Nouvelle‑Calédonie : Paul Néaoutyine alerte avant le vote sénatorial du 24 février — sans consensus, le texte Bougival‑Élysée‑Oudinot est menacé

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Paul Néaoutyine, président de la province Nord et figure de l’indépendantisme kanak, met en garde à la veille de l’examen sénatorial (24 février 2026) du projet de loi constitutionnelle issu des accords de Bougival et de l’Élysée‑Oudinot : « sans consensus, l’État court à l’échec ». Il estime que le texte, présenté comme un compromis, manque d’adhésion locale et risque de fragiliser le processus institutionnel en Nouvelle‑Calédonie.

Paul Néaoutyine, président de la province Nord et figure historique du mouvement indépendantiste kanak, a pris la parole publiquement à la veille de l’examen au Sénat du projet de loi constitutionnelle issu des récents accords. Le texte doit être débattu mardi 24 février 2026, et le responsable territorial met en garde : « sans consensus, l’Etat court à l’échec ».

Un projet porté par des accords récents

Le projet de loi découle, selon le gouvernement, d’une série d’accords successifs, dont les accords de Bougival signés en juillet 2025 et l’accord dit « Élysée‑Oudinot », conclu en janvier (la source initiale ne précise pas l’année). Ces textes visent, d’après leurs promoteurs, à « créer un État de la Nouvelle‑Calédonie intégré à l’ensemble national », formule citée dans le dossier gouvernemental et reprise dans les débats publics.

Le gouvernement présente ces accords comme un compromis susceptible d’élargir l’adhésion politique, en citant parmi les soutiens les modérés de l’Union nationale pour l’indépendance (UNI) et la principale composante de celle‑ci, le Parti de libération kanak (Palika).

La prise de parole inhabituelle d’un vétéran de l’indépendantisme

Paul Néaoutyine s’est rarement départi de la réserve publique qui caractérise sa posture politique. Signataire des accords de Matignon‑Oudinot en 1988 et de l’accord de Nouméa en 1998, et ancien président du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), il décide cette fois de sortir de son silence pour critiquer le projet soutenu par une partie de son camp.

Sa critique se situe d’abord sur la méthode : pour Néaoutyine, l’adoption d’une réforme constitutionnelle sans un large consensus entre les forces politiques calédoniennes et la société risque de fragiliser durablement le processus institutionnel. « Sans consensus, l’État court à l’échec », affirme‑t‑il, résumant ainsi son inquiétude sur la trajectoire politique proposée.

Il rappelle également sa longue histoire personnelle avec les accords successifs qui ont structuré la décolonisation négociée et le partage du pouvoir. De son point de vue, le nouvel accord rompt, sur plusieurs points, avec l’esprit et la logique de l’accord de Nouméa, base du processus de dévolution et des échéances politiques depuis la fin des années 1990.

Un soutien gouvernemental contesté

Le gouvernement, dans sa présentation, évoque l’appui de formations dites modérées, parmi lesquelles l’UNI et le Palika. Mais la position publique de Néaoutyine met en lumière que l’adhésion au projet n’est pas monolithique au sein des indépendantistes. Selon lui, la représentation des soutiens affichés ne suffit pas à garantir l’acceptation populaire et politique nécessaire pour une réforme constitutionnelle.

Cette divergence expose une difficulté centrale : comment maintenir la légitimité d’un texte national modifiant le statut d’un territoire lorsqu’une partie significative des acteurs locaux se dit réservée, voire opposée ? Pour Néaoutyine, l’absence d’un consensus large accroît le risque d’impasse politique et institutionnelle.

Enjeux et conséquences possibles

Le débat parlementaire attendu mardi 24 février 2026 intervient dans un contexte où la question statutaire reste sensible et génératrice de fortes attentes locales. Le projet de loi constitutionnelle, s’il était adopté, vise à inscrire dans le bloc constitutionnel des dispositions nouvelles sur le statut de la Nouvelle‑Calédonie. Mais, au‑delà du texte, c’est la capacité de la classe politique calédonienne et de l’État à construire un accord durable qui est en jeu.

Si la fracture entre partisans d’une évolution encadrée par l’État et indépendantistes qui réclament davantage de garanties démocratiques et politiques se creuse, la mise en œuvre du texte risque d’être compliquée. Néaoutyine met l’accent sur la nécessité d’une large adhésion locale pour éviter des blocages institutionnels et sociaux.

Enfin, la prise de parole du président de la province Nord illustre la complexité des alliances et des équilibres dans l’archipel. Elle rappelle également que les accords successifs, même signés par des acteurs réputés modérés, ne remplacent pas la nécessité d’un dialogue approfondi avec l’ensemble des forces politiques et avec la société civile pour que toute réforme durable soit acceptée et applicable.

À la veille de l’examen sénatorial, la situation reste donc marquée par des interrogations sur la portée réelle du consensus avancé par l’exécutif et sur la capacité des acteurs locaux à converger autour d’un nouveau contrat institutionnel pour la Nouvelle‑Calédonie.

Parlons Politique

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