C’est un principe politique bien ancré à La Réunion : les résultats municipaux donnent souvent des indications sur le rapport de forces pour le scrutin régional suivant. À Saint‑Paul, deuxième commune de l’île avec un peu plus de 106 000 habitants, ce constat prend une acuité particulière. Le scrutin municipal y est suivi comme un test de leadership entre figures locales et composantes partisanes.
Un test pour la gauche locale
Pour le maire sortant Emmanuel Séraphin, fidèle de la présidente de région Huguette Bello, l’enjeu est clair : conserver la direction de la seule grande commune réunionnaise détenue par leur formation, le parti Pour La Réunion (PLR). Huguette Bello, élue classée « divers gauche » et alliée de La France insoumise (LFI), figure en deuxième position sur la liste de Séraphin, ce qui renforce le caractère symbolique du scrutin.
Perdre Saint‑Paul risquerait, selon des observateurs, d’affaiblir la position de Bello au sein de la gauche locale avant le prochain rendez‑vous régional prévu en 2028. Cet affaiblissement profiterait aux autres composantes du camp progressiste sur l’île, parmi lesquelles émergent des rivalités ouvertes. Sont notamment cités Ericka Bareigts, proche du Parti socialiste (PS), et Patrick Lebreton, mentionné comme vice‑président de la région. Leur existence illustre la division interne à gauche, qui pourrait se recomposer en fonction des résultats municipaux.
Sur le terrain, le scrutin communal se lit donc comme un duel de chefs où se testent alliances, notoriétés locales et capacités de mobilisation. La présence de Bello sur la liste de Séraphin donne au vote municipal une portée régionale : au‑delà des enjeux locaux classiques (urbanisme, services municipaux, emploi), il sert d’indicateur pour les forces qui prétendront porter l’alternative de gauche en 2028.
La droite, entre recomposition et rivalités personnelles
À droite, l’élection renouvelle les tensions ouvertes depuis la défaite aux régionales de 2021. Plusieurs acteurs y voient les prémices d’une primaire informelle pour désigner un chef de file en vue de 2028. Deux noms reviennent régulièrement dans les analyses locales : Didier Robert et Cyrille Melchior.
Didier Robert, ancien président du conseil régional de 2010 à 2021, avait annoncé en octobre 2021 qu’il renonçait à la politique, suite à sa défaite de 2021 et à des déboires judiciaires. Malgré cette déclaration, son retour éventuel dans les débats publics demeure un sujet de spéculation. De son côté, Cyrille Melchior, identifié comme divers droite et président du conseil départemental, conduit le mouvement Nouvel R’, qui revendique rassembler la droite réunionnaise.
Dans l’île, Didier Robert et Cyrille Melchior sont soupçonnés par certains milieux de vouloir imposer leur leadership pour la prochaine séquence électorale. Les intéressés démentent régulièrement ces calculs de pouvoir. La campagne municipale à Saint‑Paul est donc observée comme un révélateur : elle pourrait confirmer l’hégémonie d’un leadership à droite ou, au contraire, précipiter de nouvelles recompositions.
Enjeux et scénarios possibles
Concrètement, la conservation de Saint‑Paul par le PLR renforcerait la position de Huguette Bello dans l’échiquier politique régional et offrirait un ancrage territorial significatif avant 2028. À l’inverse, une victoire d’une autre force mettrait en évidence les fragilités de l’alliance PLR‑Bello et offrirait aux rivaux de gauche des arguments pour peser davantage dans la désignation de têtes de listes régionales.
Pour la droite, un résultat favorable à l’un ou l’autre des leaders pressentis pourrait cristalliser une dynamique. Un insuccès remettrait en question les capacités de renouvellement et d’union de la majorité de droite, et ouvrirait la porte à de nouvelles négociations internes.
Au‑delà des calculs de personnes, ces municipales à Saint‑Paul témoignent du rôle déterminant des élections locales dans la géopolitique politique réunionnaise. Elles servent de laboratoire aux alliances et aux rivalités qui dessineront la configuration des forces sur l’île à l’approche des régionales de 2028.
Reste que, comme toujours en politique locale, la lecture des résultats nécessitera de distinguer l’impact des enjeux municipaux concrets et celui des projections partisanes. Les prochaines semaines de campagne à Saint‑Paul offriront un avant‑goût utile, mais non définitif, des équilibres à venir.





