Outre‑mer : rapport 2025 demande la fin de l’économie de comptoir, 71 mesures pour clarifier compétences, simplifier normes et relancer l’emploi

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Outre‑mer (hors Nouvelle‑Calédonie) : le rapport remis en janvier 2025 alerte sur une stagnation marquée par pauvreté, chômage et dépendance à l’État, conséquence d’une « économie de comptoir ». Parmi 71 propositions, il préconise de recentrer l’action sur l’efficacité des politiques publiques — clarifier les compétences, simplifier les normes et soutenir les filières locales et l’emploi — pour réduire la dépendance et préparer une autonomie durable.

« When you ask me what is best to do now, I have no idea but do something [“Quand vous me demandez ce qu’il faut faire en priorité, je n’en ai aucune idée, mais faites quelque chose”]. » Cette phrase, prononcée par l’ex-président de la Banque centrale européenne Mario Draghi devant le Parlement européen, résonne comme un avertissement face à l’immobilisme. Quelques mois après la publication de son rapport sur la compétitivité (en 2024), seules 14 % de ses propositions ont, selon le constat cité, été mises en œuvre.

Constat et périmètre de la mission

En miroir de cette critique, l’équipe à laquelle j’appartiens a remis en janvier 2025 au président de la République un rapport consacré aux outre‑mer (hors Nouvelle‑Calédonie). La lettre de mission demandait explicitement de proposer des pistes pour clarifier le partage des compétences entre les collectivités ultramarines et l’État, simplifier et adapter les normes, faire évoluer les institutions et développer l’économie ainsi que l’insertion régionale.

Le travail a reposé sur des déplacements dans cinq territoires et plus de 130 auditions. Au terme de ces démarches, nous avons formulé 71 propositions. Le diagnostic formulé dans le rapport est sans ambiguïté : malgré des efforts nationaux significatifs, les outre‑mer connaissent une stagnation manifestée par la conjonction de pauvreté, de chômage endémique et de dysfonctionnements des services essentiels.

Les ressorts de la crise : inégalités et dépendance

Le rapport identifie l’État comme ciblé par la colère et les revendications d’autonomie. Ces demandes rencontrent toutefois une contradiction pratique : la fragilité financière des territoires qui dépend largement des transferts de l’État français et des financements européens. Notre conviction, explicitée dans le texte remis au chef de l’État, est que la fracture grandissante entre l’Hexagone et les outre‑mer tient d’abord à des inégalités sociales et des déséquilibres économiques structurels. Il devient urgent de traiter ces causes profondes plutôt que d’en limiter ponctuellement les symptômes.

Le constat vise aussi un modèle économique que nous qualifions d’« économie de comptoir ». Par un schéma simplifié, le rapport montre que l’on exporte des produits agricoles subventionnés — bananes et sucre sont cités — au détriment de productions vivrières locales, tandis que l’essentiel des biens de consommation est importé. Ce cercle vicieux pèse sur l’emploi local, la souveraineté alimentaire et la résilience économique des territoires ultramarins.

Propositions prioritaires et principes d’action

Parmi les 71 propositions, l’axe central consiste à replacer l’efficacité des politiques publiques au cœur du débat sur les compétences et les statuts. Autrement dit, les questions juridiques et institutionnelles ne doivent pas être traitées comme une fin en soi. Elles le seront pour les territoires qui réclament ouvertement l’indépendance, mais pour la plupart, l’enjeu prioritaire est l’adaptation des politiques publiques à la réalité de la France d’outre‑mer.

Le rapport recommande notamment de clarifier le partage des compétences afin d’éviter les doublons administratifs et les blocages opérationnels. Il propose aussi de simplifier et d’adapter les normes pour réduire les contraintes inutiles pesant sur les entreprises locales. Enfin, il préconise des actions ciblées pour favoriser l’emploi, soutenir les économies vivrières et renforcer les infrastructures essentielles.

Ces mesures cherchent à diminuer la dépendance aux transferts et à créer des leviers durables de développement. L’idée n’est pas d’abandonner les territoires à leur sort, mais de leur donner les moyens d’exercer concrètement les compétences qui leur sont confiées, quand ils en ont la capacité.

Une priorité : sortir de l’économie de comptoir

Avant d’envisager des transferts massifs ou une autonomie étendue, le rapport exige de rompre avec le modèle décrit comme une « économie de comptoir ». Selon le diagnostic, continuer à subventionner des exportations au détriment des productions locales, puis importer le reste, n’est pas soutenable. La recommandation centrale est de réorienter les politiques agricoles, commerciales et fiscales afin de favoriser des filières locales viables et de renforcer la résilience territoriale.

Le propos final est clair : l’efficacité et l’adaptation des politiques publiques doivent primer. Sans une transformation structurelle, les aides ponctuelles et les changements de statut risquent d’être inefficaces. Les 2,8 millions de Français d’outre‑mer attendent des réponses opérationnelles et durables, plutôt que des mesures symboliques qui ne traitent pas les causes profondes des déséquilibres.

Le rapport remis en janvier 2025 fixe donc un cap pragmatique : traiter les inégalités sociales et rééquilibrer l’économie locale pour rendre possibles, ensuite, des évolutions institutionnelles solides et assumées.

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