Citoyens européens, que change l’alliance entre Israël et des partis d’extrême droite ? Enjeu concret : la crédibilité de la lutte contre l’antisémitisme et la sécurité des communautés

Partager

Analyse concise des conséquences politiques et sociales de la normalisation entre certains gouvernants israéliens et partis d’extrême droite européens. Retour sur les choix diplomatiques, les réactions des acteurs juifs et le risque d’instrumentalisation du combat contre l’antisémitisme.

Pour un citoyen européen, la question n’est pas abstraite. Quand un gouvernement israélien ouvre ses portes à des partis longtemps rangés dans le camp infréquentable, il ne change pas seulement de partenaires. Il redéfinit aussi, en pratique, qui peut parler au nom de la lutte contre l’antisémitisme.

Du boycott à la normalisation

Le renversement ne date pas d’hier, mais il était encore impensable il y a vingt-cinq ans. En 2000, quand le conservateur autrichien Wolfgang Schüssel s’allie au FPÖ de Jörg Haider, Israël rappelle son ambassadeur à Vienne. L’épisode est vécu comme un choc diplomatique. À l’époque, la droite radicale reste associée au passé nazi, et la ligne israélienne est sans ambiguïté.

La suite a changé le décor. En 2003, Israël normalise ses relations avec l’Autriche. Puis, peu à peu, des partis autrefois tenus à distance gagnent en poids dans plusieurs pays européens. En parallèle, la guerre à Gaza, les tensions avec l’Union européenne et la montée des droites anti-immigration ont rendu ces contacts plus utiles pour Jérusalem. Le rapprochement n’est donc pas un accident. C’est un calcul politique qui s’inscrit dans une longue séquence.

Jérusalem, scène visible d’un glissement

Le 26 et le 27 mars 2025, Jérusalem accueille une conférence internationale sur l’antisémitisme sous l’égide de la présidence israélienne de l’IHRA, l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste. Le ministère israélien des affaires de la diaspora y invite Jordan Bardella, Marion Maréchal, Hermann Tertsch et d’autres figures de la droite radicale européenne. Le signal est fort. C’est la première grande mise en scène publique de ce rapprochement.

La réaction est immédiate. Bernard-Henri Lévy annule sa venue. Felix Klein, chargé de la lutte contre l’antisémitisme en Allemagne, se retire aussi. Volker Beck fait de même. Plusieurs responsables juifs et pro-israéliens quittent l’événement, dont le patron de l’ADL, Jonathan Greenblatt. La conférence devait rassembler des voix contre la haine antisémite. Elle devient un test sur la frontière entre combat utile et caution politique.

Ce que Jérusalem et l’extrême droite y gagnent

Du côté israélien, l’intérêt est lisible. Plus l’État hébreu se heurte à des critiques sur Gaza, à des procédures internationales et à la défiance de plusieurs alliés occidentaux, plus il cherche des relais qui lui restent favorables dans les capitales européennes. En février 2025, Gideon Sa’ar formalise même l’ouverture de canaux avec le Rassemblement national, Vox et les Démocrates suédois. Dans le même mouvement, Israël maintient à distance l’AfD allemande et le FPÖ autrichien. Le message est clair : pas d’alliance générale, mais des partenariats choisis, au cas par cas.

Le bénéfice est aussi intérieur. Le gouvernement israélien peut présenter ces contacts comme une réponse au combat contre l’islamisme radical et à la vague de protestations anti-israéliennes. Benyamin Netanyahou a tenu cette ligne à Jérusalem, en reliant la montée de l’antisémitisme à ce qu’il décrit comme une alliance entre gauche ultra-progressiste et islam radical. Cette grille de lecture parle à une partie de l’électorat israélien : elle met au premier plan la sécurité, l’identité nationale et la confrontation.

Les partis d’extrême droite, eux, y gagnent une autre chose : une forme de fréquentabilité internationale. Être reçus à Jérusalem, parler d’antisémitisme et apparaître aux côtés de ministres israéliens leur permet de présenter un visage plus propre à leurs électeurs et à leurs adversaires. Pour Jordan Bardella, Marion Maréchal ou leurs homologues européens, ce type d’invitation n’est pas seulement symbolique. C’est un outil de normalisation politique.

Le prix payé par les juifs d’Europe

Le revers est brutal pour les communautés juives et pour les acteurs qui combattent l’antisémitisme au quotidien. Leur priorité est de protéger les synagogues, les écoles, les associations, et de faire reculer les agressions ou les discours de haine. Mais quand Israël s’affiche avec des partis qui ont encore des racines antisémites, néonazies ou fascisantes, le message devient brouillé. Le combat contre l’antisémitisme risque alors de se confondre avec un alignement sur des forces qui, hier encore, étaient tenues à distance.

La différence est nette entre les grands appareils politiques et les petites communautés locales. Un grand parti européen peut tirer profit de la photo à Jérusalem et de la caution qu’elle lui donne. Une petite communauté juive, elle, ne dispose pas du même poids pour imposer ses réserves. C’est précisément pour cela que les retraits de Bernard-Henri Lévy, de Felix Klein, de Volker Beck ou de l’ADL comptent : ils disent qu’une partie du monde juif refuse d’être instrumentalisée.

Cette tension a aussi un coût diplomatique. En 2000, Israël avait rappelé son ambassadeur à Vienne, avant de normaliser avec l’Autriche quelques années plus tard. En 2025, le pays fait presque l’inverse : il invite, il sélectionne, il assume. Le résultat n’est pas une rupture nette, mais une gêne durable chez des alliés traditionnels qui voient leur vocabulaire moral contredit par leurs propres interlocuteurs israéliens.

Ce qu’il faut surveiller

La vraie question est désormais simple : ce rapprochement restera-t-il limité à quelques partis choisis, ou va-t-il s’étendre à d’autres droites radicales européennes ? En février 2025, Sa’ar a déjà ouvert la porte au RN, à Vox et aux Démocrates suédois tout en maintenant la fermeture pour l’AfD et le FPÖ. Ce tri montre une stratégie sélective, pas une conversion totale. Le prochain test dira si Israël veut faire de ces alliances un instrument durable, ou seulement un pari tactique dans une période de guerre et d’isolement.

Parlons Politique

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Abonnez-vous à notre newsletter

Pas de spam, notifications uniquement concernant les nouveaux articles.

L’actu politique, sans détour

En bref

Parlons Politique décrypte l’actualité française et internationale avec clarté et précision en utilisant l’IA.

Analyses, débats et enquêtes : notre rédaction s’engage à vous offrir une information fiable, accessible à tous et sans détour.

© 2026 Parlons Politique