Le mercredi 25 février, Rachida Dati a annoncé qu’elle quittait le ministère de la Culture pour se consacrer à sa campagne pour les élections municipales des 15 et 22 mars. Nommée ministre de la Culture le 11 janvier 2024, elle aura occupé la Rue de Valois pendant vingt‑cinq mois, étant reconduite dans ses fonctions sous quatre gouvernements successifs. Son passage au ministère laisse un bilan contrasté : des effets d’annonces fréquents, mais, selon ses détracteurs, peu de réalisations tangibles.
Un mandat rythmé par les annonces
Dès la passation de pouvoir à la Rue de Valois, Rachida Dati avait affiché l’ambition de « rendre la culture accessible à tous et dans tous les territoires ». Cette orientation s’est traduite par la mise en avant du plan « Culture et ruralité », présenté comme une priorité ministérielle. Elle a multiplié les déplacements dans de petites communes, parfois ignorées des précédents ministres, pour incarner ce tournant territorial.
Sur le plan de la communication, son style a été marqué par des annonces médiatiques régulières. Elles visaient à capter l’attention sur des sujets variés : soutien aux acteurs locaux, initiatives en faveur du patrimoine et engagements pour la diffusion culturelle hors des grands centres urbains. Pour certains observateurs, cette stratégie a permis de maintenir la visibilité du ministère sur des questions populaires et identitaires.
Les chantiers inachevés et les critiques
Malgré ces prises de parole et ces sorties sur le terrain, plusieurs dossiers sensibles sont restés, aux yeux de ses opposants et de certains professionnels, en suspens. Le spectacle vivant est pointé comme l’un des secteurs négligés : acteurs, programmateurs et intermittents ont dénoncé un manque d’accompagnement structurel face aux besoins de relance et de stabilité financière.
Autre chantier majeur qui n’a pas abouti selon ses critiques : la réforme de l’audiovisuel public. Les ambitions annoncées pour restructurer et clarifier l’organisation des médias audiovisuels n’ont pas abouti à une réforme perçue comme effective durant son mandat. Sur ce point, la frustration des professionnels et des politiques a été relayée à plusieurs reprises.
Le dossier du Louvre a également fait l’objet de critiques. Les observateurs estiment que la ministre a « bégayé » sur ce dossier, expression utilisée pour décrire une succession d’interventions jugées hésitantes ou peu coordonnées. Les détails précis des enjeux et des blocages ne sont pas développés ici, mais la formule traduit une perception d’indécision ou d’imprécision sur un sujet symbolique pour le ministère.
Une gouvernance marquée par la continuité et les contraintes
Nommer Rachida Dati en janvier 2024 puis la reconduire à travers quatre gouvernements a offert une rare continuité à la tête du ministère. Ce record de longévité sous la présidence d’Emmanuel Macron n’a cependant pas suffi à lever toutes les critiques. Plusieurs sources politiques évoquent la pression exercée par l’entourage gouvernemental — y compris du premier ministre Sébastien Lecornu — pour infléchir certaines décisions. Selon ces témoignages, la ministre aurait résisté à ces pressions avant d’annoncer finalement son départ.
Cette période a mis en lumière les limites du pouvoir ministériel face à des enjeux structurels lourds : financement durable des secteurs culturels, gouvernance des établissements publics et priorités budgétaires partagées entre l’État et les collectivités territoriales.
Un bilan contrasté sur le terrain
Sur le terrain, le ministère a toutefois laissé des traces. Le plan « Culture et ruralité » a permis une visibilité renforcée sur les territoires et a suscité des initiatives locales. Les déplacements ministériels ont été perçus positivement par des collectivités qui n’avaient pas toujours bénéficié d’une telle attention.
Cependant, pour que ces visites se traduisent en transformations durables, nombre d’acteurs réclament aujourd’hui des mesures structurelles plutôt que de simples annonces. Ils attendent des engagements financiers et des réformes concrètes qui s’inscrivent dans la durée.
En quittant le ministère pour se lancer pleinement dans la campagne municipale, Rachida Dati laisse derrière elle un ministère dont l’image publique a été entretenue par une forte présence médiatique, mais dont certains chantiers sensibles demeurent largement inaboutis selon ses opposants et des professionnels du secteur culturel.





