Le leader de La France insoumise (LFI), Jean‑Luc Mélenchon, a tenu lundi 23 février une conférence de presse à laquelle étaient conviés exclusivement des « médias numériques alternatifs », une décision qui a suscité une forte réaction de Reporters sans frontières (RSF) et relancé le débat sur l’accès des journalistes à des événements d’intérêt général.
Un format sélectif et des exclusions imputées
Selon le compte rendu de la conférence, Le Monde n’a pas pu y assister. Dans un communiqué publié lundi, M. Mélenchon avait expliqué vouloir « faire œuvre utile en invitant une conférence de presse réservée aux médias numériques alternatifs ». Plusieurs titres et organismes traditionnels — Franceinfo, l’Agence France‑Presse (AFP), la chaîne TF1, le quotidien Libération et l’hebdomadaire L’Express — ont vu leur accréditation refusée ou sont restés sans réponse.
La démarche intervient alors que M. Mélenchon critiquait, toujours lundi 23 février, le traitement médiatique entourant la mort du militant d’extrême droite radicale Quentin Deranque et les mises en cause adressées à son mouvement à la suite de ces événements.
RSF dénonce une atteinte au droit à l’information
Mardi, l’ONG Reporters sans frontières a estimé que la sélection des médias par M. Mélenchon portait « atteinte au droit à l’information des citoyens ». Thibaut Bruttin, directeur général de RSF, a déclaré : « Permettre à un responsable politique de choisir les journalistes autorisés à couvrir un événement d’intérêt général, c’est directement porter atteinte au droit à l’information des citoyens. »
RSF a rappelé que « une seule boussole doit prévaloir : celle du journalisme – son honnêteté, son indépendance, son pluralisme ». L’association a appelé « l’ensemble des forces politiques à respecter sans réserve le travail des journalistes et l’accès, pour toutes et tous, à une information libre et pluraliste », selon la déclaration transmise à l’AFP.
Dans la conférence de presse elle‑même, M. Mélenchon a assumé sans détour le choix des invités en affirmant : « Nous invitons qui nous voulons. »
La stratégie de LFI face aux médias traditionnels
Lors du point presse hebdomadaire du groupe des députés LFI, le député Louis Boyard a expliqué la logique du parti : « Vous passez votre temps à exclure le peuple français des médias. » Il a ajouté que LFI organisait « des espaces qui nous permettent de parler à ces nouveaux médias qui incarnent le peuple » tout en maintenant des échanges avec « l’officialité médiatique ».
Interrogé sur la continuité de ce format, M. Boyard a indiqué qu’il s’agissait d’un « nouveau format qu’on installera tout au long de la présidentielle ». Il a précisé qu’il souhaitait inviter « les nouveaux médias de droite » — « sauf l’extrême droite » — car, selon lui, leur présence « donne de la crédibilité ». Il a insisté : « On n’attend pas que les gens posent uniquement des questions qui font plaisir. »
Contexte judiciaire et politique
Les « insoumis » ont traversé une période de forte tension politique et médiatique la semaine du 16 au 22 février, après l’arrestation et la mise en examen pour « complicité de meurtre » de Jacques‑Elie Favrot. Au moment du décès de Quentin Deranque, M. Favrot était collaborateur parlementaire du député Raphaël Arnault (LFI).
Les critiques dirigées vers LFI à la suite de ces faits ont alimenté la controverse sur la responsabilité politique et la couverture médiatique. Le choix d’un format de conférence limité aux « médias numériques alternatifs » s’inscrit dans ce contexte de défiance entre le parti et certains organes de presse traditionnels.
Sur le plan institutionnel, la question posée par RSF est juridique et déontologique : faut‑il permettre à un responsable politique de restreindre l’accès des médias à un événement d’intérêt général ? L’ONG considère que la réponse est non, au nom du pluralisme et du droit des citoyens à une information large et diverse.
Du côté de LFI, la position affichée est stratégique et politique : développer des espaces médiatiques jugés plus proches du « peuple » et des publics numériques, tout en critiquant selon eux un traitement médiatique jugé injuste.
Entre appels au respect du pluralisme et affirmation d’une nouvelle stratégie de communication, cette affaire illustre une tension persistante entre acteurs politiques et organes de presse sur les modalités d’accès à l’information et sur la représentation des débats publics.













