Fermer des filières pour rapprocher les études de l’emploi : le pari de Gabriel Attal face aux inquiétudes des jeunes
Gabriel Attal propose de réorienter l’offre universitaire vers les besoins du marché du travail et d’envisager la fermeture de filières aux mauvais résultats. Cette approche soulève des questions sur les critères retenus, les moyens des établissements et l’accès aux études.

Gabriel Attal défend une adaptation de l’enseignement supérieur aux besoins de l’emploi et propose de fermer les filières jugées peu performantes en matière de décrochage ou d’insertion. Les critères, les solutions pour les étudiants concernés et les moyens accordés aux établissements restent déterminants pour savoir si cette orientation élargirait les débouchés ou réduirait l’accès à certaines
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Comment choisir ses études quand un diplôme ne garantit pas un emploi et que certaines formations pourraient fermer ? Derrière les propositions de Gabriel Attal, deux questions concrètes : quelles portes resteront ouvertes aux jeunes, et avec quels moyens ?
La jeunesse au cœur d’une bataille politique
Le 15 octobre 2026, Gabriel Attal défend une réorientation de l’enseignement supérieur vers les besoins du marché du travail. Ancien Premier ministre, passé pendant six mois par le ministère de l’Éducation nationale, le secrétaire général de Renaissance veut incarner la jeunesse dans la campagne présidentielle.
Mais cette ambition rencontre une contestation immédiate. Depuis trois semaines, des lycéens manifestent pour réclamer davantage de moyens. Leur mobilisation pose la question des conditions d’études, tandis que Gabriel Attal met l’accent sur les débouchés professionnels.
Les deux enjeux se rejoignent sans se confondre. Améliorer l’accès à l’emploi suppose d’interroger les formations. Répondre au manque de places et aux difficultés d’apprentissage implique aussi de regarder leurs ressources.
Pour mesurer l’effort collectif, la dépense d’éducation atteint 199,2 milliards d’euros en 2025, soit 6,7 % du produit intérieur brut. Ce total couvre tout le système éducatif, pas seulement les universités. L’État en finance 55 %, les collectivités territoriales 23 % et les ménages 8 %, selon les données de la Depp sur le financement de l’éducation.
Fermer des formations : selon quels critères ?
« On doit adapter l’offre de formation à la réalité du marché du travail », affirme Gabriel Attal. Il invoque notamment les transformations liées à l’intelligence artificielle et conteste l’idée qu’un master suffirait à assurer un emploi.
Sa proposition vise la fermeture de filières présentant de mauvais résultats en matière de décrochage ou d’insertion professionnelle. Le décrochage désigne l’abandon des études avant leur terme ; l’insertion mesure l’accès à l’emploi après la formation.
Ces indicateurs répondent toutefois à des questions différentes. Une formation peut perdre beaucoup d’étudiants avant le diplôme, mais offrir de bons débouchés aux diplômés. À l’inverse, un cursus peut conduire jusqu’au diplôme sans faciliter une embauche rapide. Les réunir sous un même critère de fermeture demanderait donc des précisions.
Les statistiques confirment des difficultés, sans autoriser un verdict général sur le master. Parmi les diplômés français de 2024, hors enseignement, qui ne poursuivent pas leurs études en France, 69,3 % occupent un emploi salarié en France dix-huit mois après leur diplôme. Le taux atteint 87,3 % pour les masters enseignement, selon le bilan ministériel de l’insertion des diplômés de master.
Attention, cet indicateur porte sur l’emploi salarié en France. Il ne faut donc pas lire son complément comme un taux de chômage : les emplois indépendants ou exercés à l’étranger n’entrent pas dans ce même périmètre. Le ministère souligne ces différences de mesure dans la présentation du dispositif statistique InserSup.
Des effets différents selon les étudiants et les territoires
La logique défendue par Gabriel Attal privilégie les formations capables de démontrer leurs débouchés. Elle entend servir les jeunes en limitant les parcours sans perspective, ainsi que les employeurs recherchant certaines compétences.
Mais une fermeture ne répondrait pas, à elle seule, au problème d’orientation. Il faudrait préciser où les étudiants concernés pourraient se former, combien de places alternatives ouvriraient et comment accompagner une éventuelle mobilité.
L’enjeu serait particulièrement sensible pour ceux qui disposent de peu de ressources. Fermer un cursus proche du domicile pourrait leur imposer un déménagement, contrairement aux étudiants capables de financer une formation ailleurs.
Cette contrainte sociale dépasse le seul choix d’une discipline. Une étude du Céreq montre que près de la moitié des jeunes d’origine modeste déclarent avoir arrêté leurs études pour des motifs extrascolaires. Difficultés financières, problèmes familiaux, distance ou logement figurent parmi ces raisons, contre environ un quart chez les jeunes issus de ménages à dominante cadre.
Avant d’attribuer un décrochage au contenu d’une formation, il faudrait donc distinguer ses causes. Un mauvais résultat peut appeler une transformation pédagogique, un accompagnement matériel ou une réorganisation. La fermeture représente une réponse possible, pas un diagnostic.
Le fonctionnement, une dépense vraiment opposée à l’avenir ?
Gabriel Attal associe cette orientation à une proposition budgétaire. Dans une lettre aux Français publiée le 15 octobre, où il critique le bilan d’Emmanuel Macron, il défend une « double règle d’or » : les dépenses de fonctionnement ne pourraient plus dépasser les dépenses d’avenir.
La formule affiche une priorité : contenir les dépenses courantes pour privilégier ce qui prépare le futur. Mais elle laisse ouverte une question centrale : que recouvre exactement une dépense d’avenir ?
Pour les universités, l’opposition entre fonctionnement et avenir mérite précisément discussion. En février 2025, Hélène Boulanger, vice-présidente de France Universités, insistait sur les besoins de financements récurrents des établissements. Cette organisation représente leurs dirigeants : elle défend leurs moyens et leur capacité à assurer leurs missions. Son argument oppose aux seules économies la nécessité de faire fonctionner durablement l’enseignement supérieur.
Le désaccord porte donc autant sur la méthode que sur l’objectif. Gabriel Attal privilégie l’efficacité des formations et la discipline budgétaire. Les responsables universitaires soulignent les ressources nécessaires pour enseigner. Les lycéens mobilisés réclament, eux, davantage de moyens immédiats.
Les précisions qui permettront de juger le projet
Dans les prochaines semaines, plusieurs éléments permettront d’évaluer ces propositions : la liste des formations visées, les seuils retenus et les solutions prévues pour leurs étudiants. Le classement des dépenses d’éducation dans la règle budgétaire sera tout aussi décisif. Sans ces précisions, impossible de mesurer combien de places changeraient, quels établissements seraient concernés et qui supporterait concrètement l’effort.



