Réforme des études de santé : simplifier l’accès aux filières MMOPK sans compromettre les moyens universitaires

Partager

Le gouvernement propose d’unifier la première année d’accès aux études de santé pour rendre Parcoursup plus lisible. Universités et doyens alertent : la transformation pédagogique et le recrutement d’encadrement exigent des crédits clairs, sinon l’offre risque de se réduire.

Une première année plus simple sur le papier

Pour un bachelier qui vise médecine, pharmacie, odontologie, maïeutique ou kiné, la vraie difficulté n’est pas seulement la sélection. C’est aussi de décoder un système devenu illisible avant même le premier cours. Le gouvernement veut remplacer le duo PASS-LAS par un modèle unique de première année, annoncé comme plus lisible et harmonisé sur tout le territoire, avec une entrée prévue au plus tard à la rentrée 2027.

Cette réforme s’inscrit dans la suite directe de celle de 2020, qui a mis fin à la PACES et au numerus clausus. L’exécutif dit conserver ses principes fondateurs, comme la progression en cours d’études et la diversité des profils. Mais la Cour des comptes a relevé, fin 2024, une mise en œuvre très hétérogène, parfois trop rapide, et un accompagnement insuffisant des universités.

Ce qui change pour les étudiants

Le nouveau schéma doit s’articuler autour d’un bloc santé et d’un bloc disciplinaire lié à une licence. Le ministère veut réduire la profusion actuelle de parcours et de règles locales. Dans les faits, cela doit surtout rendre le choix plus clair sur Parcoursup et limiter les écarts entre universités. L’État annonce aussi une concertation nationale et promet de présenter des propositions au Parlement.

Un autre point compte beaucoup : l’orientation. Les dernières données officielles montrent que, sur la session 2024, deux néo-bacheliers sur cinq inscrits en PASS ou en L.AS à la rentrée 2022 ont été admis en MMOPK après un ou deux ans. Elles montrent aussi que les étudiants issus de L.AS non admis se réorientent davantage sans perdre de temps : 22 % étaient en troisième année deux ans après leur première inscription, contre 12 % pour les PASS. Autrement dit, la réforme ne touche pas seulement la sélection. Elle touche aussi la façon dont les jeunes se replacent dans l’université quand ils n’entrent pas en filière santé.

Le nerf de la guerre, c’est l’argent

Sur le terrain, le débat porte moins sur le principe que sur les moyens. Les universités doivent recruter des enseignants, ouvrir des travaux dirigés, multiplier les groupes et réécrire les maquettes. La Cour des comptes note qu’entre 2020 et 2024, 129 millions d’euros ont été mobilisés pour financer l’accès aux études de santé, dont une partie via la subvention pour charges de service public. Mais elle souligne aussi que les moyens notifiés depuis 2022 sont pérennes sans abondement supplémentaire, et que le manque de visibilité sur leur durée a compliqué l’organisation des établissements.

France Universités défend la même idée sous un autre angle : les universités remplissent une mission essentielle, mais elles ont besoin de moyens à la hauteur de leurs responsabilités. Cette alerte prend un relief particulier pour les petites structures et les établissements moins bien dotés. En pratique, une réforme plus académique peut mieux fonctionner dans les grands pôles universitaires que dans les territoires où l’offre est déjà fragile. C’est une conséquence logique, même si elle n’est pas encore assumée politiquement.

Qui gagne, qui perd ?

Les étudiants ont clairement intérêt à un système plus lisible. Ils y gagnent en clarté, en stabilité et, potentiellement, en seconde chance. Les universités, elles, peuvent y gagner en cohérence pédagogique si le modèle est bien conçu. Mais elles risquent aussi d’y perdre si l’État leur demande d’absorber une réforme de plus sans moyens nouveaux. Dans ce cas, la simplification pour les candidats se paiera par une contraction de l’offre, donc par plus de tri à l’entrée.

Le ministère insiste pourtant sur un autre objectif : corriger les disparités territoriales. Dans son discours d’octobre 2025, Philippe Baptiste rappelait que 25 départements ne disposaient pas, à la rentrée 2025, d’une formation permettant l’accès aux études médicales. C’est un point central. Les zones rurales ou peu dotées sont les premières à souffrir d’un accès trop lointain, mais elles sont aussi les premières à bénéficier d’une éventuelle territorialisation des formations. Tout dépendra donc de la carte finale et de l’argent effectivement débloqué.

Une réforme à surveiller de près d’ici 2027

Les réactions convergent sur un point : le diagnostic est connu, mais la réussite dépendra des arbitrages à venir. Côté étudiants, la FAGE dit depuis 2024 que la réforme actuelle a laissé trop de problèmes d’application et qu’il faut corriger les dispositifs concrets, pas seulement changer les sigles. Côté universités, la question est simple : qui paie les heures, les salles, les enseignants et les nouvelles maquettes ? Tant que cette réponse restera floue, la réforme restera un bon principe avec un financement incertain.

L’échéance à suivre est claire : la concertation doit aboutir à un modèle finalisé, puis à une traduction parlementaire, pour une mise en œuvre au plus tard à la rentrée 2027. D’ici là, il faudra surveiller la liste des licences acceptées, les règles de classement, le poids des notes entre blocs et, surtout, le niveau réel des crédits consacrés aux universités. C’est là que se jouera le passage d’une promesse de simplification à une réforme réellement utilisable.

Parlons Politique

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Abonnez-vous à notre newsletter

Pas de spam, notifications uniquement concernant les nouveaux articles.

L’actu politique, sans détour

En bref

Parlons Politique décrypte l’actualité française et internationale avec clarté et précision en utilisant l’IA.

Analyses, débats et enquêtes : notre rédaction s’engage à vous offrir une information fiable, accessible à tous et sans détour.

© 2026 Parlons Politique