s’agit d’une attaque politique : elle ne constitue pas, à elle seule, une présentation du programme de son adversaire.

Pour défendre sa position, Attal invoque les difficultés à terminer une licence. Les données ministérielles permettent de préciser le constat. Parmi les bacheliers 2020 entrés immédiatement en première année de licence, quatre sur dix ont obtenu cette licence en trois ou quatre ans. La proportion atteint 46 % chez les bacheliers généraux et 70 % chez les titulaires d’une mention très bien.

Cependant, ne pas obtenir une licence dans ce délai ne signifie pas nécessairement quitter le supérieur sans diplôme. Une autre étude ministérielle montre que plus de la moitié des bacheliers entrés en licence détiennent un diplôme du supérieur quatre ans après. Les réorientations modifient donc le bilan. Les parcours varient aussi selon le niveau scolaire initial et l’origine sociale.

Le redoublement, une réponse contestée aux difficultés

Gabriel Attal étend enfin son raisonnement au primaire. Il souhaite empêcher l’entrée en sixième d’un élève qui ne sait pas lire. Il défend ainsi une exigence de maîtrise des bases avant le collège et revendique son action passée sur le redoublement.

Mais l’objectif et le moyen doivent se distinguer. Le Conseil scientifique de l’Éducation nationale rappelle que le redoublement n’avait pas disparu. Sa synthèse de recherche décrit des progrès parfois modestes à court terme, puis des effets globalement défavorables, avec davantage de décrochage et moins de chances d’obtenir un diplôme.

Les travaux du Cnesco invitent plutôt à développer des réponses ciblées : tutorat, rattrapage et accompagnement des difficultés. L’enjeu concerne particulièrement les élèves fragiles : éviter un passage sans soutien, mais aussi une année supplémentaire qui répéterait les mêmes difficultés.

La prochaine étape du dialogue avec les organisations lycéennes devra donc préciser les réponses envisagées. Trois points permettront d’en mesurer la portée : l’accompagnement à l’orientation, les règles d’évaluation et le soutien concret aux élèves en difficulté. Le nombre de blocages ne dira pas, à lui seul, si ces réponses répondent aux attentes.

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