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ANALYSES & OPINIONS Sécurité des sites, limites de la mission

Manifestations du 24 octobre : Sentinelle protège les sites, mais qui prend en charge les cortèges et les limites du dispositif ?

Le déploiement de militaires de Sentinelle doit sécuriser des gares et des aéroports afin de libérer des policiers pour les manifestations. Cette répartition des rôles soulève des questions de coordination et de disponibilité des armées.

Gros plan sur des mains actionnant un portique d’accès aux quais dans un vaste hall de gare aux traces d’usure.
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En bref

Pour les manifestations du 24 octobre, les militaires de l’opération Sentinelle doivent protéger des sites sensibles, comme des gares ou des aéroports. Ce renfort peut dégager des policiers pour encadrer les cortèges, mais ne confie pas aux soldats cette mission de maintien de l’ordre. Il pose aussi la question de la coordination et du temps militaire mobilisé.

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Voir des soldats dans une gare un jour de manifestation signifie-t-il que l’armée intervient contre les manifestants ? Pour le samedi 24 octobre, la distinction est centrale : protéger certains sites doit permettre de mobiliser davantage de policiers ailleurs.

Après les violences du 17 octobre, les militaires de l’opération Sentinelle doivent assurer la surveillance de zones sensibles, notamment des gares et des aéroports. Leur mission ne consiste pas à encadrer les cortèges. Ce renfort pose néanmoins une question concrète : comment libérer des effectifs policiers sans brouiller les responsabilités entre sécurité intérieure et défense ?

Sentinelle : protéger des sites, pas disperser des cortèges

L’opération Sentinelle naît en janvier 2015, après les attentats qui frappent la France. Sa vocation première est la protection du territoire face à la menace terroriste. Elle repose sur des unités militaires qui interviennent en complément des forces de sécurité intérieure, et non à leur place dans toutes leurs missions.

Sur le terrain, les militaires conservent leur propre chaîne de commandement. Le chef de section organise la sécurisation et dialogue avec les policiers, les gendarmes et les maires. Cette coordination fait partie du fonctionnement présenté par le ministère des Armées sur les missions de Sentinelle.

Pour le 24 octobre, le principe annoncé repose donc sur une répartition des tâches. Les soldats surveillent des sites éloignés des cortèges. Les policiers et les gendarmes ainsi dégagés peuvent se concentrer sur la sécurité des manifestations. Ce dispositif augmente les moyens disponibles sans confier aux militaires de Sentinelle la gestion des rassemblements.

La différence n’est pas seulement une question de vocabulaire. Garder une infrastructure et gérer les mouvements d’une foule constituent deux missions distinctes. Présenter ce renfort comme un déploiement de l’armée face aux manifestants ferait disparaître la limite sur laquelle repose précisément son organisation.

Un renfort sous autorité civile, dans un cadre précis

L’engagement des armées pour les besoins de sécurité civile passe par une réquisition légale : une demande formelle de l’autorité compétente. Le code de la défense encadre ainsi le recours aux forces armées sur le territoire national. Leur présence ne transfère donc pas automatiquement les responsabilités civiles aux militaires.

La doctrine prévoit également de recourir aux armées lorsque les moyens civils sont indisponibles, inadaptés, inexistants ou insuffisants. L’autorité civile définit l’effet recherché ; le commandement militaire détermine les moyens nécessaires. Ce partage exige une préparation commune, notamment pour évaluer les menaces et les risques.

Dans ce cadre, l’enjeu pratique dépasse le nombre de soldats déployés. Il faut déterminer les sites concernés, leurs périmètres et les interlocuteurs à joindre. Il faut aussi prévoir la réaction des différents services si des violences se rapprochent d’un lieu protégé. Une séparation des missions sur le papier ne dispense pas d’organiser leurs points de contact.

Pour les voyageurs et les salariés des infrastructures concernées, la priorité reste la protection des lieux fréquentés quotidiennement. Pour les manifestants, elle tient aussi à la lisibilité du dispositif : savoir quelles forces encadrent le rassemblement et lesquelles remplissent une autre fonction.

Une solution déjà utilisée, avec un bénéfice immédiat pour la police

Ce mécanisme possède un précédent récent. En mars 2019, pendant la mobilisation des « gilets jaunes », le ministère de l’Intérieur avait annoncé un renforcement de Sentinelle pour sécuriser les bâtiments officiels et d’autres points fixes. L’objectif consistait déjà à concentrer les forces de sécurité intérieure sur leurs missions propres.

Les mesures annoncées pour les manifestations du 23 mars 2019 montrent ainsi que protéger des sites avec des militaires n’implique pas nécessairement leur présence au contact des cortèges. Le précédent éclaire le mécanisme, sans garantir à lui seul le bon déroulement d’un nouveau déploiement.

Les forces de sécurité intérieure sont les premières bénéficiaires opérationnelles de cette répartition : elles récupèrent des effectifs auparavant affectés à la surveillance. Les responsables politiques favorables au renfort peuvent également mettre en avant une réponse visible aux violences. Après le 17 octobre, Gabriel Attal a notamment soutenu l’idée d’un recours à l’armée.

Mais l’intérêt des différents acteurs ne se confond pas. Pour les armées, limiter la mission à la protection de sites préserve la séparation avec le maintien de l’ordre. Pour les habitants, commerçants ou voyageurs, l’utilité du dispositif dépend surtout de la sécurité obtenue, pas de l’uniforme présent.

Le coût moins visible : la disponibilité des militaires

Le renfort ne crée pas de nouveaux effectifs : il déplace une charge entre institutions. Dans son bilan portant sur 2015-2021, la Cour des comptes soulignait les conséquences durables de Sentinelle sur la préparation opérationnelle de l’armée de Terre. Elle relevait aussi la difficulté à mesurer son effet préventif.

Cette critique apporte une contrepartie au bénéfice immédiat pour la police. Le temps consacré à la sécurité intérieure entre en concurrence avec les autres activités militaires. Dans son rapport sur l’opération Sentinelle, la Cour recommandait de privilégier les missions à forte valeur ajoutée militaire et d’en maîtriser la durée.

Le débat oppose donc deux horizons. À court terme, protéger des sites avec Sentinelle permet de réaffecter des policiers. Dans la durée, multiplier ces substitutions peut installer une dépendance envers des moyens militaires destinés à d’autres engagements. Les avantages immédiats pour un service doivent se lire avec les contraintes supportées par l’autre.

Samedi 24 octobre, les points à surveiller seront la répartition effective des missions, l’éloignement des soldats des cortèges et la coordination entre commandements. Le bilan devra aussi permettre de distinguer les effectifs policiers réellement libérés de la seule visibilité du renfort militaire.

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