Qui pèse sur les décisions publiques ? Le parcours de Mayada Boulos éclaire les liens entre politique et communication d’influence
De son enfance au Caire à Matignon, puis à la direction d’Havas Paris, Mayada Boulos a traversé les mondes politique et privé. Son parcours met en lumière les enjeux de transparence et les inégalités de moyens dans l’influence auprès des décideurs.

Mayada Boulos a travaillé dans des équipes politiques, dirigé la communication de Jean Castex à Matignon, puis rejoint la direction d’Havas Paris. Son parcours illustre les passages entre secteur public et conseil privé, tandis que les déclarations de lobbying et les écarts de moyens entre organisations soulèvent des questions de transparence et d’équilibre dans l’accès aux décideurs.
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Qui choisit les mots avec lesquels un gouvernement nous parle ? Le parcours de Mayada Boulos, ancienne conseillère de Jean Castex devenue dirigeante d’Havas Paris, éclaire ce métier discret, au croisement de la politique et de l’influence.
Avec De bonne famille, paru le 30 septembre 2026 chez Grasset, elle déplace pourtant le regard. Derrière les fonctions et les réseaux, elle raconte une histoire familiale égyptienne, des ruptures et une émancipation. Un récit personnel qui invite aussi à examiner les frontières entre engagement politique, communication publique et conseil aux entreprises.
Du Caire aux coulisses du pouvoir
Le point de départ n’est pas Matignon, mais Le Caire. Dans la présentation de son livre, reproduite dans le catalogue des nouveautés de la BnF, Mayada Boulos se décrit comme une chrétienne d’Orient. Elle évoque une famille attachée à la culture et aux apparences, puis confrontée au déclassement.
Elle y raconte l’alcoolisme de sa mère, les combats de son père pour la liberté de la presse et les difficultés financières. Elle rapporte également une agression raciste. Ces épisodes relèvent de son témoignage autobiographique : ils donnent accès à la manière dont elle raconte sa trajectoire, non à une enquête indépendante sur chaque souvenir.
Ce passé empêche de réduire son itinéraire à une succession de postes prestigieux. Mais l’expérience individuelle ne suffit pas davantage à expliquer les mécanismes de l’ascension sociale. Le récit d’une réussite et l’analyse des conditions qui la rendent possible répondent à deux questions différentes.
Une carrière entre gauche, gouvernement et agence
Son parcours politique passe par plusieurs univers de gauche : le cercle de réflexion Terra Nova, la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité, puis l’entourage de Marisol Touraine. Elle participe également à la campagne de François Hollande. Plus récemment, elle apporte un concours personnel à celle d’Emmanuel Grégoire.
La communication devient le fil conducteur de cette carrière. Havas indique qu’elle occupe des responsabilités chez Havas Paris entre 2016 et 2020, notamment comme directrice générale adjointe. Elle rejoint ensuite Jean Castex à Matignon pour diriger son pôle communication, avant de revenir dans l’agence en septembre 2022 comme coprésidente exécutive. Cette chronologie figure dans le communiqué annonçant son retour chez Havas Paris.
Le changement d’employeur modifie la finalité du travail. Auprès d’un Premier ministre, la communication accompagne l’action gouvernementale et sa présentation aux citoyens. Dans une agence, elle répond aux besoins de clients. Les compétences peuvent circuler ; les intérêts servis, eux, ne se confondent pas.
Pour les responsables politiques, ces professionnels permettent de rendre un message plus compréhensible et plus visible. Pour les entreprises, ils aident à défendre une réputation ou une position. Pour le public, l’enjeu consiste à distinguer l’information utile de la stratégie de persuasion.
L’influence, un métier aux effets concrets
Chez Havas Paris, l’activité ne se limite pas à concevoir des campagnes publicitaires. L’agence figure aussi au répertoire des représentants d’intérêts de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, la HATVP. Ce registre documente les démarches destinées à peser sur les décisions publiques.
La fiche publique d’Havas Paris consacrée au lobbying mentionne notamment, pour 2025, des actions relatives à la santé, à l’agriculture et à l’énergie. Elle décrit des présentations d’activités auprès de décideurs, des échanges et des visites de sites. Ces déclarations concernent l’agence ; elles ne permettent pas d’attribuer chaque démarche personnellement à Mayada Boulos.
Ces exemples montrent pourquoi la communication intéresse directement les citoyens. Derrière une rencontre professionnelle peuvent se trouver des questions de réglementation, d’aménagement ou de politique sanitaire. Présenter un dossier aux élus participe au débat public. Encore faut-il savoir qui parle, pour quel bénéficiaire et avec quels moyens.
Des moyens très inégalement répartis
Pour les clients d’une agence, disposer de spécialistes permet de traduire un problème économique en arguments accessibles aux décideurs. Cela peut aussi apporter une expertise sectorielle utile. Mais toutes les organisations ne disposent pas des mêmes budgets pour documenter leurs demandes et entretenir des contacts.
C’est le contrepoint apporté par l’étude de Transparency International France sur les moyens financiers du lobbying, publiée en septembre 2025. L’association relève de fortes inégalités entre intérêts lucratifs et non lucratifs. Elle recommande notamment de mieux intégrer la contre-expertise associative et de renforcer les consultations publiques.
La différence compte pour une petite association, une entreprise moins dotée ou des habitants mobilisés autour d’un projet local. Leur connaissance du terrain ne leur donne pas automatiquement la même capacité d’accès. Cette critique vise l’équilibre du débat, pas une faute particulière de la dirigeante.
Ce que le récit personnel laisse à examiner
Le livre raconte une émancipation. Le parcours professionnel pose, lui, une question collective : comment bénéficier de compétences venues du privé sans brouiller la distinction entre service public et intérêts commerciaux ? Un aller-retour entre ces univers ne démontre, à lui seul, aucun manquement.
Dans les prochains mois, les déclarations d’activité publiées au répertoire public des représentants d’intérêts fourniront un point d’observation concret. Les clients représentés, les sujets défendus et les moyens déclarés permettront de regarder les pratiques, au-delà du seul récit de carrière.



