Passoires énergétiques : le gouvernement veut relancer le logement avant la présidentielle malgré la colère sociale

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À Marseille, Sébastien Lecornu présente un projet de loi pour remettre en location des logements classés F ou G sous condition de travaux. L’exécutif cherche à agir vite, pendant que les syndicats contestent déjà d’autres dossiers sensibles comme le 1er mai.

Le gouvernement veut encore prouver qu’il agit

Quand un Premier ministre passe deux jours à Marseille, la scène n’est pas seulement symbolique. Elle dit surtout une chose : malgré une majorité introuvable à l’Assemblée, l’exécutif veut montrer qu’il peut encore produire des décisions concrètes avant que la campagne présidentielle ne prenne toute la place. Dans le même temps, le chef du gouvernement pousse un projet de loi sur le logement qui touche directement des centaines de milliers de bailleurs et de locataires.

Marseille sert ici de décor politique autant que mémoriel. La ville commémore le 111e anniversaire du génocide arménien le 24 avril 2026, avec plusieurs cérémonies organisées autour du mémorial du 12e arrondissement. Le déplacement du Premier ministre s’inscrit donc dans un moment solennel, mais aussi dans une séquence où Matignon veut montrer que l’agenda gouvernemental continue, malgré les secousses parlementaires.

Le logement, terrain d’action et terrain de conflit

Jeudi 23 avril 2026, le gouvernement a présenté un projet de loi sur le logement. La mesure la plus commentée prévoit de remettre en location des logements classés F ou G au diagnostic de performance énergétique, à condition d’engager des travaux dans des délais courts. L’objectif affiché est simple : remettre des biens vacants sur le marché dans une période de tension extrême sur l’offre locative.

Concrètement, cela concerne les fameuses « passoires énergétiques » : des logements très mal isolés, qui coûtent cher à chauffer et pèsent sur les factures. Depuis le 1er janvier 2025, les logements classés G ne peuvent plus être loués pour un nouveau bail, un renouvellement ou une reconduction tacite. La loi Climat et résilience prévoit ensuite une interdiction progressive pour les logements F en 2028, puis E en 2034. Le gouvernement cherche donc à desserrer, au moins temporairement, une règle devenue très contraignante pour les propriétaires.

Pour les locataires, l’enjeu est inverse. Le maintien de logements très énergivores dans le parc locatif peut se traduire par des charges élevées, un inconfort thermique et parfois des travaux reportés trop longtemps. Pour les propriétaires bailleurs, en revanche, l’assouplissement ouvre une respiration : ils peuvent espérer remettre un bien en location plus vite, à condition de financer les rénovations. Entre les deux, l’État tente de préserver l’offre tout en gardant la pression sur la rénovation.

Pourquoi ce virage politique compte

Le logement est un dossier où les chiffres pèsent lourd. Le ministère du Logement a expliqué que la réforme du calcul du DPE entrée en vigueur au 1er janvier 2026 devait déjà faire sortir environ 850 000 logements du statut de passoire thermique dans le parc social. Dans le parc privé, l’exécutif dit vouloir éviter une chute de l’offre disponible, au moment où la demande reste forte dans les zones tendues. Autrement dit : moins de blocage réglementaire pour certains bailleurs, mais davantage de pression politique pour prouver que la rénovation reste réelle.

Cette stratégie répond aussi à une contrainte électorale. À mesure que l’échéance présidentielle approche, chaque réforme est lue comme un test de crédibilité. Sébastien Lecornu martèle qu’il n’est « candidat à rien ». Mais il sait que le moindre recul peut être interprété comme un signe de faiblesse. Dans un Parlement fragmenté, l’exécutif ne gouverne plus par élan majoritaire. Il gouverne à coups de compromis, de retraits partiels et de séquences de méthode.

Le précédent du 1er mai l’a rappelé brutalement. Après une forte contestation syndicale, le gouvernement a reculé sur le travail de ce jour férié, seul jour chômé et payé obligatoirement dans le privé. Les grandes confédérations ont dénoncé une remise en cause d’un acquis social, tandis que l’exécutif a fini par mettre le texte en pause. Ce recul a illustré une ligne de fracture classique : d’un côté, ceux qui veulent adapter le droit du travail à des besoins économiques ponctuels ; de l’autre, ceux qui voient là une pente vers la banalisation du travail le jour du 1er mai.

Des gagnants, des perdants, et une majorité toujours introuvable

Sur le fond, le projet logement profite d’abord aux propriétaires bailleurs qui ont un bien classé F ou G et n’ont pas encore les moyens de le rénover rapidement. Il peut aussi soulager un marché locatif très tendu, où chaque logement remis sur le marché compte. Mais il inquiète les locataires et les associations qui redoutent qu’un assouplissement donne un mauvais signal : celui d’une urgence énergétique traitée à moitié, alors que les passoires restent au cœur de la précarité thermique.

Le bloc central, lui, reste divisé. Certains élus veulent éviter une accumulation de textes symboliques ou conflictuels qui braquent les syndicats et saturent l’Assemblée. D’autres soutiennent une ligne plus pragmatique : avancer sur les sujets jugés urgents, même sans majorité stable. Le gouvernement choisit donc ses batailles. Il ralentit quand la contestation monte. Puis il repart, sur le logement, sur le budget ou sur des textes sectoriels, pour prouver qu’il n’est pas déjà en fin de cycle.

La contre-attaque, elle, vient surtout des syndicats et des organisations de salariés. La CGT estime que toucher au 1er mai revient à fragiliser un symbole des luttes sociales et à favoriser les grandes enseignes au détriment des commerces de proximité. La CFDT, de son côté, insiste sur le fait que le jour férié doit rester exceptionnel et que les discussions doivent porter d’abord sur les salaires, les conditions de travail et les compensations, y compris dans la fonction publique où les règles restent inégales selon les employeurs.

Ce qu’il faudra surveiller

La suite se jouera à l’Assemblée nationale, où le projet de loi sur le logement devra être défendu, amendé ou affaibli. Il faudra aussi surveiller la capacité du gouvernement à éviter un nouveau bras de fer social sur le 1er mai et à maintenir une ligne lisible sur la rénovation énergétique. Car le vrai test, pour Matignon, n’est plus de promettre un cap. C’est de prouver qu’il peut encore tenir une majorité de circonstance sans perdre le fil politique.

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