Et si la campagne de 2027 se jouait aussi sur une idée toute simple : moins d’État, plus de liberté ? Dans une France traversée par la défiance et l’envie de changement, le courant libéral tente de revenir dans le jeu après des années d’effacement.
Un espace politique que beaucoup croyaient fermé
Le libéralisme politique et économique a longtemps eu mauvaise presse en France. Trop associé à la rigueur, à la dérégulation ou à l’obsession budgétaire, il a rarement trouvé une traduction électorale durable. Pourtant, la séquence ouverte depuis 2017 a déplacé les lignes. Le bloc central né avec Emmanuel Macron a banalisé une partie du vocabulaire pro-entreprises. Et, à droite, plusieurs responsables veulent désormais parler réforme de l’État, fiscalité et responsabilité individuelle sans s’excuser.
Dans ce paysage, Guillaume Kasbarian a choisi d’ouvrir un nouvel espace. Le député a lancé le Parti de la Liberté le 11 avril 2026. Le mouvement dit vouloir porter un « choc de liberté », défendre la maîtrise des comptes publics, une règle d’or sociale et, à terme, davantage de capitalisation pour les retraites. Il ne vise pas, pour l’instant, à présenter un candidat à la présidentielle. Son objectif affiché est plus modeste, mais aussi plus stratégique : peser sur les programmes et sur le débat de 2027.
Ce que propose ce nouveau courant
Le cœur du message est limpide. Kasbarian veut remettre au centre la liberté d’entreprendre, de créer, de travailler et de disposer de sa propriété. Il critique un État jugé trop lourd, une bureaucratie trop lente et une dépense publique jugée excessive. Dans son argumentaire, la France ne manque pas d’idées ni de talents. Elle manque de marge d’action.
Ce discours parle d’abord à ceux qui se sentent freinés par les normes, les délais administratifs ou le poids des prélèvements. Il peut séduire des indépendants, des chefs de petite entreprise, des propriétaires qui veulent protéger leur bien, ou des électeurs qui estiment que l’action publique protège mal ceux qui travaillent et investissent. À l’inverse, il inquiète ceux qui voient dans ce retour du libéralisme une menace pour les services publics, les protections sociales et l’équilibre entre liberté économique et solidarité.
Ce clivage n’est pas théorique. Les enquêtes du CEVIPOF montrent une défiance élevée envers les institutions et les partis, mais aussi une demande de décentralisation et d’efficacité concrète. Autrement dit, une partie des Français veut moins de promesses abstraites et plus de résultats visibles. C’est précisément dans cette brèche que les libéraux espèrent revenir.
Lisnard, l’autre visage du libéralisme
Kasbarian n’est pas seul à occuper ce terrain. David Lisnard, maire de Cannes et figure de la droite libérale, travaille lui aussi à structurer un message autour de la liberté, de la décentralisation et de la réduction du poids de l’État. Son mouvement Nouvelle Énergie défend explicitement le libéralisme économique, la réforme de l’État et la décentralisation. En mars 2026, il a aussi acté sa rupture avec Les Républicains et affiché une candidature présidentielle.
Lisnard et Kasbarian ne jouent pas exactement la même partition. Le premier veut incarner une droite de gouvernement, avec un discours plus large sur l’autorité, les collectivités et les finances publiques. Le second cherche à réhabiliter frontalement le mot « liberté », en insistant sur l’économie, la propriété et la responsabilité individuelle. Mais les deux hommes partagent une intuition commune : l’électorat de 2027 pourrait être plus réceptif qu’hier à un discours de rupture avec l’État-providence tel qu’il fonctionne aujourd’hui.
Qui gagne, qui perd ?
Si ce courant progresse, les premiers gagnants pourraient être les acteurs économiques qui demandent plus de lisibilité, moins de normes et des règles plus stables. Les grands groupes, mieux armés pour absorber les contraintes administratives, y verraient surtout une simplification. Les petites entreprises, elles, pourraient espérer un allègement plus concret du quotidien. Mais elles seraient aussi les premières à mesurer la différence entre une promesse de liberté et une réforme réellement applicable.
Les perdants potentiels sont plus faciles à identifier. Ce sont les défenseurs d’un État stratège, les syndicats, une partie de la gauche et tous ceux qui considèrent que la liberté économique ne doit pas se traduire par moins de protection collective. Le débat sur les retraites le montre bien. Parler de capitalisation revient à ouvrir une question de fond : qui porte le risque, l’individu ou la collectivité ? Pour les libéraux, la réponse tient en un mot : responsabilisation. Pour leurs adversaires, elle ressemble plutôt à un transfert de charge vers les ménages.
La force de ce discours tient aussi au contexte budgétaire. La dette, les déficits et la pression sur les comptes publics nourrissent l’idée qu’un changement devient inévitable. Mais cette contrainte donne aussi des arguments à ceux qui défendent l’investissement public, la santé, l’école ou les collectivités locales. En période de finances tendues, toute réduction de la dépense ne produit pas les mêmes effets selon qu’elle touche l’administration centrale, les services publics ou les transferts sociaux.
Le véritable enjeu : imposer un vocabulaire avant 2027
La bataille n’est pas seulement celle des idées. C’est aussi une bataille de langage. En parlant de liberté, ces responsables veulent déplacer le centre de gravité du débat. Ils cherchent à sortir le libéralisme de sa réputation d’idéologie de comptable et à le présenter comme une réponse à l’étouffement administratif, à l’instabilité politique et à la perte de confiance.
Mais la route reste étroite. Le paysage à droite demeure fragmenté. Renaissance, Les Républicains, les macronistes non-alignés et plusieurs ambitions personnelles se disputent le même espace. Dans ce champ éclaté, un mouvement libéral n’a de chance d’exister que s’il devient utile aux autres : soit comme réservoir d’idées, soit comme point de ralliement, soit comme aiguillon. C’est à cette condition seulement qu’il peut peser sur les programmes de 2027.
Le prochain jalon sera là : voir si le Parti de la Liberté reste un slogan de lancement ou s’il construit une base militante, des relais locaux et des propositions capables d’entrer dans la campagne. D’ici là, chaque prise de parole comptera. Et chaque formule sur l’État, les impôts ou les retraites dira un peu plus quelle place les libéraux espèrent reprendre dans la présidentielle qui s’ouvre.












