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CONFLITS & CRISES L’addition du compromis budgétaire

Budget belge : qui devra payer le redressement des comptes, alors que la coalition de Bart De Wever reste divisée ?

Le roi Philippe refuse la démission de Bart De Wever et relance les négociations sur le budget 2027. Les cinq partis de la coalition doivent s’accorder sur 10 milliards d’euros d’efforts d’ici à 2029, entre économies et nouvelles recettes.

Portrait de Bart De Wever en 2025.
Christian Ursilva from København, Danmark / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Bart De Wever, en 2025.

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En bref

Le roi Philippe maintient Bart De Wever à la tête du gouvernement et lui demande de relancer les discussions budgétaires. Les cinq partis de la coalition doivent trouver 10 milliards d’euros d’ici à 2029, alors qu’ils divergent sur les économies, la TVA et la contribution des ménages les plus aisés. L’accord déterminera aussi les moyens accordés aux services publics, notamment à la santé.

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Qui paiera le redressement des finances belges : les consommateurs, les contribuables les plus aisés ou les usagers des services publics ? Derrière la crise gouvernementale, cette question reste entière.

Le roi Philippe a refusé, vendredi 6 novembre 2026, la démission du Premier ministre Bart De Wever. Il lui demande de reprendre immédiatement les négociations budgétaires. Ce sursis maintient la coalition au pouvoir, mais ne règle aucun des désaccords sur la répartition des efforts.

Un gouvernement maintenu, un compromis encore introuvable

Bart De Wever avait présenté la démission de son gouvernement le lundi 2 novembre. Une dernière réunion nocturne n’avait pas permis de débloquer les discussions sur le budget 2027. Le Palais avait alors suspendu sa décision pour consulter les dirigeants des cinq partis de la majorité.

Cette coalition, surnommée « Arizona », rassemble des formations aux priorités différentes : les nationalistes flamands de la N-VA, les libéraux francophones du Mouvement réformateur, les socialistes flamands de Vooruit, les chrétiens-démocrates du CD&V et les centristes des Engagés.

Après ces consultations, le roi constate que chacun souhaite conclure rapidement. Les cinq présidents ont également pris l’engagement de faire des concessions. Bart De Wever doit présenter un nouveau rapport au souverain le 16 novembre, soit dix jours après cette reprise.

La décision royale offre donc du temps aux négociateurs. Elle ne constitue ni un accord budgétaire ni une validation des mesures envisagées. Les partis doivent encore transformer leur volonté affichée de compromis en décisions communes.

Dix milliards d’euros à trouver, sous contrainte européenne

Les partenaires veulent dégager 10 milliards d’euros d’ici à 2029 pour redresser les comptes publics. Le désaccord porte moins sur l’existence du problème que sur les moyens d’y répondre : réduire les dépenses, augmenter les recettes, ou combiner les deux.

La contrainte dépasse les frontières belges. Dans sa recommandation budgétaire du 20 juin 2025, le Conseil de l’Union européenne a fixé à la Belgique l’objectif de mettre fin à son déficit excessif d’ici à 2029. Cette procédure encadre le retour vers des finances publiques conformes aux règles européennes.

Ces règles imposent une trajectoire, mais ne choisissent pas les contribuables ou les dépenses concernés. Cet arbitrage reste politique. Une baisse des prestations, une économie administrative et une hausse fiscale peuvent améliorer les comptes, sans toucher les mêmes personnes.

Par ailleurs, les intérêts de la dette réduisent les marges disponibles. Devant les députés, jeudi 5 novembre, Bart De Wever a évoqué une facture annuelle de 16 milliards d’euros. Cet argent rémunère les créanciers : il ne finance ni de nouveaux services ni des investissements supplémentaires.

Le problème s’inscrit aussi dans la durée. La présentation de l’économie belge par la direction générale du Trésor souligne notamment le poids du vieillissement démographique et de la charge de la dette. Un compromis ponctuel ne suffit donc pas, à lui seul, à résoudre ces pressions structurelles.

TVA ou dépenses publiques : des effets très différents

La proposition portée par Bart De Wever privilégie les réductions de dépenses publiques, notamment dans la santé. Elle comprend aussi une hausse de la TVA, l’impôt payé lors de nombreux achats. Toutefois, ces pistes restent en négociation : elles ne constituent pas encore des décisions définitives.

Pour comprendre le conflit, il faut regarder qui supporterait chaque mesure. Une hausse de TVA peut renchérir les produits concernés si les entreprises la répercutent dans leurs prix. Son effet dépend donc des biens visés et des compensations éventuelles.

À l’inverse, une économie dans la santé peut prendre des formes très différentes. Réduire un coût de fonctionnement n’équivaut pas à diminuer un remboursement. Pour les patients qui recourent souvent aux soins, cette distinction compte davantage que le montant global annoncé.

Le MR défend une ligne hostile aux nouveaux prélèvements. David Clarinval, ministre de l’Économie, juge les taxes envisagées trop élevées et réclame davantage de réformes des dépenses. Cette position vise à préserver le revenu disponible des contribuables et les marges des entreprises, sans résoudre à elle seule la question des dépenses à réduire.

Les Engagés demandent, eux, une contribution accrue des citoyens les plus aisés. Leur approche cherche à protéger davantage ceux qui disposent de peu de ressources. En contrepartie, elle ferait porter une part plus importante du financement sur les ménages les mieux dotés.

Le désaccord dépasse les frontières de la coalition

Le débat ne se limite pas aux partis gouvernementaux. Dans une analyse publiée le 23 juillet 2026 sur la politique budgétaire Arizona, la Centrale générale de la FGTB critique le poids des mesures sur les ménages. Elle conteste notamment les économies dans la protection sociale et les effets des impôts sur la consommation.

Cette organisation syndicale défend les intérêts des travailleurs et des assurés sociaux. Sa critique porte sur la distribution de l’effort : un redressement comptable peut, selon elle, fragiliser ceux qui dépendent davantage des prestations et des services collectifs.

Le gouvernement met, pour sa part, l’accent sur la nécessité de freiner la dégradation des comptes. Le Palais demande de concilier cohésion sociale et croissance économique. Reste à préciser les mesures capables de rapprocher ces objectifs, plutôt que de simplement les juxtaposer.

Le 16 novembre, un premier test sans garantie de budget

Dans l’immédiat, la continuité des services publics ne dépend pas uniquement d’un accord complet. Bart De Wever a annoncé que 2027 commencerait sous le régime des « douzièmes provisoires ». Ce mécanisme autorise temporairement des dépenses calculées à partir du dernier budget approuvé.

Il permet à l’État de fonctionner, mais ne remplace pas un budget définissant de nouvelles priorités. Le Premier ministre a lui-même qualifié cette perspective d’« échec cuisant pour le gouvernement ».

Le rendez-vous du 16 novembre permettra d’évaluer les concessions réelles des cinq partis. Trois points seront déterminants : le partage entre recettes et économies, les protections prévues pour les ménages fragiles et le calendrier parlementaire. Un rapport au roi marquera une étape politique ; il ne vaudra pas adoption du budget.

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