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ACTUALITé NATIONALE

Cantines sans plastique : comment les communes vont enfin savoir si elles doivent changer leur vaisselle

Le Parlement veut verrouiller l’interdiction de la vaisselle en plastique dans les cantines scolaires. L’enjeu est de lever le flou juridique qui freine encore les achats des collectivités.

Des parents et un agent municipal discutent dans un hall de mairie autour de vaisselle réutilisable pour cantine

Dans les cantines, qui paie le prix de l’incertitude juridique ?

Pour un maire, une directrice de service ou un parent d’élève, la question est simple : faut-il investir maintenant dans de nouvelles assiettes, de nouveaux bacs et de nouveaux couverts, ou attendre que le droit soit enfin stabilisé ? Dans beaucoup de cantines, la réponse dépend moins de la technique que des hésitations de l’État.

Le Parlement a déjà fixé un cap. La loi EGalim de 2018 a prévu qu’au plus tard le 1er janvier 2025, les services de restauration collective des écoles, des collèges, des universités et des crèches mettent fin à l’usage de contenants alimentaires en plastique pour la cuisson, le réchauffage et le service. La loi AGEC de 2020 a étendu cette logique à plusieurs services de santé accueillant des jeunes enfants. Le texte est aujourd’hui inscrit dans le code de l’environnement.

Mais entre la loi et la cantine, il y a le décret. C’est là que tout s’est compliqué. En janvier 2025, le gouvernement a pris un décret pour préciser les dérogations et le périmètre des contenants interdits. Saisi, le Conseil d’État a rappelé que l’exécutif devait respecter le droit européen quand il adopte une nouvelle règle technique. Sur un dossier voisin, celui des emballages plastiques pour fruits et légumes, il a déjà annulé un décret parce que la France n’avait pas attendu les délais demandés par la Commission européenne.

Ce que le nouveau texte change vraiment

La proposition de loi débattue à l’Assemblée ne part pas d’une page blanche. Elle vise à verrouiller juridiquement l’interdiction de la vaisselle et des couverts en plastique dans la restauration collective accueillant le jeune public. Le texte a été déposé le 1er avril 2025, puis examiné à nouveau en commission fin mai 2026, où il a été adopté.

Le cœur du problème tient à une phrase trop large, ou trop floue, selon le camp. Le décret de janvier 2025 visait les objets utilisés pour la cuisson, la préparation, la remise en température, la présentation, le service ou la consommation des plats, « y compris la vaisselle et les couverts ». Des industriels ont contesté cette rédaction, estimant qu’elle dépassait le cadre fixé par la loi. La nouvelle proposition de loi vient donc préciser le champ de l’interdiction pour éviter un nouveau contentieux.

Concrètement, l’enjeu est très pratique. Si la règle est floue, les collectivités reportent leurs achats. Si elle est claire, elles peuvent programmer les investissements, choisir des matériaux de remplacement et amortir le surcoût dans le temps. C’est aussi ce qu’a souligné le gouvernement, en demandant une procédure accélérée afin d’aller plus vite et d’éviter un nouveau trou d’air juridique.

Le bénéfice attendu est sanitaire et environnemental. Les défenseurs du texte mettent en avant les risques liés aux microplastiques, ainsi que le fait que la chaleur favorise les migrations de particules ou de composés indésirables vers les aliments. Le Conseil d’État a lui-même rappelé, dans son avis de janvier 2025, que la loi poursuivait un double objectif : prévenir les risques sanitaires et réduire les déchets plastiques.

En face, les opposants défendent une autre lecture. Pour eux, la France risque de pousser trop loin l’interdiction et de freiner des solutions réutilisables en plastique, notamment dans certaines filières industrielles. Cette critique repose sur un argument de marché intérieur et de compatibilité avec le règlement européen sur les emballages. Elle profite d’abord aux industriels de la plasturgie, qui cherchent à préserver leurs débouchés, mais aussi, selon eux, à certaines collectivités qui privilégient des équipements déjà disponibles.

Une majorité politique, mais pas une réalité uniforme sur le terrain

Le vote de l’Assemblée a montré un rapport de force net. Le texte a été adopté en première lecture par 72 voix contre 17, avec une opposition venue surtout du Rassemblement national et de ses alliés ciottistes. Le gouvernement, lui, soutient la clarification. Le ministre chargé de l’environnement a défendu un texte de « cohérence, de responsabilité et de protection », en insistant sur la sécurité juridique.

Sur le terrain, pourtant, la situation est déjà très avancée dans une partie du pays. Une enquête de l’Association des maires de France montrait que 62 % des communes avaient déjà abandonné les contenants en plastique dans leurs cantines un an avant l’échéance de 2025, et que 28 % supplémentaires étaient en train de le faire. Autrement dit, pour beaucoup d’élus locaux, le débat n’est plus idéologique. Il est logistique, budgétaire et matériel.

Les grandes communes peuvent plus facilement absorber le coût du changement, avec des marchés publics structurés, des cuisines centrales et des volumes d’achat importants. Les petites communes, elles, ont moins de marge. Elles doivent composer avec des bâtiments anciens, des espaces de stockage limités, des prix d’équipement plus élevés à l’unité et une ingénierie administrative plus légère. C’est là que le flou réglementaire pénalise le plus. Il ne crée pas seulement un débat juridique. Il retarde les décisions concrètes.

Le gouvernement dit vouloir éviter ce blocage. Le Conseil d’État, lui, a rappelé qu’une notification préalable à la Commission européenne est indispensable pour tout projet de règle technique. C’est la leçon du précédent sur les fruits et légumes : sans procédure propre, le décret tombe, même si l’intention politique reste inchangée.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

La suite se joue au Sénat, puis dans la rédaction finale des décrets d’application. C’est là que se dira si l’interdiction couvrira clairement la vaisselle et les couverts, sans ouvrir une nouvelle brèche juridique. Le vrai test ne sera pas seulement parlementaire. Il sera aussi européen et administratif, car la Commission européenne devra être saisie dans les formes.

Autrement dit, le principe ne fait plus vraiment débat. Ce qui reste à trancher, c’est la solidité du cadre. Et dans ce dossier, c’est elle qui décidera si les cantines changent durablement de vaisselle, ou si l’interdiction repart une nouvelle fois dans les couloirs du droit.

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