Après les violences en manifestation, le gouvernement doit concilier sécurité, liberté de manifester et réponse aux revendications
Après les affrontements et les pillages du 17 octobre, Marine Tondelier condamne les violences tout en critiquant la gestion du maintien de l’ordre. Elle appelle le gouvernement à répondre aux revendications des manifestants.

La mobilisation du 17 octobre a rassemblé entre 550 000 personnes selon le ministre de l’Intérieur et 800 000 selon les organisateurs, mais des violences et des pillages ont marqué plusieurs villes. Marine Tondelier condamne ces actes et critique la gestion du maintien de l’ordre. Elle demande au gouvernement de traiter les revendications exprimées, sans négliger la protection des manifestants
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Comment faire entendre une revendication quand les images de vitrines brisées prennent toute la place ? Après les violences du 17 octobre, cette question rejoint celle des commerçants et des policiers : comment manifester sans mettre des personnes en danger ?
Marine Tondelier demande au gouvernement de répondre sur deux fronts : la sécurité des rassemblements et le conflit politique. La secrétaire nationale des Écologistes, candidate à la présidentielle, refuse que les affrontements effacent les demandes des manifestants. Mais sa critique du maintien de l’ordre ne suffit pas, à elle seule, à établir les responsabilités dans les violences.
Une mobilisation importante, des dommages qui brouillent son message
La journée du samedi 17 octobre 2026 a réuni 550 000 personnes selon le ministre de l’Intérieur, contre 800 000 selon les organisateurs. Ces deux estimations doivent rester distinctes : elles traduisent des décomptes différents, pas un bilan commun. Dans plusieurs villes, des affrontements violents et des pillages ont accompagné la mobilisation.
Dimanche 18 octobre, lors d’un débat avec Bruno Retailleau, patron des Républicains, Marine Tondelier a résumé son constat : « Il n’y a pas de gagnant de la journée de samedi, il n’y a que des perdants ». Elle condamne les violences sans réserve : « Personne ne peut tolérer ça ».
Elle cite quatre groupes touchés : les manifestants dont les revendications passent au second plan, les policiers blessés, les commerçants vandalisés et les Français choqués. Elle parle d’un « double échec », à la fois pour le maintien de l’ordre et pour les Français.
Cette lecture déplace le débat. Il ne s’agit plus seulement de compter les participants ou les dégradations. La responsable écologiste demande aussi d’examiner comment les autorités ont géré le conflit et quelles réponses elles peuvent apporter.
Maintenir l’ordre, c’est aussi permettre de manifester
La doctrine du maintien de l’ordre désigne les principes qui guident les interventions policières pendant les rassemblements. Le ministère de l’Intérieur a publié un schéma national commun aux forces en septembre 2020, puis l’a actualisé en décembre 2021. Ce cadre constitue un repère pour examiner les choix opérationnels.
Marine Tondelier estime que cette doctrine « n’est pas utilisée à bon escient ». Elle dénonce notamment la répression de manifestants pacifiques. Elle précise toutefois viser les décisions gouvernementales et la gestion politique du conflit, plutôt que la police dans son ensemble.
Une distinction compte ici : une manifestation peut gêner la circulation sans justifier une dispersion brutale. Dans une décision présentée en mars 2025, le Défenseur des droits a rappelé cette limite après l’usage de gaz lacrymogènes contre un rassemblement pacifique. L’institution avait constaté une atteinte aux libertés de réunion et d’expression. Ce précédent n’établit cependant rien sur les opérations du 17 octobre.
Inversement, protéger les libertés n’interdit pas d’intervenir contre les violences. Dans ses conclusions sur Sainte-Soline, publiées en juillet 2026, le Défenseur des droits reconnaissait que les circonstances pouvaient justifier l’emploi de la force. Il concluait néanmoins au caractère disproportionné de certains usages. Nécessité d’intervenir et proportion des moyens sont donc deux questions distinctes.
Des intérêts différents, une même exigence de protection
Pour les manifestants pacifiques, l’enjeu est de conserver un espace où exprimer leurs demandes sans subir les conséquences des actes d’autrui. Pour les policiers, il consiste à empêcher les agressions et les destructions sans confondre une foule avec les personnes violentes. Pour les commerçants, la protection doit aussi porter sur leur outil de travail.
Les dommages ne pèsent pas de la même manière sur tous. Une petite boutique dépendante d’un seul local peut perdre toute possibilité d’activité après une dégradation importante. Une enseigne disposant de plusieurs établissements répartit davantage ce risque. Cette différence de vulnérabilité doit compter dans l’évaluation des conséquences, sans préjuger des pertes effectivement subies le 17 octobre.
De même, les décideurs discutent de stratégie à distance, tandis que policiers, riverains et participants affrontent les risques sur place. L’analyse doit donc distinguer les instructions données, les moyens disponibles et les décisions prises pendant les incidents. Une condamnation générale, dans un sens ou dans l’autre, ne remplace pas cet examen.
La recherche offre une autre grille de lecture. Une étude soutenue par le Défenseur des droits, menée entre 2018 et 2021 avec la participation de policiers et de gendarmes, interroge la logique française de confrontation. Elle relève une distance persistante avec les approches de désescalade développées notamment en Europe du Nord. Ces travaux replacent le débat dans une histoire plus longue que cette seule mobilisation.
Réponse politique et sécurité : deux résultats à mesurer séparément
L’appel de Marine Tondelier à des « réponses politiques aux revendications » bénéficie d’abord aux manifestants : il cherche à remettre leurs demandes au centre. Il permet aussi aux Écologistes de défendre une place dans le débat social, sans renoncer à condamner les pillages.
Mais cette position rencontre une exigence immédiate : les victimes de violences attendent aussi une protection effective et l’établissement des responsabilités. Répondre aux revendications ne répare pas une vitrine et ne dispense pas d’identifier les auteurs d’agressions. À l’inverse, traiter uniquement les troubles laisse entière la question soulevée par la mobilisation.
Le gouvernement doit ainsi répondre à deux critères différents. Le premier concerne la sécurité des personnes et des biens. Le second porte sur sa capacité à traiter les demandes exprimées. Aucun des deux ne suffit à démontrer une réussite sur l’autre.
Dans les prochains jours, deux éléments permettront donc de mesurer la suite : le contenu d’éventuelles réponses gouvernementales et les précisions apportées sur les violences. Les bilans consolidés, les responsabilités établies et les choix d’encadrement de futurs rassemblements compteront davantage que les seules déclarations de fermeté ou d’apaisement.



