Après les violences du 17 octobre, les réponses sur l’école et le pouvoir d’achat restent à préciser pour les familles
Après la mobilisation du 17 octobre, Manuel Bompard accuse le gouvernement d’avoir aggravé la crise et défend plusieurs réponses sociales. Parcoursup, le financement de l’école et le maintien de l’ordre restent au cœur du débat.

Après la mobilisation du 17 octobre, Manuel Bompard met en cause la stratégie du gouvernement et réclame des réponses aux revendications sociales. Il défend notamment la rénovation des établissements, une réforme de Parcoursup, des mesures sur les revenus et une doctrine de maintien de l’ordre fondée sur la désescalade. Le financement et les modalités de ces propositions restent à préciser.
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Comment faire entendre des revendications sur l’école et le pouvoir d’achat lorsque les violences occupent tout le débat ? Après la mobilisation du 17 octobre 2026, Manuel Bompard veut ramener la discussion sur les réponses sociales, tout en contestant la stratégie du gouvernement.
Une bataille sur les causes de la crise
Le mardi 20 octobre, le coordinateur de La France insoumise défend une lecture politique des tensions. « On est face à une crise politique et il faut apporter une réponse politique », affirme-t-il. Il accuse le gouvernement d’avoir affaibli les intermédiaires capables de négocier et dénonce « une stratégie de pourrissement ou de chaos ».
Son raisonnement repose sur une accusation précise : l’exécutif aurait disqualifié les revendications lycéennes en les présentant comme une manipulation de LFI. Selon lui, répondre à ces demandes aurait pu éviter les manifestations, puis les violences commises à leur marge. Cette relation de cause à effet constitue son analyse politique, pas une responsabilité établie.
L’enjeu est aussi celui de la représentation du mouvement. En défendant la légitimité des demandes, LFI cherche à porter leur traduction politique. À l’inverse, l’accusation de manipulation que rapporte Manuel Bompard déplace le débat vers le rôle du parti. Derrière cet affrontement, une question demeure : qui peut négocier, et sur quelles mesures concrètes ?
Maintenir l’ordre sans effacer le droit de manifester
Manuel Bompard réclame une autre doctrine de maintien de l’ordre, c’est-à-dire d’autres principes pour encadrer les rassemblements. Il défend la désescalade : une approche qui cherche à réduire les tensions plutôt qu’à installer une confrontation. Il qualifie la gestion des événements de « fiasco sécuritaire » et renvoie la responsabilité de la tranquillité publique aux autorités.
Il rejette également les destructions : « Les dégradations de commerces, de bâtiments publics, ça n’a jamais fait partie de nos modalités d’action et nous ne sommes absolument pas d’accord. » Il rappelle les appels de Jean-Luc Mélenchon à des mobilisations pacifiques et non violentes.
Le débat dépasse cependant les positions partisanes. Dans ses recommandations sur l’encadrement des manifestations, publiées en mars 2023, le Défenseur des droits demandait une approche d’apaisement et de protection des libertés. Il alertait aussi sur les interpellations préventives susceptibles d’aggraver les tensions.
Une étude publiée en 2021 sur la désescalade, menée avec la participation de policiers et de gendarmes, relevait déjà des écarts persistants entre les conceptions françaises et celles d’Europe du Nord. Ce précédent éclaire le débat, sans établir ce qui s’est produit le 17 octobre.
Les intérêts à protéger ne s’opposent pas mécaniquement. Les manifestants doivent pouvoir exprimer leurs demandes sans subir de violences. Les commerçants et les riverains attendent la protection des personnes et des biens. Les forces de l’ordre ont, elles aussi, besoin de conditions d’intervention sûres. Juger les responsabilités suppose donc de distinguer les comportements, plutôt que de traiter une foule comme un bloc.
Parcoursup : supprimer la plateforme ou corriger les inégalités ?
Sur l’éducation, Manuel Bompard avance deux priorités. Il demande d’abord l’abrogation de Parcoursup, la plateforme de candidature à l’enseignement supérieur. Il réclame ensuite 10 milliards d’euros pour rénover les bâtiments scolaires et renforcer le service public d’éducation. Il présente cette somme comme une demande des organisations syndicales, lycéennes et étudiantes.
La suppression de Parcoursup vise, dans son argumentaire, à libérer les jeunes d’un système qui compromet leur avenir. Mais l’administration défend une autre lecture. Sur sa présentation des dispositifs d’égalité d’accès aux études supérieures, elle souligne que la plateforme n’examine pas elle-même les candidatures. Elle applique notamment des taux minimaux de boursiers et des priorités pour certains bacheliers.
Ces mécanismes bénéficient à des candidats qui rencontrent davantage d’obstacles. L’administration estime ainsi que les taux minimaux de boursiers ont joué un rôle décisif pour plus de 17 000 lycéens en 2024. Cet argument soutient une correction du système existant plutôt que sa suppression.
Pour autant, ces dispositifs ne règlent pas toutes les difficultés. Une synthèse d’une évaluation parlementaire de 2023 sur l’accès à l’enseignement supérieur, publiée par la Cour des comptes, souligne le poids des inégalités sociales et territoriales. Elle relève notamment les difficultés des élèves populaires qui affrontent seuls les démarches d’orientation.
Le problème dépasse donc l’outil informatique. L’accompagnement disponible et la répartition géographique des formations comptent aussi. Pour les familles, l’enjeu consiste autant à comprendre les choix possibles qu’à obtenir une place. Un changement de procédure devrait ainsi répondre à ces contraintes, et préciser comment répartir les admissions.
Financer l’école, soutenir les revenus : des choix à préciser
Pour financer ses propositions éducatives, Manuel Bompard défend « un impôt de solidarité sur la fortune renforcé ». Son choix consiste à solliciter davantage les patrimoines concernés afin de dégager des moyens pour l’école. Les élèves et les personnels seraient les bénéficiaires visés ; les contribuables assujettis supporteraient l’effort supplémentaire.
Mais le montant de 10 milliards ne suffit pas à définir une politique. Il reste à préciser la répartition entre rénovation, fonctionnement et autres besoins éducatifs. Le calendrier des dépenses et celui des recettes fiscales comptent également. Les déclarations du coordinateur ne détaillent pas ces arbitrages.
Il propose aussi le blocage des prix des carburants et une augmentation du Smic. Ces mesures ciblent des situations différentes : les dépenses de déplacement d’un côté, les bas salaires de l’autre. Leur portée dépendrait toutefois de leurs modalités, que cette intervention ne précise pas.
Trois rendez-vous pour mesurer la réponse politique
La suite se joue d’abord dans les échanges annoncés à Matignon. Les syndicats doivent y rencontrer le gouvernement mercredi 21 octobre. Une réunion avec plusieurs partis politiques est également prévue jeudi 22 octobre après-midi. Au moment de son intervention, Manuel Bompard indique ne pas avoir reçu d’invitation, mais se dit prêt à présenter ses propositions.
Enfin, certains gilets jaunes et étudiants appellent à une nouvelle mobilisation samedi 24 octobre. Les prochains jours permettront de mesurer deux éléments concrets : le contenu des réponses gouvernementales et la capacité des différents acteurs à préparer un rassemblement pacifique.



