La gauche face au DOGE d’Alexandre Pointier : reprendre la réforme de l’État pour concilier efficacité et justice sociale et contrer la mainmise de la droite

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Le « Manifeste pour un DOGE de gauche » d’Alexandre Pointier relance la question : la réforme de l’État — inspirée du DOGE américain — peut-elle allier exigence d’efficacité et finalités sociales de la gauche ? La table ronde a mis en évidence la bataille symbolique et technique entre droite/extrême droite et forces progressistes autour de la traque au « gaspillage » et de la redéfinition des missions publiques.

La réforme de l’État serait-elle l’apanage de la droite et de l’extrême droite ? C’est la question qui a dominé la table ronde organisée mardi 27 janvier par la revue Le Grand Continent, autour du « Manifeste pour un DOGE de gauche », rédigé par Alexandre Pointier, inspecteur des finances.

Une référence explicite au « DOGE » américain

Le titre du manifeste renvoie explicitement au département de l’efficacité gouvernementale — acronyme anglais DOGE — créé début 2025 par le président des États-Unis, Donald Trump. Selon les éléments évoqués lors de la conférence, ce dispositif a été, dans un premier temps, placé sous la responsabilité opérationnelle du milliardaire Elon Musk et présenté comme un outil destiné à traquer le « gaspillage » au sein de l’administration américaine.

Dans ce contexte transatlantique, la question posée par les intervenants était double : d’une part, comment articuler exigence d’efficacité et finalités sociales de l’action publique ; d’autre part, si l’offre politique en matière de réforme publique reste majoritairement portée par la droite et l’extrême droite, quelles sont les alternatives proposées par la gauche.

Un thème anciennement politisé en France

Le sujet de la réduction des dépenses et de la « réforme de l’administration » n’est pas nouveau en France. Dès la campagne présidentielle de 2022, Valérie Pécresse, alors candidate pour Les Républicains (LR), proposait la création d’un « comité de la hache » pour s’attaquer à ce qu’elle qualifiait d’« administration administrante ». Cette rhétorique illustrant la volonté de couper dans les effectifs et les structures a trouvé d’autres déclinaisons au cours des années suivantes.

En janvier 2025, Eric Ciotti, président de l’Union des droites pour la République — formation alliée au Rassemblement national — s’était publiquement comparé au dirigeant économique libertaire argentin Javier Milei. Ses déclarations, résumées par la formule « Afuera la burocracia » et accompagnées d’une mise en scène médiatique (il avait notamment brandi une tronçonneuse), ont témoigné d’une mise en scène spectaculaire de l’attaque contre la bureaucratie.

Ces exemples montrent que la rhétorique de la « réduction de la dépense publique » et de la lutte contre le « gaspillage » a été adoptée et mise en lumière par des responsables de droite et d’extrême droite, tant en France qu’à l’étranger.

Le débat posé par le « Manifeste pour un DOGE de gauche »

Le texte d’Alexandre Pointier, présenté lors de la conférence, revendique explicitement une tentative de réappropriation de ce vocabulaire et de ces instruments par la gauche. Le choix du sigle DOGE et la référence au dispositif américain visent à interroger la manière dont l’outillage institutionnel et technocratique peut être mis au service d’objectifs différents selon l’orientation politique.

L’un des enjeux soulignés par les intervenants est la distinction entre une logique purement comptable — centrée sur la diminution des coûts et la traque des « gaspillages » — et une logique politique qui définirait au préalable les finalités de l’intervention publique. La question reste de savoir qui fixe ces finalités et selon quelle méthode elles sont évaluées.

Politiques publiques et symboles

Le débat montre aussi l’importance des symboles dans la bataille politique autour de l’État. La « tronçonneuse » médiatique de janvier 2025 illustre une stratégie de communication par l’image. À l’inverse, une proposition de « DOGE de gauche » mise en avant par des techniciens ou des inspecteurs des finances joue sur la crédibilité administrative et l’argument d’efficacité, mais doit convaincre sur la finalité sociale et démocratique de ses choix.

Plus largement, la confrontation actuelle met en lumière une tension structurelle : comment concilier exigence de rationalisation des dépenses et préservation des missions publiques jugées essentielles par une partie de l’opinion ? Ce dilemme traverse l’ensemble du spectre politique et rend la question de la « propriété » de la réforme de l’État plus complexe qu’un simple monopole partisan.

La conférence du 27 janvier, en réunissant acteurs de la technocratie, représentants de la société civile et auteurs du manifeste, a servi à rappeler que l’architecture institutionnelle peut être l’objet d’appropriations concurrentes. Reste à savoir si ces débats se traduiront, à court terme, par des propositions législatives ou des dispositifs concrets en France.

En l’état, la discussion montre surtout que la réforme de l’État demeure un terrain politique ouvert, où les mots d’ordre et les instruments peuvent être repris et redéfinis selon des orientations très différentes.

Parlons Politique

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