Sarah Knafo veut réduire l’impôt sans renoncer à la puissance publique : le pari du libéralisme national
Entre baisse des impôts, autorité et souveraineté technologique, Sarah Knafo défend une ligne qui combine marché et nation. Son engagement européen révèle un projet plus pragmatique qu’un simple retrait de l’Union.

Sarah Knafo associe une critique de la fiscalité et de la dépense publique à une défense de l’autorité et de la souveraineté. Son travail européen sur les technologies stratégiques montre qu’elle ne propose pas un retrait complet de l’Union, mais veut l’utiliser comme un outil de puissance au service des nations. Pourquoi cela compte : ses choix pourraient modifier le débat à droite.
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Que propose réellement Sarah Knafo derrière les thèmes de la baisse des impôts, de l’autorité et de la souveraineté ? Son parcours dessine une ligne politique moins facile à classer qu’il n’y paraît. Elle associe un discours économique libéral, une vision nationale de la politique et un usage stratégique de l’échelle européenne.
Cette combinaison rappelle, par certains aspects, le thatchérisme. Le terme désigne la doctrine portée par Margaret Thatcher au Royaume-Uni entre 1979 et 1990 : réduction du rôle économique de l’État, baisse de la fiscalité, défense du marché et affirmation de la souveraineté nationale. La comparaison a cependant ses limites. Sarah Knafo évolue dans une France membre de l’Union européenne. Sa conception de la puissance passe donc aussi par Bruxelles.
Un parcours construit entre Paris et Bruxelles
Sarah Knafo s’est d’abord imposée dans le débat français. Son score de 10,4 % à Paris a donné une traduction électorale à une notoriété jusque-là largement médiatique. Son livre Le Casse du siècle a ensuite prolongé cette dynamique. Elle y développe un réquisitoire contre la dépense publique, la fiscalité et ce qu’elle présente comme les effets d’une mauvaise gestion de l’État.
Le succès commercial du livre a renforcé cette visibilité. Les estimations de ventes du livre de Sarah Knafo ont fait état de plus de 63 000 exemplaires écoulés durant sa première semaine. Ce chiffre mesure une audience. Il ne suffit pas, à lui seul, à établir une adhésion durable à ses propositions.
À Bruxelles, son activité se déploie sur un autre terrain. Élue au Parlement européen sur la liste de Reconquête, Sarah Knafo est rapporteure d’un texte consacré à la souveraineté technologique et aux infrastructures numériques. Le rapport porte notamment sur la capacité de l’Union européenne à maîtriser des technologies stratégiques comme les semi-conducteurs ou le quantique. La fiche officielle de ses travaux parlementaires européens confirme cette orientation.
Le paradoxe est là. La responsable politique défend une identité nationale forte, mais elle utilise l’Union européenne comme un levier de puissance. Cette approche ne correspond pas à un simple projet de retrait. Elle vise plutôt à transformer l’Europe pour la mettre au service des nations.
Ce que la comparaison avec Thatcher éclaire
Le premier point commun concerne la fiscalité. Thatcher estimait que des prélèvements trop élevés affaiblissaient l’initiative privée et la croissance. Sarah Knafo reprend une critique proche. Dans son discours, l’impôt ne finance pas seulement les services publics. Il devient aussi le symbole d’un système jugé trop lourd, trop coûteux et éloigné des citoyens.
Le deuxième point commun concerne l’autorité politique. Le thatchérisme ne se résumait pas à une politique économique. Il reposait également sur un État décidé à imposer ses choix, y compris face aux syndicats et aux oppositions sociales. Chez Sarah Knafo, la dénonciation de la dépense publique s’accompagne d’une critique plus large des corps intermédiaires, des normes et de ce qu’elle considère comme des blocages administratifs.
Le troisième point commun tient au rapport entre libéralisme et nation. Dans cette famille politique, le marché n’est pas forcément présenté comme un espace sans frontières. Il doit renforcer la puissance du pays. L’État conserve donc un rôle décisif lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts stratégiques, de contrôler les frontières ou de soutenir certaines technologies.
Cette logique correspond à une forme de national-libéralisme. Le principe est simple : libérer davantage l’économie à l’intérieur, tout en renforçant la nation face aux dépendances extérieures. La recherche sur les courants nationaux-souverainistes montre toutefois que cette combinaison peut entrer en tension avec la construction européenne. Les analyses consacrées au national-souverainisme en France et au Royaume-Uni soulignent cette difficulté à articuler souveraineté nationale et institutions européennes.
Une différence majeure : l’Europe n’est plus seulement une contrainte
Margaret Thatcher voyait dans la Communauté européenne un espace utile au libre-échange, mais elle refusait son évolution vers une structure plus intégrée. Son discours de Bruges, en 1988, défendait une Europe des nations. Elle acceptait la coopération. Elle rejetait en revanche la centralisation politique.
Sarah Knafo reprend cette méfiance envers une Europe perçue comme trop normative. Pourtant, elle investit ses institutions. Son travail sur la souveraineté technologique montre qu’elle entend utiliser le Parlement européen pour défendre une capacité industrielle et numérique commune.
La différence est importante. Pour les entreprises européennes, la question technologique ne se limite pas à l’identité nationale. Elle concerne aussi les investissements, les normes, les chaînes d’approvisionnement et l’accès aux données. Une stratégie menée à l’échelle d’un seul pays peut peser moins lourd face aux États-Unis ou à la Chine.
Cette approche peut donc séduire des acteurs économiques qui souhaitent moins de contraintes, mais davantage de protection stratégique. Les grandes entreprises disposent cependant de moyens pour s’adapter aux nouvelles règles. Les petites structures, elles, supportent plus directement le coût administratif et financier des changements de normes. Le débat sur la souveraineté ne produit donc pas les mêmes effets selon la taille des acteurs.
Un projet qui bénéficie à certains, et qui inquiète ses adversaires
La ligne portée par Sarah Knafo peut bénéficier aux contribuables favorables à une baisse des prélèvements, aux entrepreneurs qui demandent moins de normes et aux électeurs attachés à une politique d’autorité. Elle peut aussi trouver un écho chez des responsables européens qui veulent réduire la dépendance du continent dans les secteurs stratégiques.
Ses opposants contestent cependant la cohérence de ce programme. Ils estiment qu’une baisse importante des impôts ne peut être dissociée du financement des écoles, des hôpitaux, des transports et de la protection sociale. Ils redoutent également qu’un discours sur la liberté économique masque une politique très verticale sur les questions migratoires, culturelles et sécuritaires.
La question européenne ajoute une autre contradiction. Sarah Knafo siège dans le groupe L’Europe des nations souveraines, qui réunit notamment des élus de l’Alternative pour l’Allemagne. Le dossier parlementaire sur la souveraineté technologique montre pourtant que son travail s’inscrit dans une procédure européenne classique, avec des compromis entre plusieurs groupes.
Cette situation illustre la tension centrale de son positionnement. Elle critique l’intégration européenne lorsqu’elle limite la liberté d’action nationale. Dans le même temps, elle cherche à faire de l’Union un instrument de puissance. Ses adversaires y voient une contradiction. Ses soutiens peuvent y voir une stratégie pragmatique.
La comparaison a ses limites
Sarah Knafo n’est pas Margaret Thatcher. Le Royaume-Uni des années 1980 affrontait des syndicats puissants, une inflation élevée et une économie industrielle en crise. La France actuelle doit composer avec une dette publique importante, une économie de services, le vieillissement de la population et les règles budgétaires européennes.
Les marges de manœuvre ne sont donc pas les mêmes. Une politique de baisse des impôts suppose soit de réduire certaines dépenses, soit de trouver d’autres recettes, soit d’accepter un déficit plus élevé. Chaque option produit des effets différents pour les ménages, les collectivités et les entreprises.
La référence à Thatcher sert surtout à comprendre une méthode politique. Elle consiste à transformer une critique fiscale en projet de société. Elle associe la liberté économique, l’autorité politique et la défense d’une communauté nationale. Sarah Knafo tente d’adapter cette combinaison au contexte français et européen.
Ce qu’il faudra surveiller
Le prochain test sera sa capacité à transformer cette doctrine en mesures précises. Les questions décisives seront concrètes : quels impôts baisser ? Quelles dépenses réduire ? Quel rôle pour les services publics ? Jusqu’où soutenir les entreprises stratégiques ? Et quelle place laisser aux règles communes de l’Union européenne ?
La réponse à ces questions dira si le thatchérisme n’est qu’une comparaison utile pour décrire son style politique, ou s’il devient réellement une matrice programmatique. Pour l’instant, Sarah Knafo avance sur deux fronts : la conquête d’un électorat français sensible au libéralisme et l’utilisation des institutions européennes au nom de la souveraineté.



