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ÉCONOMIE & SOCIéTé Proximité des soins en question

À Saint-Ouen, le nouvel hôpital promet des soins mieux coordonnés, mais la proximité pour les patients reste à prouver

Le futur campus de Saint-Ouen réunira les activités de Bichat et Beaujon, avec 986 lits et 288 places ambulatoires. D’ici à 2032, l’enjeu sera de conjuguer soins mieux coordonnés, accès de proximité et financement d’un projet estimé à deux milliards d’euros.

Fondations en béton et armatures sur un chantier hospitalier, avec une passerelle en cours d’assemblage et des ouvriers au travail.
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En bref

À Saint-Ouen, le futur campus réunira les services de Bichat et Beaujon, un pôle de recherche et des formations médicales. Son ouverture hospitalière est prévue en 2032, avec 986 lits et 288 places ambulatoires. Pour les habitants, le bilan dépendra de l’accès aux soins, du maintien d’une offre de proximité et de la capacité à financer les équipes, au-delà des bâtiments.

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Un hôpital neuf permettra-t-il de se soigner plus facilement, ou déplacera-t-il surtout les services existants ? À Saint-Ouen-sur-Seine, le futur campus hospitalo-universitaire pose cette question aux habitants du nord parisien.

Un nouvel hôpital, mais aussi un transfert de soins

Le campus Saint-Ouen Grand Paris-Nord réunira les activités médico-chirurgicales de Bichat, dans le 18e arrondissement de Paris, et de Beaujon, à Clichy. Il associera soins, formation et recherche. C’est le principe d’un centre hospitalier universitaire, ou CHU : soigner les patients tout en formant les professionnels et en développant la recherche médicale.

Ce regroupement ne constitue donc pas simplement une création de capacités supplémentaires. Il réorganise une offre hospitalière déjà présente sur plusieurs communes. Pour les patients, l’enjeu concerne autant les équipements que la distance à parcourir et la continuité du suivi.

Le projet a franchi plusieurs étapes administratives. Le préfet a délivré le permis de construire de l’hôpital le 24 septembre 2025. Le volet universitaire a obtenu le sien le 23 janvier 2026, comme l’indiquent les informations de l’AP-HP sur le futur campus et le site officiel du projet hospitalo-universitaire.

Le calendrier distingue deux ouvertures. Les étudiants doivent arriver en 2030, tandis que l’hôpital vise 2032. La Ville indique que les travaux de fondations et de passerelle ont commencé en mars 2026. Le chantier universitaire a démarré en avril.

1 274 lits et places : ce que recouvre ce chiffre

Le futur établissement prévoit 1 274 lits et places : 986 lits d’hospitalisation et 288 places en ambulatoire. Cette dernière formule permet de recevoir des soins sans passer la nuit à l’hôpital. Ces deux capacités ne répondent donc pas aux mêmes besoins.

Cette distinction se trouve au cœur du débat. Dans une réponse publiée le 4 mars 2024 sur les capacités hospitalières, l’AP-HP comparait les 986 futurs lits aux 905 lits alors ouverts à Bichat et Beaujon. Elle recensait toutefois 1 131 lits autorisés par l’Agence régionale de santé, l’organisme qui organise l’offre de soins régionale.

Les deux comparaisons produisent des lectures différentes. Le futur hôpital compterait 81 lits de plus que ceux ouverts en mars 2024. Mais il en aurait 145 de moins que le nombre autorisé à cette date. Un lit autorisé correspond à une capacité administrative ; un lit ouvert peut effectivement accueillir un patient.

Par ailleurs, l’AP-HP mise sur davantage d’hospitalisations de jour. Ce choix peut faciliter certains traitements programmés. Il ne remplace cependant pas un séjour avec surveillance nocturne. Pour apprécier l’offre future, il faudra donc examiner les besoins par spécialité, et pas seulement additionner lits et places.

Rapprocher les équipes, sans éloigner les patients

Pour l’AP-HP, réunir les équipes doit améliorer les parcours des patients qui consultent plusieurs spécialistes. Les personnes cumulant des problèmes cardiaques, digestifs ou cancéreux pourraient bénéficier de services regroupés, plutôt que dispersés entre deux établissements.

Le campus doit aussi accueillir environ 12 500 étudiants en médecine. Le rapprochement avec les laboratoires vise à faciliter les échanges entre praticiens, enseignants et chercheurs. Des espaces de simulation permettront aux futurs professionnels de répéter des gestes avant de les effectuer auprès des patients.

Pour autant, la proximité entre professionnels ne garantit pas automatiquement la proximité pour les habitants. Le transfert modifiera les trajets des patients de Clichy et du nord de Paris. Son effet dépendra de leur domicile, des transports disponibles et de leur autonomie.

Une convention conclue en 2023 avec Saint-Ouen prévoit de renforcer les liens entre l’hôpital et le centre municipal de santé. L’objectif consiste à éviter les ruptures entre consultations en ville et soins hospitaliers. Le projet prévoit également de maintenir une offre ambulatoire sur les anciens sites de Bichat et Beaujon.

Ce maintien sera particulièrement important pour les personnes qui consultent régulièrement. De même, le développement de l’ambulatoire suppose une organisation solide après le retour à domicile. Les patients autonomes et bien entourés n’ont pas les mêmes contraintes que ceux qui vivent seuls ou dépendent d’un accompagnement.

Deux milliards d’euros et un désaccord sur la méthode

Le coût global annoncé approche deux milliards d’euros. Cette estimation comprend les terrains, les constructions et les équipements des volets hospitalier et universitaire. Les aides annoncées représentent 238 millions d’euros : 168 millions au titre du dispositif interministériel de modernisation hospitalière et 70 millions du Ségur de la santé.

Le financement hospitalier prévoit aussi un soutien de 500 millions d’euros de la Banque européenne d’investissement. Il s’agit d’un prêt, pas d’une subvention. La présentation du projet par la banque européenne décrit une opération de construction et d’équipement destinée à remplacer les installations de Bichat et Beaujon.

L’AP-HP défend cette reconstruction face à l’alternative d’une rénovation. Elle estime que remettre les bâtiments existants aux normes imposerait des travaux lourds, étalés sur une vingtaine d’années. Pour l’institution, le regroupement doit donc moderniser les soins tout en limitant les contraintes d’une rénovation en activité.

À l’inverse, le comité de défense de Bichat et Beaujon, soutenu notamment par la CGT, défend leur maintien et leur modernisation. Dans un document diffusé lors de l’enquête publique de 2024, il critique la concentration des urgences et le recul de la proximité. Cette position privilégie les habitants attachés aux sites actuels et les personnels qui contestent leur fermeture.

Le désaccord porte ainsi sur la manière de renforcer le service public. Les promoteurs privilégient un grand établissement intégré. Les opposants demandent de préserver plusieurs implantations. Ni les bâtiments neufs ni le maintien des sites ne dispensent de financer les équipes nécessaires aux soins.

Les prochaines étapes se jouent aussi autour du chantier

Pour les riverains, les effets sont déjà concrets. L’avenue du Capitaine-Glarner passe en sens unique jusqu’en novembre 2027. Certains trottoirs ferment temporairement. La présentation municipale du calendrier et des nuisances du chantier prévoit une surveillance du bruit, des vibrations et de la qualité de l’air.

Dans les prochaines semaines, l’avancement des travaux et le respect de ces engagements constitueront les premiers points de vigilance. La prochaine étape datée concerne la résidence étudiante : son chantier doit commencer en septembre 2027, pour une livraison fin 2029. Ensuite viendront les deux échéances déterminantes : l’accueil des étudiants en 2030 et l’ouverture hospitalière prévue en 2032.

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